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Moines en prière, jeu de clés et image du secret

Patrick Javault
24 avril 2026
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Vue de l’exposition « Park Seo-Bo » chez White Cube Paris. © PARKSEOBO FOUNDATION. Photo © White Cube (Nicolas Brasseur).

Vue de l’exposition « Park Seo-Bo » chez White Cube Paris. © PARKSEOBO FOUNDATION. Photo © White Cube (Nicolas Brasseur).

L'actualité des galeries

Un choix d'expositions proposées dans les galeries par le critique d'art Patrick Javault

Park Seo-Bo

Après avoir été l’un des pionniers dans l’affirmation d’une abstraction radicale en Corée du Sud, c’est au milieu des années 1960 que Park Seo-Bo (1931-2023) trouve la forme et le titre de ce qui deviendra sa signature. Les Écritures est un mot qui signale que Paris a pu compter dans son développement, mais les sources de son art sont à chercher dans le taoïsme et le bouddhisme. Dans une interview, l’artiste avait déclaré voir ses tableaux comme des moines en prière dans un jardin zen. Les Écritures offrent une pensée nouvelle sur la relation du dessin à la peinture. À l’origine, sur une surface de peinture fraîche, blanche ou grise, Park Seo-Bo traçait au crayon des boucles ou des hachures pour former des trames plus ou moins serrées. L’exécution de chaque œuvre vient après une période de méditation et est une manière de faire le vide. Vide spirituel qui est aussi approche de la nature et peut parfois être imprégné de souvenirs. Ainsi, un certain gris longtemps présent dans la peinture de Park Seo-Bo était-il un rappel de la suie qui teintait les murs d’un ancien logement. Le peintre réintroduira progressivement la couleur dans son œuvre et, à partir des années 1980, développera un nouveau registre d’Écritures en employant le hanji, papier traditionnel. Avec le hanji, il crée des tableaux-reliefs marqués de sortes de sillons avec parfois une ouverture sur un centre lisse d’une autre teinte, comme un seuil ou une fenêtre. L’exposition réunit un riche ensemble d’Écritures, peintes entre 1971 et 2023, et fait découvrir des œuvres de la série des Newspaper Écritures initiée à Paris en 1977 et à laquelle Seo-Bo reviendra dans ses dernières années. C’est au cours d’un hiver particulièrement humide et parce que ses tableaux « refusaient de sécher » qu’il eut l’idée de peindre sur les pages de journal lui servant à essuyer ses pinceaux. Park Seo-Bo adapte sa technique à ce support fragile, joue avec les caractères imprimés à la manière d’un collage, et trouve une forme d’accord entre vide essentiel et rumeur de l’événement.

Du 15 avril au 30 mai 2026, White Cube, 10 avenue Matignon, 75008 Paris

Vue de l’exposition « The Grain of Our Hearts », en collaboration avec le collectif MAAN for Gaza Artists, à la Galerie du Jour agnès b. Photo Rebecca Fanuele

The Grain of Our Hearts (Taysir Batniji, Samaa Abu Allaban, Maisara Baroud, Rehaf Al-Batniji, Adel Al-Taweel, Amer Nasser)

« The Grain of Our Hearts » réunit des œuvres de six artistes de Gaza. L’aîné d’entre eux, Taysir Batniji, présente sur un seul mur Just in Case #2, 80 photos de format 21 x 29,7 cm montrant chacune un modeste jeu de clés sur fond neutre. Sous chaque photo est inscrit au crayon sur le mur le nom du propriétaire et les circonstances de la destruction de son domicile, ou bien la formule « information manquante ». On remarque la présence d’un jeu de clés de l’artiste. Les Memory in Storage de Samaa Abu Allaban sont de petits collages colorés avec des bouts de ficelle, du carton, du papier journal et, pour chacun, une rondelle de fruit ou une feuille séchée, choses précieuses et rares. Dans ses Scroll narratives, des leporellos, Maisara Baroud représente en noir et blanc, d’un trait net et sous une forme stylisée, les bombardements et les morts, donnant à ces faits brûlants une forme d’intemporalité. Rehaf Al-Batniji a composé un mur de photographies appartenant à trois séries : Original Copy, These are not images et After Life. Les deux premières montrent Gaza en 2022 et 2023 : des personnes, des paysages, de la nourriture, des objets, le bleu du ciel ou celui de la mer, avec parfois l’ombre de la photographe. La troisième, en noir et blanc, datée de 2026, associe un bout de feuillage d’un pin parasol et un morceau d’une chevelure frisée. Comment sont devenues vos cartes d’Adel Al-Taweel est un ensemble de 9 petites gravures qui, à la façon d’un cycle, montre un quadrillage coloré, un extrait de plan de ville, perdant progressivement ses teintes et ses traits pour se réduire à une croix tremblante. Amer Nasser a nommé sa série de photos Bataille de l’endurance avec, en sous-titre pour chacune, le nom d’une attente : En attendant l’électricité, En attendant l’école, En attendant le cessez-le-feu, En attendant l’espoir… Le photographe écrit : « j’envoie mes images, en plaçant mon téléphone sur un long bâton de fer que j’élève au plus haut, pour trouver un signal de connexion et partager ces images de signaux de vie au monde extérieur. Dans l’espoir qu’un jour, quelqu’un puisse déchiffrer le mystère de cette "presque vie", saisir l’esprit de (sur) vie qui l’a habité ».

