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Vases de fleurs, serviette nouée et bouteilles de gin

Patrick Javault
3 juillet 2026
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Vue de l’exposition « Eddie Martinez : Purple Flopper » à la Galerie Max Hetzler, Paris. Courtesy de l’artiste et Galerie Max Hetzler. Photo Thomas Lannes

Vue de l’exposition « Eddie Martinez : Purple Flopper » à la Galerie Max Hetzler, Paris. Courtesy de l’artiste et Galerie Max Hetzler. Photo Thomas Lannes

L'actualité des galeries

Un choix d'expositions proposées dans les galeries par le critique d'art Patrick Javault

Eddie Martinez : Purple Flopper

En choisissant pour motifs un vase de fleurs ou un papillon qui occupent toute la surface de la toile, Eddie Martinez s’affranchit des questions de contenu et de composition. Comme s’il dessinait avec la brosse, il marque d’un cerne noir les différentes parties et travaille chacune avec la plus grande liberté, tant dans le choix des teintes que dans celui des manières de peindre : le gris peut se glisser parmi les couleurs naturelles, l’impasto, l’hachurage ou le spray peuvent se retrouver dans le même bouquet. Cet artiste, venu du graffiti et porté par la vitesse, trouve dans cette construction par grappes une manière de contenir l’énergie et de se préserver de la subjectivité. D’autre part, Eddie Martinez emploie le blanc pour couvrir ou badigeonner de grandes parties du tableau déjà peint. Ce travail de masquage et de destruction est autant un acte de lecture qu’une manière vibrante et scintillante de faire apparaître deux tableaux en un seul. On remarque de nombreuses similitudes entre les tableaux de « Purple Flopper » (qui est également le titre de l’une des œuvres) qui laissent penser que l’artiste les a travaillées comme des variations portées par un même élan.

Dans le deuxième espace de la galerie, Eddie Martinez a choisi d’exposer le premier tableau de sa nouvelle série Blackout. Cette œuvre reprend le motif du vase de fleurs et le recouvre cette fois de noir, par zones avec des différences de manière et d’intensité. Du blanc dans les contours et au milieu, quelques traits et taches de jaune, de bleu et d’orangé suffisent à lui donner un formidable éclat. Tant les tableaux corrigés au blanc que celui refait au noir nous rappellent les années 1948-1950 de Willem de Kooning, sans l’héroïsme et avec d’autres enjeux. Eddie Martinez expose également, à la perpendiculaire de Blackout, cinq sculptures peintes de quelques centimètres sur des socles d’un mètre en bois brut. Elles ressemblent plus ou moins à des vases de fleurs, comme des étincelles jaillies des toiles.

Du 28 mai au 1er août 2026, Galerie Max Hetzler, 46 & 57 rue du Temple, 75004 Paris

Vue de l’exposition « Justin Williams : Castles out of grass » chez Semiose. Courtesy de l’artiste et Semiose. Photo Aurélien Mole

Justin Williams : Castles out of grass

Se partageant entre l’Australie et le Nouveau-Mexique, ayant des origines égyptiennes, Justin Williams nous fait dans ses peintures voyager à travers l’espace et le temps. Les scènes qu’il dépeint sont suspendues entre le quotidien et le rêve, et la manière dont il touche à la réalité sociale le rapproche de Ben Shahn ou de Milton Avery. Rien n’incarne mieux ce sentiment de flottement que ce tableau représentant un homme assis face à un miroir dans le salon du coiffeur. Le reflet désaxé a les yeux ouverts et l’expression grave, tandis que l’homme dans le fauteuil a les paupières closes et un demi-sourire. Son corps enveloppé dans une très longue serviette nouée autour de son cou paraît en lévitation.

Les œuvres de Justin Williams rassemblent une population de saltimbanques, de cavaliers, de hobos ou de simples citoyens, qui portent avec eux des traits de folklore venus d’Europe de l’Est ou du bassin méditerranéen. Une paysanne joue d’une sorte de kora avec derrière elle un faune ou un esprit nocturne ; des hommes jouent à un jeu de stratégie sur un banc en compagnie d’une panthère noire ; un homme marche dans l’eau avec à l’horizon un bateau-habitation qui semble surgi d’un psautier. Toutes ces images combinent un effet d’étrangeté avec un sentiment de déjà-vu. On croit reconnaître chez Justin Williams une volonté de faire exister une réalité alternative. Un des tableaux montre une femme avec un enfant en bas âge et, assise à côté d’elle, une personne transgenre avec un serpent rayé qui rampe sur ses genoux. Au-dessus d’elle est accroché un tableau représentant la grange américaine type qui donne à cette scène de genre un peu intrigante un enracinement local.

