Dans la rue principale du village, un lynx s’agrippe à la végétation. Plus loin, un homme s’assoupit au milieu d’un champ. Dans le labyrinthe végétal, Jacques Dutronc branché à un poisson côtoie Sheila, cheveux au vent. Tout cela n’est pas un rêve. Ou plutôt si, mais bien réel, celui d’un passionné de photographie qui a transformé son village natal du Morbihan en galerie à ciel ouvert. Jacques Rocher, directeur de la Fondation Yves Rocher et maire de La Gacilly pendant dix-huit ans, a créé le Festival Photo La Gacilly en 2004. Depuis, chaque année, les plus grands noms de la photographie humaniste, de Robert Doisneau à Martin Parr, s’y retrouvent. Mais surtout, leurs photographies, tirées en très grand format, sont exposées dans les jardins et les ruelles du village. Tous les ans, plus de 300 000 visiteurs estivaux viennent profiter de cette immersion.
Cette année, pour fêter les 200 ans de la photographie, Cyril Drouhet, directeur artistique de l’événement, expose ceux qui viendront concurrencer le portrait en peinture : les frères Nadar. Ils ont ainsi immortalisé les plus grands intellectuels de la fin du XIXe siècle. Si les poses sont hiératiques, les regards dévoilent la curiosité de Jules Verne ou le spleen de Baudelaire. Dans les années 1960, Jean-Marie Périer révèle au contraire une époque joyeusement spontanée et populaire. L’espiègle portraitiste des vedettes de la pop culture saisit un Johnny Hallyday endormi à l’arrière de sa voiture ou une Françoise Hardy grimaçante. Quant à Pierre et Gilles, ils photographient à partir des années 1980 l’exubérance du monde du spectacle, rehaussant leurs mises en scène de décors kitsch peints.
Aux antipodes de ces univers, les autres portraitistes contemporains invités rendent hommage aux inconnus, dans la lignée de Willy Ronis, mis à l’honneur à l’entrée du Village. Près du grand chêne de la Maison Yves Rocher, Serge Sibert suit des familles d’agriculteurs, s’arrêtant sur les gestes qui se transmettent de génération en génération. Non loin de là, Lys Arango témoigne de la dignité des femmes guatémaltèques qui se battent contre la famine. Ses photographies réalisées à la lumière naturelle captent des moments triviaux en apparence surnaturels, où le soleil transforme les paysages, ou la photographie devient peinture, tandis que les femmes reprennent en main l’agriculture.

Sophie Hatier, Loin des jardins, Islande. © Sophie Hatier
Face à ces histoires, d’autres photographes produisent des images silencieuses. Ils sont les passeurs de la beauté de l’instant. Vincent Munier s’immerge quotidiennement dans la forêt des Vosges et partage ses rencontres furtives avec les renards, hiboux et cerfs. Son approche poétique et discrète lui a valu en 2026 le César du meilleur documentaire pour Le chant des forêts, réalisé avec son fils et son père. Autre artiste primée, cette fois par le Prix Leica des Nouvelles écritures de la photographie environnementale 2026, Sophie Hatier cadre des paysages infiniment arides. Ses images flirtent avec la peinture abstraite, quand Lys Arango travaille la lumière à la manière d’une peintre. Chez Claudine Doury, la photographie se fait cinéma muet. Dans la semi-pénombre, ou à contre-jour, des femmes s’adonnent à des rituels païens lors du solstice d’été. Enfin, Jacques Le Gall est l’une des découvertes de ce festival. L’ancien professeur de philosophie porte un regard amusé sur des situations anodines, telles ces bonnes sœurs jouant au ballon sur la plage ou ce paysan et son cheval aux crinières ébouriffés. Le festival se conclut sur un hommage amical et posthume, mais aussi grandiose à Sebastião Salgado, disparu le 23 mai 2025. Une cinquantaine de ses photographies montrent la violence des hommes et captent la lumineuse beauté de la forêt Amazonienne. Le voyage d’une vie.
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Festival Photo La Gacilly : « 1826-2026 : La photographie, une aventure française », jusqu’au 4 octobre 2026, divers lieux, 56200 La Gacilly




