Le Mensuel
Newsletter
Abonnements
Le Mensuel
Newsletter
L'éditorial de la semaine
L'actualité des galeries
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Patrimoine
L'éditorial de la semaine
L'actualité des galeries
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Patrimoine
L'actualité des galeries
Actualité

Renard des Caraïbes, moteur hors-bord et boîte Ilford

Patrick Javault
26 juin 2026
Partagez
Vue de l’exposition « Leasho Johnson : I am a place as much as I am a flavour » chez Mariane Ibrahim Paris. Courtesy de l’artiste et Mariane Ibrahim. Photo Pauline Assathiany

Vue de l’exposition « Leasho Johnson : I am a place as much as I am a flavour » chez Mariane Ibrahim Paris. Courtesy de l’artiste et Mariane Ibrahim. Photo Pauline Assathiany

L'actualité des galeries

Un choix d'expositions proposées dans les galeries par le critique d'art Patrick Javault

Leasho Johnson : I am a place as much as I am a flavour

D’origine jamaïcaine, vivant à Chicago, Leasho Johnson aborde dans son œuvre la question raciale, l’identité caribéenne et queer. Ses peintures fouillées et complexes, débordantes de mouvement et de lumière, dépassent le binarisme figuration/abstraction. Les œuvres exposées ont été peintes sur papier, avec superpositions de formes découpées, et collées sur toile. Les techniques employées sont d’une extrême diversité, comme un condensé de l’histoire de la peinture occidentale : détrempe, aquarelle, huile, acrylique, oilstick, fusain. Dans cette histoire, Johnson introduit un pigment qu’il fabrique lui-même avec du bois de campêche pour obtenir un noir extrêmement intense. Il use de cette couleur pour peindre des corps humains mais aussi des statues ou des animaux fantastiques. Ce sont souvent des figures multiples, changeantes inscrites au milieu de paysages abstraits dans lesquels vient se glisser parfois une épave de voiture américaine. Depuis de nombreuses années, l’artiste fait apparaître dans certains de ses tableaux la figure d’Anansi telle qu’il l’interprète. Anansi est à l’origine une araignée qui incarne le filou ou le Renard des Caraïbes. Il représente la résistance à l’ordre établi qu’il bouleverse par ses ruses et par ses tours. C’est en Jamaïque qu’a été recueilli le plus grand nombre de récits d’Anansi. Dans une œuvre récente, Leasho Johnson le fait plonger tête la première dans un trou noir (qu’il a lui-même creusé dit le titre) au milieu d’une forêt. Il y a sans doute une morale à cette fable mais on voit aussi un corps dansant et un esprit au milieu d’une explosion de couleurs posées par touches délicates qui réunit Wifredo Lam et l’expressionnisme abstrait.

Du 6 juin au 25 juillet 2026, Mariane Ibrahim, 18 avenue Matignon, 75008 Paris

Vue de l’exposition « Elisabetta Benassi : The Wind from Nowhere » chez Peter Freeman, Inc. Courtesy de l’artiste et Peter Freeman, Inc. Photo Aurélien Mole

Elisabetta Benassi : The Wind from Nowhere

Avec son long canot, fixé au plafond et tournant sur lui-même, l’exposition d’Elisabetta Benassi rappelle certains grands gestes des années 1960 et 1970 par lesquels un(e) artiste signifiait désir d’évasion ou difficulté à dépasser l’autonomie de l’œuvre d’art. L’histoire qu’elle raconte s’appuie sur quelques ready-mades, dont certains assistés. La barque qu’elle a choisie, d’un élégant modèle en bois, est conçue pour plusieurs. Les poignées de ses rames légèrement calcinées ont été taillées comme des lances et servent à fixer au mur deux éditions poche de livres de J. G. Ballard dont l’un, The Wind from Nowhere, donne son titre à l’exposition. Sur un autre mur, accroché très haut, on voit un moteur hors-bord de marque Seagull. Une table métallique accueille un globe céleste positionné de manière à mettre en évidence le Sculpteur, une constellation de l’hémisphère sud que les Grecs identifiaient parfois à Dédale ou à Icare. On trouve aussi disséminées quatre cartes d’évasion en soie soigneusement pliées et protégées par de petites boîtes en plexiglas. Les plis font apparaître Odessa, le golfe Persique, Stockholm, la côte norvégienne. Ces noms en partie résonnent avec l’actualité mais l’on suppose que les dessins des côtes, les effets de transparence de la soie, ont autant inspiré la forme de ces pliages.

Les mots et les références agencés par Benassi forment une constellation et ramènent en surface récits d’aventures et d’espionnages. La tentation est grande de faire une lecture allégorique de The Wind from Nowhere, et d’imaginer que la difficulté à se repérer ne concerne pas seulement l’artiste mais nous également. Cette métaphore rencontre les récits de temps de guerres et les visions futuristes de Ballard au temps de la guerre froide. Ces plans d’évasion pliés comme des mouchoirs pourraient être des présents, des signes d’espoir ou des objets pour conjurer le sort.