Du 27 juin au 25 juillet 2026, Semiose, 44 rue Quincampoix, 75004 Paris

Vue de l’exposition « Emeka Ogboh : B(l)ackroom » chez Galerie Imane Farès. Courtesy de l’artiste et Galerie Imane Farès. Photo Tadzio

Emeka Ogboh : B(l)ackroom

« B(l)ack Room » poursuit un projet au long cours qu’Emeka Ogboh a initié en 2017 à la Documenta 14 à Cassel (Allemagne). D’origine nigérienne, établi à Berlin, Ogboh avait, parallèlement à l’enregistrement d’une réinterprétation de l’hymne national allemand par des immigrés, interrogés ceux-ci sur leur goût en matière de bière. À partir des réponses, il avait mis au point la Sufferhead Original Stout qui mêlait à une recette traditionnelle allemande des épices venues d’Afrique. Commercialisée dans des bouteilles ou des canettes noires, cette bière brune tire son nom d’une chanson devenue hymne de Fela Kuti. Aujourd’hui, l’artiste offre à la dégustation et à la vente le Sufferhead Original Gin, marquant le passage de l’opacité à la lumière.

Il a fait transformer la galerie en club anglais, avec murs tapissés de noir et canapés Chesterfield. Les bouteilles de gin noires sont exposées dans les étagères derrière le bar. C’est un mélange d’art relationnel et de critique postcoloniale. Quelques livres éclairants sont mis à disposition ainsi qu’une platine pour écouter des vinyles essentiels du jazz ou de l’Afrobeat.

Au sous-sol est projeté une vidéo, un défilé de locutions en blanc sur noir avec, pour la bande-son, la voix d’une femme énonçant des mots repris en écho par une voix d’homme. Les locutions apportent des spécifications aux mots employés, jouant sur le double sens entre les critères de race et de ceux des marchandises, le transport de celles-ci et le trafic des humains. C’est un poème de douleur sous une apparente neutralité. Les premiers mots qui s’affichent sont : « Product of origin » ; les derniers : « The crossing remains ».

Du 21 juin au 18 juillet 2026, Galerie Imane Farès, 41 rue Mazarine, 75006 Paris

Vue de l’exposition « spare room #2 : Clémentine Bruno, Matthias Odin ». Courtesy des artistes et spare room. Photo Léa Mercier

spare room #2 : Clémentine Bruno, Matthias Odin

Ouvert en mars 2026, Spare Room est une galerie logée dans une pièce d’un appartement et qui a engagé un programme d’expositions à deux.

Clémentine Bruno fait commencer le travail de ses tableaux par l’application de gesso sur un panneau de bois. Cette préparation aussi ancienne que l’icône, elle la travaille par effacement, ponçage, ajout de couches, faisant progressivement apparaître ce que sera le tableau. Les trois œuvres qu’elle expose sont autant de directions possibles. L’un des tableaux est vertical et blanc, avec dans le bas un alignement d’allumettes à demi calcinées. Un autre est horizontal, blanc aussi avec quelques minces traits à moitié effacés, dont le titre nous donne la signification : Landscape with matches. Le troisième, vertical, est un espace creusé dans le rouge qui fait apparaître une forme inspirée d’un phylactère médiéval. La réunion de ces trois pièces suggère une expérience de nature quasi spirituelle : essais de flamme, mots emportés.

Les sculptures de Matthias Odin sont des présentoirs offerts à des rebuts ou à des marqueurs d’expériences. Il s’agit de deux vitrines horizontales, l’une fixée au mur et l’autre posée sur un socle blanc avec lequel elle semble faire corps. Les cadres sont faits de cornières en acier récupérées et parfaitement rénovées. À l’intérieur de la vitrine au mur, on voit une feuille de métal souple, la photo d’un masque de théâtre sur un sol et un ruban led qui serpente. Dans la vitrine sur socle, on remarque une plaque de béton sur laquelle un cercle et des signes ont été gravés et, derrière lui, une feuille de métal perforé. Les vitrines d’Odin portent avec elles des histoires de squats, d’errance, des souvenirs de famille aussi, qui leur servent de sous-texte.

Du 21 mai au 9 juillet 2026, sur rendez-vous, spare room, home@spareroomparis.com

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