La journée du 23 juin 2026 a été la plus chaude jamais enregistrée en France, depuis le début des relevés en 1947. Des records de température ont été mesurés dans 339 stations météo sur l’ensemble du territoire, avec une maximale à plus de 44 °C dans les Landes. Le record de température maximale moyenne de la canicule historique de 2003 a été dépassé, atteignant 39,2 °C.
Ce 24 juin, cinquante-huit départements ont été placés en vigilance rouge canicule, alors que le pays entre dans le dur de cet épisode qualifié d’exceptionnel par sa précocité au début de l’été, son intensité et sa durée.
Dès que le mercure s’emballe, les musées offrent une parenthèse idéale pour échapper à la chaleur. En pleine saison touristique, alors que flâner dans les rues s’apparente à L’Enfer de Dante Alighieri, ils font figure de refuges climatiques. Certains sont toutefois au bord de la saturation. Le Louvre affiche ainsi complet pour plusieurs jours consécutifs.
Îlots de fraîcheur climatisés ou étuves contraintes de fermer, faute de pouvoir accueillir les visiteurs dans les meilleures conditions, quelles mesures ont mis en place musées et centres d’art ?
Sollicité, Paris Musées, établissement public regroupant les deux sites patrimoniaux et douze musées de la Ville de Paris, explique que ses équipes « sont mobilisées pour préserver autant que possible le confort de visite, les conditions de travail des agents et la conservation des œuvres. Depuis le début de la canicule, nous adaptons notre dispositif en temps réel, musée par musée, en fonction des conditions constatées sur le terrain. Une cellule de crise se réunit quotidiennement pour suivre la situation dans chacun de nos établissements et ajuster les mesures en conséquence. Ce suivi continu nous permet d’agir vite et de manière ciblée, en lien avec la Ville de Paris. » Toutes les expositions qui bénéficient d’une atmosphère rafraîchie sont maintenues ouvertes. En revanche, certains espaces accueillant les collections permanentes ont été fermés dès lors que les températures constatées devenaient trop élevées, précise Paris Musées. La Maison de Balzac garde ainsi portes closes depuis le 21 juin, à l’exception du jardin et du café.
Selon les bâtiments, certaines salles ont été fermées : le premier étage au musée Carnavalet, au musée Cernuschi, au musée Bourdelle, au musée de la Vie romantique (fermeture du Pavillon, exposition et jardin ouverts) et au musée d’Art moderne de Paris, « particulièrement soumis aux effets de la chaleur en raison de ses verrières ».
Le Petit Palais est maintenu ouvert en totalité, avec des espaces rafraichis. C’est également le cas du musée Cognacq-Jay et du musée Zadkine, dont les collections restent, à ce stade, accessibles au public « dans des conditions thermiques satisfaisantes grâce au traitement d’air et aux aménagements mis en place ».
Par ailleurs, Paris Musées indique qu’en ce qui concerne les agents, « des rotations renforcées ont été mises en place dans les espaces les plus exposés, avec un redéploiement vers des zones rafraîchies, l’apport de rafraîchisseurs d’appoint ou de ventilateurs pour certains espaces. Le télétravail exceptionnel a également été autorisé quand cela était possible. » Quant aux œuvres, « une veille de conservation préventive est déployée dans l’ensemble du réseau. Des mesures spécifiques sont prises là où la chaleur ou l’humidité font peser un risque sur les collections ».
Le musée du Louvre a procédé exceptionnellement à une fermeture anticipée de ses portes à 16 h au lieu de 18 h à partir de ce 24 juin et jusqu’au 27 « face à la montée croissante des températures et aux conditions de visite et de travail difficiles aux heures les plus chaudes de la journée », indique l’établissement. « Les équipes du Louvre sont très mobilisées pour surveiller la température dans les différentes zones du musée et ouvrir et fermer les salles au gré de ces variations. Le musée du Louvre suit de très près la situation et poursuivra l’adaptation de ses horaires et de ses actions en fonction de l’évolution de la situation », ajoute-t-il.
Horaires modifiés, fermetures totales ou partielles, plusieurs autres sites culturels parisiens adaptent leur fonctionnement aux fortes chaleurs. Pour garantir la sécurité des visiteurs et des équipes, le Palais de Tokyo dispose d’un « plan canicule ». Dans ce cadre, les espaces d’exposition du centre d’art contemporain ferment au-delà de 35°C. Les expositions sont donc fermées cette semaine, jusqu’au 27 juin inclus ; la cafétéria et le hall restent néanmoins ouverts au public. Le musée Jean-Jacques Henner a fermé temporairement, ainsi que le musée Gustave Moreau. Le musée national de l’Histoire de l’Immigration propose quant à lui la gratuité totale de ses espaces d’exposition, hors aquarium, jusqu’au 26 juin. Le musée d’Orsay et le musée de l’Orangerie sont ouverts (avec distribution d'ombrelles pour limiter l'exposition au soleil pendant l'attente), comme la Bourse de commerce-Pinault Collection, où la « sculpture de brouillard » de Fujiko Nakaya dans la Rotonde est idéale pour rafraîchir corps et esprit. L’exposition consacrée à Calder à la Fondation Louis-Vuitton est également normalement ouverte. Au Grand Palais, les files d’attente ont été organisées à l’intérieur et le château de Versailles a ouvert un portique supplémentaire, avec une fermeture anticipée. Le parcours des visites-conférences a été modifié pour éviter l’extérieur au musée de Cluny. Le dispositif est réévalué et adapté à la situation chaque jour, précise le ministère de la Culture.
En région, les musées sont logés à la même enseigne. Les établissements climatisés restent largement ouverts, à l’instar du musée d’Arts de Nantes et des autres musées de la ville, avec un accès gratuit jusqu’à la fin de la vigilance canicule rouge aux horaires habituels. À Marseille, le Mucem accueille les visiteurs. À Toulouse, en revanche, le Muséum centre-ville reste fermé jusqu’au 26 juin, « en raison d’une panne de climatisation et de la canicule en cours », indique le musée.
D’une manière générale, visiter une exposition par de telles chaleurs permet de concilier découverte artistique et recherche de fraîcheur dès lors que les établissements sont adaptés. Il est recommandé de se renseigner en amont, notamment via les sites Internet, pour connaître leurs conditions d’accueil.
« Le Louvre fait face à des températures et à un ensoleillement particulièrement intenses ces derniers jours. Son bâtiment historique, bien que naturellement résilient dans certaines parties de son architecture, reste fragile et n’est pas assez adapté au changement climatique », reconnaît le musée, qui ne fait pas exception.
Alors que l’Hexagone suffoque dans une Europe devenue une fournaise, prise dans l’étau d’un plateau de chaleur intense, la question de l’adaptation au réchauffement climatique se fait plus urgente que jamais, a fortiori sur un continent très exposé. « Un mur d’investissement nous attend », prévenait ce matin sur France Inter Monique Barbut, la ministre de la Transition écologique, parlant d’une politique de long terme.
Au-delà de la gestion de crise, il incombe aux musées d’adapter leurs réponses, tant en termes d’accueil des publics, de conditions de travail des personnels que de conservation des œuvres. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) documente des changements sans précédent depuis 2000 ans et alerte sur l’urgence d’agir, confirmant sans équivoque l’influence humaine sur le réchauffement climatique. Le développement d’infrastructures urbaines résistantes à des phénomènes climatiques de plus en plus extrêmes et fréquents est l’une de ses recommandations.




