Le musée d’Arts de Nantes poursuit sa mue engagée en 2022 avec le réaccrochage de ses collections d’art ancien, puis du XIXe siècle. Les œuvres modernes et contemporaines sont à leur tour mises en valeur dans un nouvel accrochage, où les pièces emblématiques de la collection se dévoilent sous un nouveau jour, en dialogue avec des prêts.
Au premier étage, dans les salles d’art moderne, Raoul Dufy, Sonia Delaunay, Suzanne Valadon et Pablo Picasso côtoient le surréalisme, dont plusieurs acteurs sont nés à Nantes. Les œuvres de Max Ernst, Yves Tanguy, Toyen, Man Ray, André Masson, Roberto Matta sont mises en regard avec celles de Jean Dubuffet et Gaston Chaissac. L’abstraction n’est pas en reste avec un ensemble de onze œuvres de Vassily Kandinsky datant de sa période Bauhaus, mais aussi des tableaux signés Auguste Herbin ou Joaquín Torres-Garcia. Pour la période d’après-guerre, la grande galerie confronte l’abstraction lyrique et gestuelle de Maria Helena Vieira da Silva, Pierre Soulages ou Hans Hartung à celle, géométrique, de Victor Vasarely, François Morellet, Vera Molnár ou encore Aurelie Nemours.
Dans les salles du Cube, dédié au parcours contemporain sur quatre niveaux, le réaccrochage privilégie dorénavant une approche thématique, au-delà des écoles et des chronologies. Une lecture de la création depuis les années 1960 est ainsi proposée à travers les notions de territoire, du corps, de la couleur et du support de l’œuvre, ou du temps.
Autres nouveautés, le musée accueille près d’une quinzaine de prêts exceptionnels du Centre Pompidou – des œuvres signées Jean Hélion, Giorgio de Chirico, Alberto Giacometti, Jean Arp, Victor Brauner – mais aussi du Centre national des arts plastiques (Cnap), qui viennent enrichir la section sur le surréalisme, avec par exemple une artiste telle que Marie-Thérèse Pinto, ou encore Anna-Eva Bergman. Un ensemble d’une vingtaine d’œuvres contemporaines en provenance du Frac des Pays de la Loire, qui a récemment perdu son espace sur l’île de Nantes, complète également la collection.
« Ce réaccrochage poursuit et achève le redéploiement des collections initié par Sophie Lévy [nommée directrice générale du Voyage à Nantes], explique Emmanuelle Delapierre, directrice du musée d’Arts de Nantes depuis juin 2025. L’insertion de textes dans le parcours d’exposition vise à contextualiser, donner des clés de lecture, ainsi que la mise en place de dispositifs de médiation venant éclairer une œuvre particulière à chaque fois. »
« La singularité du musée d’Arts de Nantes est de traverser un temps très long, du XVIe siècle jusqu’à aujourd’hui, poursuit-elle. C’est un aspect que nous voulons interroger. Nos collections sont à la fois patrimoniales, historiques, et ouvertes sur la création contemporaine. Nous sommes à la croisée entre un musée de beaux-arts et un centre d’art. C’est une porosité que nous souhaitons travailler. »
Si la collection d’art moderne accueille de nouvelles œuvres grâce à une politique de dépôts, la collection contemporaine connaît une refonte de la sélection plus en profondeur. Dans le Cube se mêlent ainsi une pièce historique, Mnémosyne d’Anne et Patrick Poirier, et des créations de Raphaël Zarka ou Delphine Coindet. Le Centre Pompidou a prêté des films de Jean-Michel Alberola, de John Baldessari, des échelles de Daniel Dezeuze, une sculpture de Richard Deacon.
La nouvelle programmation articulera des espaces, des temporalités, des publics. Dans le Patio se tiendra sur la période automne-hiver une exposition de beaux-arts. Après « Sous la pluie » cette année, « Surréelles » sera consacrée l’an prochain aux femmes surréalistes. Une invitation a été lancée à Hélène Delprat pour présenter simultanément une œuvre contemporaine dans la chapelle et créer un espace au sein même de l’exposition.
Au printemps-été, carte blanche sera donnée à un artiste contemporain pour créer une œuvre pour le Patio. À partir de mai, les Poirier l’inaugureront avec une pièce monumentale, dont l’écho sera particulier. Né à Nantes, Patrick Poirier y a perdu son père pendant les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. C’est dans ce même Patio du musée, qui faisait alors office de chapelle ardente, que son grand-père est allé identifier le corps. En 2027, le Patio sera investi tout en lumière par Ann Veronica Janssens. L’été, une œuvre vidéo fera écho à la thématique du « Voyage à Nantes ».
Musée d’Arts de Nantes, 10 rue Georges Clemenceau, 44000 Nantes.