Du 27 mars au 17 mai 2026, en collaboration avec le collectif MAAN for Gaza Artists, Galerie du Jour agnès b., La Fab, place Jean-Michel Basquiat, 75013 Paris

Vue de l’exposition « Rebecca Purdum : Presque rien » chez Brigitte Mulholland. Courtesy de l’artiste et Brigitte Mulholland. Photo Sean Fader

Rebecca Purdum : Presque rien

C’est en 1985 que Rebecca Purdum a eu sa première exposition personnelle, mais « Presque rien » est la première à lui être consacrée à Paris. Le titre, qui est également celui d’un de ses tableaux, vient de Claude Debussy qui a porté ces mots sur certaines de ses partitions pour piano pour indiquer un jeu très calme. L’artiste voit une correspondance entre cet intervalle musical et la contemplation d’un tableau abstrait. La toile homonyme est à dominante blanc gris, d’une infinie richesse de nuances et, selon l’angle de vue, peut rappeler la brume ou des marques sur de la glace. Rebecca Purdum commence ses tableaux sans plan, sans intention, en s’emparant de la couleur qui se trouve en plus grande quantité dans son atelier. Elle applique la peinture avec ses mains gantées et racle ensuite la couleur avec un couteau. Sur son site, on peut voir dans une vidéo en accéléré tous les états d’un triptyque travaillé durant sept mois. Chaque image, une cinquantaine peut-être, montre une toile radicalement différente de la précédente, un jour orange, un autre bleu, le tableau arrêté gardant mémoire de tous ces moments. Rebecca Purdum semble trouver l’espace par construction et destruction successives, s’efface comme sujet à force d’assauts répétés. La surface est lisse, nettement marqué, et néanmoins produit des effets atmosphériques. Il y a dans Jupiter une combinaison de teintes brun et orangé qui fait se rencontrer la rouille et la fusion. Et par-dessus le bloc central, une multitude de brefs traits foncés dont on ne peut dire comment ils ont pu se former et s’organiser. C’est intrigant et vertigineux. On croit comprendre ce que Rebecca Purdum entend quand elle dit qu’elle a le sentiment que la peinture est une force plus grande qu’elle-même.

Du 2 avril au 2 mai 2026, Brigitte Mulholland, 81 rue de Turenne, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Florian Mermin : La rose et l’araignée » chez 22,48 m2. Courtesy de l’artiste et 22,48 m2.

Florian Mermin : La rose et l’araignée

Florian Mermin a conçu « La rose et l’araignée » comme un environnement, un enchantement de l’espace de la galerie dans laquelle les œuvres jouent un rôle dans l’édification d’un récit. Un récit fantastique qui reste très ouvert malgré les formes, les couleurs, les parfums et même la diffusion d’un poème original enregistré par son auteure. Au centre du jeu l’artiste a placé la rose. Il en donne deux représentations géantes en terre cuite et il en a assemblé des pétales pour former des tableaux qui en diffusent le parfum. Quant à l’araignée, géante également, elle est en céramique émaillée noire et porte son étreinte sur l’une des fleurs. L’animal et la plante sont les deux seuls personnages de cette intrigue dans laquelle le visiteur peut se glisser, se projeter à partir de souvenirs d’enfance, de phobies ou de références culturelles, plusieurs pièces ayant pour titre Le Spectre de la rose. C’est un univers qui mêle la majesté (céramiques ornées de représentations inquiétantes, nombreux rideaux, candélabres muraux en terre cuite) et une certaine austérité (table de cuisine pour accueillir une sculpture en bronze, empilement de cagette pour servir de socle à une céramique) et qui fait nommer les tableaux Minimal odorant. Un peu comme si on nous donnait le droit de regarder les coulisses de cette fabrique de l’imaginaire. Dans la petite salle en retrait, espace de recueillement, l’odeur vient de deux grands tableaux-reliefs fait de branches de pin. La céramique noire ressemble à une petite maison autant qu’à un grouillement d’invertébrés aux reflets brillants. On pourrait y voir une image du secret et de l’inspiration.

Du 15 mars au 23 mai 2026, 22,48 m2, 43 rue de la Commune de Paris, 93230 Romainville

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