C’est sous des auspices plutôt encourageants que s’est ouverte ce 16 juin 2026 la foire Art Basel, alors qu’était annoncé un accord – encore fragile – entre les États-Unis et l’Iran offrant la perspective d’une réouverture imminente du détroit d’Ormuz. Cette nouvelle a été accueillie favorablement par la bourse de New York. Longtemps l’une des principales clés du succès d’Art Basel, les Américains n’ont pas totalement déserté les allées de la foire. D’autant que la Biennale de Venise peut cette année contribuer à les attirer en Europe. Au-delà de leurs conseillers, certains collectionneurs étaient bien présents, sans compter des responsables de musées de premier plan. « Nous avons vendu notamment à une collectionneuse que nous avions rencontrée au MoMA de New York, et vu les directeurs du MoMA et du Met ainsi que leurs conservateurs », confie David Fleiss. La galerie parisienne qu’il dirige, 1900-2000, se distingue par une myriade de petits bijoux surréalistes à tous les prix, mais surtout par un focus consacré aux œuvres surréalistes tardives (des années 1970) d’Yves Laloy, défendu en son temps par André Breton (de 20 000 à 80 000 euros) et exposé il y a quelques années par la galerie Perrotin. L’enseigne a fait appel à la directrice artistique de la marque Pucci, Camille Miceli, pour relooker ce mini-stand avec une scénographie haute en couleurs. Malin pour faire le buzz.

Vue du mini-stand de la galerie 1900-2000 consacré à Yves Laloy. Photo : A.C.
Toutefois, dans l’ensemble, les Européens dominaient à l’ouverture – mais avec peu de Français – complétés par des nuées d’Asiatiques, plus nombreux cette année. À l’instar de l’un d’entre eux, vivement intéressé par un monochrome bleu d’Yves Klein sur le stand imposant de la galerie Applicat-Prazan, qui présente par ailleurs, entre autres, deux grandes compositions d’Alberto Magnelli.
Au rez-de-chaussée, l’art moderne et les grands noms de l’après-guerre occupaient selon de nombreux visiteurs une place rarement observée ces dernières années, y compris sur les stands d’enseignes qui ne sont pas habituellement associés à ce segment du second marché. Chez Mennour, « près de 50 % du stand » lui est ainsi consacré, précise Kamel Mennour, qui montre des œuvres allant de 12 000 euros à 2 millions d’euros, avec par exemple un Fontana à 1,8 million d’euros, mais aussi des pièces de Joan Miró, Francis Picabia, Alexander Calder, Roy Lichtenstein…

Œuvre d'Oskar Schlemmer des années 1930 sur le stand de Thaddaeus Ropac. Photo : A.C.
« Pour 1 million de dollars, on n’est pas toujours sûr d’avoir la qualité en art contemporain, tandis qu’en art moderne, on peut s’offrir un chef-d’œuvre doté d’un pedigree formidable d’expositions en musées ! Et non pas juste un artiste dont d'autres œuvres se trouvent dans le stockage d’un collectionneur », observe le conseiller Didier Chaillou. « J’étais désolé de voir le moderne perdre des points face au contemporain, . C’est en train maintenant de s’équilibrer alors que le marché du contemporain est plus compliqué et qu’il faut se rabattre vers des valeurs sûres », estime-t-il. Les valeurs sûres sont justement en abondance cette année à Art Basel. Hauser & Wirth se félicite d'avoir vendu 35 œuvres dont un Picasso dont le prix demandé était de 35 millions de dollars, ainsi qu’un Fontana à 5,5 millions de dollars. Thaddaeus Ropac montre un Baselitz à 1,9 million d’euros et une peinture de la Statue de la Liberté par Warhol imitant le camouflage militaire, à 5,5 millions de dollars. Mais aussi, comme à Unlimited, le travail d’Oskar Schlemmer des années 1930 ! Pace présente un immense relief mural de Jean Dubuffet à 2,8 millions de dollars et la dernière sculpture d’Alexander Calder datant de 1976, pour « un prix à 8 chiffres ». Acquavella, de son côté, propose un nu masculin tardif de Lucian Freud pour environ 20 millions de dollars, ainsi qu’un autoportrait ébouriffé d’Andy Warhol affiché à « plus de 30 millions de dollars ».

Paravent de Rithika Merchant sur le stand de la galerie Tarq. Photo : A.C.
S’ils sont encore présents à Bâle, les Américains ne sont-ils pas en train de privilégier Art Basel Paris comme destination ? « Il y en a suffisamment pour les deux foires !, répond avec humour Nick Acquavella. Oui, ils sont ici à Bâle ». Une partie importante des exposants a joué le jeu de « Exclusive », la nouvelle initiative d’Art Basel consistant à garder pour la foire des œuvres sans communication préalable, tels Lelong avec une œuvre de David Hockney, décédé juste avant Art Basel ; Philip Guston chez Hauser & Wirth ; un nu couché de Picasso chez Van de Weghe ; ou encore une immense œuvre à l’or de Mimmo Paladino chez Christian Stein, de Milan. Mais, les très gros acheteurs n’ont-ils pas tout dépensé lors des ventes aux enchères de mai à New York, qui ont totalisé 2,5 milliards de dollars ? Les transactions semblaient un peu lentes pour les pièces les plus importantes. « Ceux qui vendront sont ceux qui auront su ajuster les prix avant », juge un acteur du marché.
À l’étage, place à plus de fraîcheur et de diversité, une partie des collectionneurs, rebutés par les prix demandés pour les « trophées » du rez-de-chaussée s’y rendant directement. Pour sa deuxième participation à Art Basel, Anne-Sarah Bénichou a vendu plusieurs œuvres d’Élise Peroi (4 000 à 72 000 euros), notamment à de nouveaux clients d’Italie et du reste de l’Europe, mais aussi du Japon et des États-Unis. « Nous avons fait plusieurs ventes grâce à la nouvelle plateforme proposée par Art Basel sur son site Internet à destination exclusive des collectionneurs et autres VIP pour avoir accès en premier aux œuvres », confie-t-elle. Quelques stands plus loin, Tarq (Mumbai) a vendu à une institution un paravent peint par l’artiste Rithika Merchant pour un prix avoisinant les six chiffres. Plus loin encore, Nathalie Obadia se réjouit d’un démarrage meilleur que l’an dernier avec des ventes notamment pour Laure Prouvost ou Rosson Crow à des Suisses, des Hollandais, des Français ou encore des Allemands, sans compter des réservations « sérieuses ». Parmi les œuvres notables de la foire figurent un « Kabinett » de Jean-Luc Moulène chez Chantal Crousel ou une esquisse du projet pour « La Caverne du Pont-Neuf » par JR chez Perrotin, l’installation ouvrant enfin au public cette semaine à Paris. De son côté, au rez-de-chaussée, Almine Rech, ravie d’un bon démarrage, s’est délestée entre autres de plusieurs sculptures de Leonora Carrington. Quant au collectionneur français Jean Claude Gandur, il a, d’après nos informations, jeté son dévolu sur la sculpture géante de Niki de Saint Phalle présentée sur Unlimited par la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, pour le futur musée de sa fondation éponyme à Caen.
Pour l’heure, Bâle reste donc incontournable pour la qualité et le niveau des œuvres accrochées sur les stands, un niveau que n’atteint pas – encore ? – sa déclinaison parisienne. « Attendez un peu, vous en verrez bientôt aussi de ce calibre bientôt à Art Basel Paris ! », conclut Nick Acquavella.
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Art Basel, jusqu’au 21 juin 2026, Messeplatz, Bâle, Suisse