Du 5 juin au 25 juillet 2026, Peter Freeman, Inc., 7 rue de Montpensier, 75001 Paris

Vue de l’exposition « Suleman Aqeel Khilji : Transmission » chez White Cube Paris. © Suleman Aqeel Khilji. Photo © White Cube (Nicolas Brasseur)

Suleman Aqeel Khilji : Transmission

Concevant chacun de ses tableaux sur une base figurative, une photo trouvée ou personnelle, Suleman Aqeel Khilji s’est engagé dans une série de simplifications qui l’amène aux confins de l’image. Il a réduit sa palette à trois types de bleu et à un rouge brique auxquels il ajoute le noir et le blanc. Le grège de la toile de lin teinté par le liant apporte une luminosité particulière. « Transmission » que Khilji aime mieux dire en ourdou, sa langue natale, désigne pour lui son processus pictural, fondé sur une superposition de couches et sur des effacements. Alternant grands tableaux et petits formats posés sur des tablettes, Suleman Aqeel Khilji crée une situation fascinante, à la frange de la fiction. Les tableaux semblent se révéler ou se réveiller sous nos yeux : le visage d’une vedette de la scène ou de l’écran, celui d’une femme qui allume une cigarette, la figure qui revient d’un individu tendant ses bras en croix.

Certaines sont à la limite de la lisibilité : un rai de lumière, une fenêtre entrouverte, d’autres ressemblent à des épiphanies. Ainsi d’Elevation (Chiltan) réunissant une promeneuse en doudoune et un chien avec, au-devant d’eux, un assemblage de lignes dansantes qui peuvent suggérer des flammes. Un morceau de virtuosité est donné par Saraab III (Mirages) qui montre des baigneurs dans un bassin. Deux sont nettement visibles dans la partie inférieure, têtes bras et épaules à la surface de l’eau, un troisième un peu moins. Le reste, ce sont quelques traits serpentins et quelques points rouges, des points et des traits bleus avec de moins en moins de couleur à mesure que l’on se rapproche du bord supérieur. Là, une mince bande bleue marque la ligne de l’horizon. Bel exemple de dissolution et de révélation qui unit l’expérience de l’eau et celle de la peinture.

Du 11 juin au 25 juillet 2026, White Cube Paris, 10 avenue Matignon, 75008 Paris

Michael Caudo, Sans titre, 2026, acrylique sur acier. Courtesy de l’artiste et Petrine. Photo Thomas Lannes

Michael Caudo : Painting and Sculpture

Toutes les œuvres de Michael Caudo sont en acier et peintes à l’acrylique. Certaines présentées sur des socles semblent pouvoir être qualifiées de sculptures, les autres fixées aux murs nous paraissent être des tableaux. La distinction entre les deux est des plus minces et repose davantage sur des conventions de présentation que sur des qualités intrinsèques. « Painting and sculpture », ce titre dit tout et n’explique rien. Les pièces sur socles consistent en empilements de plaques rectangulaires avec plus ou moins de plaques (de 3 à 7) et plus ou moins de couleurs, certaines jouant d’une gamme de blancs. Elles sont la reproduction exacte de chutes de carton ayant servi à la confection de marie-louise. On apprend que Michael Caudo travaille dans un atelier d’encadrement. La frontière entre ce qui se trouve à portée de main et ce qui relève de la biographie est mince elle aussi. Une sculpture un peu à part imite une boîte Ilford découpée en forme de cœur ayant contenu le cadeau d’une amoureuse. Le cœur n’est pas très régulier et ses bords endommagés. Pas très loin de cette sculpture, un tableau au mur reproduit la couverture d’un cahier de croquis sur laquelle est écrit : Drawing. Le dessin est dans le tableau comme la photo dans la sculpture. L’autre tableau de l’exposition reproduit une serviette de bain verte et rose usée au motif un peu Op art. La texture du tissu-éponge est traduite en touches de peinture.

On comprend bien que ni le trompe-l’œil, ni les traits biographiques ne sont la préoccupation de Caudo. La combinaison acier et acrylique lui sert à manifester la dimension esthétique de choses insignifiantes sans y faire entrer de subjectivité. Pas d’attachement particulier à sa serviette ni à ces bouts de carton, à la boîte peut-être un peu plus, qui sait ?

Du 29 mai au 25 juillet 2026, Petrine, 55 rue des Petites Écuries, 75010 Paris

L'actualité des galeriesLeasho JohnsonGalerie Mariane IbrahimElisabetta BenassiGalerie Peter Freeman Inc.Suleman Aqeel KhiljiWhite CubeMichael CaudoPetrine
Partagez
Abonnez-vous à la Newsletter
Informations
À propos du groupe The Art Newspaper
Contacts
Politique de confidentialité
Publications affiliées
Cookies
Publicité
Suivez-nous
Instagram
Bluesky
LinkedIn
Facebook
X
Ce contenu est soumis à droit d'auteurs et copyrights

À lire également

L'actualité des galeriesActualité
5 septembre 2025

Formes ovoïdes, chapeau noir et corps nus

Patrick Javault
L'actualité des galeriesActualité
2 mai 2025

Gros galets, références carnavalesques et silhouette de yéti

Patrick Javault
L'actualité des galeriesActualité
12 janvier 2024

Carrés de couleurs, paroles en l’air et camouflages

Patrick Javault
L'actualité des galeriesActualité
24 avril 2026

Moines en prière, jeu de clés et image du secret

Patrick Javault