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Duane Michals, poète de l’image, s’est éteint

Le photographe américain, grand admirateur du surréalisme, connu pour ses compositions narratives intégrant des textes manuscrits, est décédé à New York le 9 juin 2026, à l’âge de 94 ans.

Stéphane Renault
12 juin 2026
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Duane Michals, 2023. Courtesy DC Moore Gallery

Duane Michals, 2023. Courtesy DC Moore Gallery

Il était l’un des grands noms de la photographie plasticienne contemporaine, qui a renouvelé le médium en y mêlant textes manuscrits, fiction et réflexion existentielle. Duane Michals est décédé à New York le 9 juin 2026, à l’âge de 94 ans. Sa disparition a été annoncée par la galerie DC Moore, qui lui a consacré huit expositions individuelles depuis 2013.

« Comptant parmi les innovateurs photographiques les plus influents du XXe siècle, Michals est largement reconnu pour son travail sur les séquences, les expositions multiples et le texte, lui rend hommage l’enseigne new-yorkaise. C’est dans les années 1960 que Michals a réalisé ses premières avancées créatives majeures dans le domaine de la photographie. À une époque fortement influencée par le photojournalisme et "l'instant décisif" d’Henri Cartier-Bresson, Michals a manipulé ce médium pour communiquer des récits. Plutôt que de chercher à reproduire la réalité, il s’intéressait à l’expression des mondes intérieurs, des rêves et des questions métaphysiques. Il a commencé à mettre en scène des séquences photographiques, s’appropriant le format image par image du cinéma. »

Les Rencontres d’Arles « saluent la mémoire d’un artiste libre, poétique et inventif, qui n’a cessé d’élargir les possibilités de la photographie ».

L’une des marques de fabrique de Duane Michals est l’intégration du texte dans ses œuvres. En écrivant directement sur la photographie imprimée, il confère une autre dimension à la signification des images, à travers des réflexions poétiques, tragiques et humoristiques. Au fil de sa carrière, il a exploré les possibilités du médium en repoussant ses limites, intégrant par la suite à sa pratique la peinture, le collage, la sculpture et le cinéma.

Né le 18 février 1932 à McKeesport, en Pennsylvanie, Duane Michals quitte en 1949 cette banlieue sidérurgique de Pittsburgh pour étudier à l’université de Denver, où il obtient un diplôme en design graphique. Après avoir passé deux ans dans l’armée américaine en poste à Baumholder, en Allemagne, il s’installe au milieu des années 1950 à New York, où il a vécu et travaillé jusqu’à la fin de sa vie. En 1958, il se découvre une passion pour la photographie lors d’un voyage en URSS, où il réalise des portraits. De retour à Manhattan, il commence à travailler comme photographe et présente sa première exposition personnelle en 1963 à l’Underground Gallery. En 1960, Duane Michals rencontre l’architecte Frederick Gorrée (1931-2017), qui devient son compagnon. Ils se sont mariés en 2011.

En 1964, sa célèbre série Empty New York est inspirée par l’œuvre d’Eugène Atget. Arpentant les rues tôt le dimanche matin, il en capte la vie quotidienne, perçue telle un décor de théâtre. En 1965, Duane Michals se rend à Bruxelles pour y rencontrer René Magritte, dont il est un fervent admirateur. Il réalise de nombreux portraits du peintre surréaliste, publiés dans le livre A Visit with Magritte en 1981.

À la fin des années 1960, son style s’affirme dans ses premières séries photographiques : The Woman is Frightened by a Door (1966), Paradise Regained, The Fallen Angel et The Spirit Leaves the Body (toutes datant de 1968). C’est à cette époque qu’il commence à inscrire à la main des messages poétiques ou pleins d’esprit sur ses tirages.

Duane Michals a réalisé des portraits de photographes, peintres, acteurs, auteurs, réalisateurs, capturant des éléments de leur personnalité tout en conservant sa propre vision – ce qu’il appelait le « portrait en prose ».

Après avoir retravaillé ses propres tirages argentiques avec de la peinture à l’huile, ou peint sur des ferrotypes du XIXe siècle, il a commencé dans les années 2010 à expérimenter le cinéma et la sculpture. Il a réalisé plus de 100 courts-métrages, dont des collaborations avec des maisons de mode.

Le Museum of Modern Art de New York a accueilli sa première exposition personnelle (1970). Il a présenté des expositions monographiques au Musée Odakyu de Tokyo (1999) et à l’International Center of Photography de New York (2005). En 2008, le photographe a célébré ses 50 ans de carrière avec une exposition rétrospective au Musée de la photographie de Thessalonique, en Grèce, et au Centre International pour la Photographie Scavi Scaligeri à Vérone, en Italie. En 2009, les Rencontres d’Arles lui ont consacré une grande exposition, accompagnée d'une soirée mémorable au Théâtre antique. En 2015, le Carnegie Museum of Art de Pittsburgh, en Pennsylvanie, a organisé une rétrospective de l’œuvre de l’artiste intitulée « Storyteller : The Photographs of Duane Michals ». La Fundación Mapfre à Barcelone, en Espagne, a inauguré l’exposition « Duane Michals » en 2017. En 2019, la Morgan Library and Museum de New York a présenté une rétrospective, intitulée « The Illusions of the Photographer : Duane Michals at the Morgan ».

L’exposition itinérante « Duane Michals : The Portraitist », inaugurée à la DC Moore Gallery en 2015, s’est ensuite rendue au Crocker Museum of Art de Sacramento, en Californie (2018-2019) ; au Fenimore Art Museum, à Cooperstown, dans l’État de New York (2019) ; au Lowe Art Museum, à Miami, en Floride (2021) ; au Hasselblad Center, à Göteborg, en Suède (2022) ; aux musées de l’université de Richmond, en Virginie (2022) ; et au Musée finlandais de la photographie, à Helsinki (2023). « Duane Michals : Photographer of the Invisible » a vu le jour à la Fundación Canal, à Madrid, en Espagne, en 2025, puis a été présentée au Spazio Reale, à Monte Carasso, en Suisse, en 2026.

En reconnaissance de sa contribution à la photographie, Duane Michals s’est vu décerner une bourse du National Endowment for the Arts (1976), le prix Infinity Award for Art de l’International Center of Photography (1989), le prix international Foto España (2001) et le prix culturel de la Société allemande de photographie (2017).

Ses œuvres font partie de nombreuses collections permanentes, notamment celles de l’Art Institute of Chicago ; du J. Paul Getty Museum à Los Angeles ; du Metropolitan Museum of Art à New York ; du Moderna Museet à Stockholm ; du Museum of Modern Art à New York ; de la National Gallery of Australia à Auckland ; du National Museum of Modern Art à Kyoto ; du Philadelphia Museum of Art ; et en France, d'institutions de premier plan, du Centre Pompidou à la Bibliothèque nationale de France (BnF), et de plusieurs Fonds régionaux d'art contemporain (FRAC). Ses archives sont conservées au Carnegie Museum of Art de Pittsburgh.

Parmi plus de quarante monographies publiées, citons Homage to Cavafy (1978) ; Nature of Desire (1989) ; Duane Michals : Now Becoming Then (1990) ; The Essential Duane Michals (1997) ; Questions Without Answers (2001) ; The House I Once Called Home (2003) ; Foto Follies / How Photography Lost Its Virginity on the Way to the Bank (2006) ; Storyteller : Duane Michals (2014) ; Duane Michals : Empty New York (2018) ; et Texas (2022).

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