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Les Rencontres de la photographie d'Arles
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Le prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer décerné à Magali Paulin

Dans le cadre des 57e Rencontres d’Arles, la photographe a été distinguée pour son projet « Matières, fantômes », qui saisit les traces laissées par l’histoire coloniale sur les paysages urbains contemporains.

Stéphane Renault
13 juillet 2026
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Magali Paulin. © François Deladerrière. Courtesy de la Fondation Louis Roederer

Magali Paulin. © François Deladerrière. Courtesy de la Fondation Louis Roederer

La semaine d’ouverture des Rencontres de la photographie d’Arles, intense en vernissages, signatures, conférences, échanges avec les professionnels – sous la canicule cette année –, est aussi celle de la remise de différents prix. Parmi ces derniers, le prix Découverte Fondation Louis Roederer distingue chaque année, depuis 2021, un talent émergent.

À l’occasion de la troisième soirée au Théâtre antique, ce 10 juillet, Magali Paulin a été désignée lauréate du prix du jury de la Fondation Louis Roederer pour son projet Matières, fantômes, présenté dans l’exposition collective des sept artistes en lice pour cette édition, confiée à la commissaire d’origine béninoise Nadine Hounkpatin, à l'étage du Monoprix.

Née en 1986 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), d'origine martiniquaise, diplômée en 2011 de l’École nationale supérieure de la photographie d'Arles et installée dans la cité camarguaise, elle a photographié à la chambre – des tirages précis et denses – les monuments commémorant les soldats morts pour la France et les architectures du Jardin d’agronomie tropicale, situé dans le bois de Vincennes, à l’est de Paris. Le site, aménagé dès la fin du XIXe siècle en un jardin, a été transformé en 1907 pour accueillir l’Exposition coloniale de Nogent-sur-Marne. La végétation s’y mêle aux vestiges de pavillons consacrés aux territoires alors administrés par la France. En écho à la pensée de la Relation d’Édouard Glissant, ces images d’un paysage abandonné, chargé de traces mémorielles, questionnent notre rapport au passé. « Une “esthétique de la ruine” qui donne à voir des structures fantômes, des fragments de mémoire d’une histoire révolue mais un jardin hanté par son propre passé », selon la commissaire.

Assorti d’une dotation de 15 000 euros, le prix du jury de la Fondation Louis Roederer a pour vocation de promouvoir et d’accompagner les artistes émergents dans la monstration et le développement de leurs œuvres.

Mallory Lowe Mpoka. © Odéon Davis. Courtesy de la Fondation Louis Roederer

Mallory Lowe Mpoka, quant à elle, remporte le prix du public (doté de 5 000 euros) pour son exposition Cosmologie des héritières. L’artiste belgo-camerounaise installée à Montréal, au Canada, a également reçu le 10e prix de la Photo Madame Figaro-Rencontres d’Arles, des mains de la présidente du jury, Isabelle Huppert. Elle présente des œuvres nourries d’archives familiales, où la photographie est reconfigurée par le tissage, la broderie, la trame du jacquard, ainsi qu’un film, She Who Summons (Celle qui invoque), une danse rituelle entre deux femmes. Sa pratique interroge l’identité, la formation de soi en tant qu’immigrée dans un contexte post-colonial.

L'exposition du prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer présente le travail de cinq autres artistes : Charlotte Yonga, franco-camerounaise dont la série (Tsy) Possible, réalisée à Madagascar, tisse des liens avec ses sujets à travers des mises en scène intimes de la jeunesse malgache ; le Sénégalais Souleymane Bachir Diaw, dont les images délicates explorent le rapport aux vêtements traditionnels ; le Vietnamien Phan Quang, qui aborde dans des tirages superbes un pan méconnu de l’histoire de son pays : le sort des femmes ayant eu des enfants avec des soldats japonais restés au Viêtnam après la Seconde Guerre mondiale ; Amira Lamti, dont l’intérêt s’est porté sur les rites nuptiaux dans le Sahel tunisien comme un espace de transmission dans Bent el Machta ; enfin, le Martiniquais Jordan Beal, qui, dans Linéaments, photographie au Polaroid SX-70 des images générées par IA, interrogeant les codes de l’exotisme et les représentations de son île natale, paradis tropical marqué par l’histoire coloniale.

Par ailleurs, la Maison Louis Roederer, qui fête cette année ses 250 ans, ainsi que les 15 ans de sa Fondation, a invité l’artiste Bianca Bondi à créer une installation immersive au sein de l’hôtel particulier familial à Reims, avant d’importants travaux de rénovation. Végétation au plafond de l’entrée et au sol, tapisseries au mur d’un salon, vasques emplies d’eau, table composée de vaisselles anciennes, de bouteilles de Cristal Roederer – cuvée emblématique créée en 1876 pour le tsar Alexandre II de Russie, le nec plus ultra, d’un raffinement absolu –, l’artiste sélectionnée pour le prix Marcel-Duchamp 2026 a imaginé un paysage organique et sensible, à travers un jeu de cristallisation du sel, d’oxydation et de transformation. Une œuvre conçue en résonance avec l’identité de ce champagne de garde unique, fruit de vieilles vignes, d’un sol calcaire d’une rare pureté, et d’un savoir-faire ultime, à l’écoute de la nature et inscrit dans le temps long du vieillissement en cave.

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