Placée pour la troisième fois sous le commissariat de Stefanie Hessler, « Parcours », l’exposition organisée par Art Basel à travers la ville, a pour thème cette année la « convivialité ». Elle propose une méditation sur ce que la curatrice décrit comme « la beauté du vivre-ensemble et du partage de l’espace et du temps avec d’autres êtres humains, mais aussi ses complexités et ses ruptures, en particulier en temps de conflit et de guerre ».
Répartie entre vitrines de magasins, églises, hôtels, bâtiments abandonnés et jusque sur le réseau de tramway de Bâle, l’exposition explore la manière dont les artistes abordent les questions de communauté, d’écologie, de travail, de technologie et de vie publique. « [L’exposition] pose la question de savoir qui peut définir nos manières de vivre ensemble et d’utiliser l’espace commun », explique Stefanie Hessler. Nous avons demandé à la commissaire de choisir sept œuvres qui incarnent sa vision curatoriale de cette édition.
Kader Attia
UBS-Geschäftsstelle, Aeschenvorstadt 1
Untitled (Rainsticks) de Kader Attia se compose de 21 bâtons de pluie en bambou, traditionnellement utilisés par les communautés mapuches dans les Andes. Installés sur des supports motorisés, les objets s’animent selon un ballet soigneusement réglé, produisant des sons qui vont du léger ruissellement au grondement de l’orage. Pour Stefanie Hessler, l’installation renvoie à la fois à « notre idée de contrôle sur la nature et à la manière dont nous l’affectons par le changement climatique ».

Œuvre de Cinthia Marcelle , issue de sa série Já Visto, présentée à Parcours. Photo David Owens
Cinthia Marcelle
Ueli Bier – Haus zum kleinen Rigoletto, Rheingasse 41
Dans un immeuble d’habitation désaffecté, l’artiste brésilienne Cinthia Marcelle présente une intervention presque imperceptible : trois verres et trois piles de pièces de monnaie, disposés sur trois étages différents. D’infimes variations dans la position des objets font naître un étrange sentiment de déjà-vu à mesure que les visiteurs gravissent l’escalier. Stefanie Hessler y voit une méditation sur « les conditions institutionnelles et monétaires du marché de l’art », ainsi que sur la manière dont la répétition confère aux objets les plus ordinaires une charge psychologique.

Œuvre de Sarah Crowner de la série Sliced Wings. Photo David Owens
Sarah Crowner
Divers lieux, notamment dans certains tramways de Bâle
L’artiste américaine Sarah Crowner prolonge ses recherches au long cours sur l’abstraction et le mouvement avec Sliced Wings, une série d’affiches géométriques déployées dans toute la ville, jusque dans les tramways. Le titre renvoie à la fois aux oiseaux, aux formes architecturales et aux factions politiques, tandis que les œuvres s’inspirent de « l’espace négatif » dessiné par les corps en mouvement. Pour Stefanie Hessler, le projet propose aussi un commentaire discret sur l’environnement commercial d’Art Basel. En investissant des supports publicitaires existants, ces affiches viennent interrompre le langage visuel de la consommation par un geste abstrait.

Ishi Glinsky, Inertia – Here and Home. Photo David Owens
Ishi Glinsky
Bajour, Clarastrasse 10
Ishi Glinsky a réalisé une sculpture en forme de masque, inspirée de celui de la saga de films d’horreur Vendredi 13. L’œuvre détourne le cliché du « cimetière indien maudit » dans la culture populaire occidentale. Elle est présentée dans la vitrine de Bajour, média dont les locaux sont ouverts au public. Ce dernier peut y entrer et échanger avec les journalistes. Stefanie Hessler a été séduite par l’idée de présenter l’œuvre dans un lieu ouvert aux interventions venues de l’extérieur.

Amol K Patel, Burning Speeches. Photo David Owens
Amol K Patil
Volkshaus Basel, entrée par la Schafgässlein
L’artiste Amol K Patil, basé à Mumbai, en Inde, a créé un environnement immersif mêlant dessin, sculpture, son et vidéo, nourri par l’histoire des luttes ouvrières. Au centre de l’installation, une radio diffuse des discours politiques tout en émettant de la fumée, comme si elle se consumait lentement. Autour d’elle, des éléments mobiles composent ce que Stefanie Hessler qualifie de « théâtre mécanisé », fait de sons, de lumière et de mouvement.

Œuvre de Haegue Yang issue de la série Intermediates. Photo David Owens
Haegue Yang
Divers lieux
Rares sont les artistes qui incarnent aussi pleinement que Haegue Yang l’attention portée par l’exposition au mouvement et aux mythologies. Dans la vitrine du grand magasin Manor, ses sculptures en stores vénitiens rendent hommage au minimalisme et à Dan Flavin, tout en laissant l’espace derrière elles apparaître et disparaître. Ailleurs, Haegue Yang installe sur le Mittlere Brücke et dans la distillerie historique de la ville des sculptures en fibres synthétiques inspirées de l’Imoogi, serpent aquatique mythique coréen, reliant ces œuvres aux voies d’eau qui ont façonné la circulation des marchandises et des personnes à travers Bâle.

Pélagie Gbaguidi, Fragmentation. Photo David Owens
Pélagie Gbaguidi
Kirche St. Clara, Claraplatz 6
L’artiste belgo-béninoise Pélagie Gbaguidi a installé deux constellations de fragments peints dans l’église St. Clara, en s’inspirant de la Tenture de l’Apocalypse médiévale. Réalisées à partir de sacs à pain en papier recouverts de pigments, ces œuvres font dialoguer inégalités sociales, migrations, systèmes de croyances et fractures entre Nord et Sud global. Pour Stefanie Hessler, le cadre de l’église accentue encore ces enjeux : l’installation s’inscrit dans un espace qui demeure un lieu de culte pendant Art Basel, faisant coexister vie quotidienne et art contemporain.



