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Bruno Bischofberger : mort du dernier nabab

Marchand de Warhol et de Basquiat, collectionneur pointu et frénétique, le galeriste zurichois est mort le 9 mai, à l’âge de 86 ans.

Emmanuel Grandjean
12 mai 2026
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Bruno Bischofberger en 2022. Photo : Fred Iseman. Courtesy de la Galerie Bruno Bischofberger

Bruno Bischofberger en 2022. Photo : Fred Iseman. Courtesy de la Galerie Bruno Bischofberger

Il est parti comme il a vécu : en toute discrétion. Décédé à l’âge de 86 ans à Zurich, le galeriste Bruno Bischofberger n’en était pas moins l’un des derniers grands nababs parmi les marchands d’après-guerre. Une personnalité hors norme qui joua un rôle prépondérant sur le marché de l’art de ces 50 dernières années.

Les choses avaient commencé avec une passion dévorante pour la collection. Né le 1er janvier 1940 à Zurich, Bruno Bischofberger entame des études d’histoire de l’art, d’ethnologie et d’archéologie. L’homme affiche une curiosité insatiable. Dès qu’un sujet l’intéresse, il l’épuise. Ce qui va l’amener à constituer des ensembles extraordinaires d’objets d’art populaire alpin et d’autres consacrés aux pierres préhistoriques, à la photographie des années 1850 et 1860 ou encore à l’art religieux.

Le Zurichois possède aussi un flair infaillible pour l’art de son temps. Notamment pour le pop art qu’il découvre à la Biennale de Venise de 1964 et dont il présente les acteurs dans sa galerie de la Pelikanstrasse à Zurich en juillet 1965. Cette première exposition rassemble des œuvres de Roy Lichtenstein, Claes Oldenburg, Robert Rauschenberg, Tom Wesselmann, James Rosenquist et Andy Warhol, son aîné de 12 ans, qu’il rencontre pour la première fois en 1966. Entre l’artiste et le galeriste va se créer un lien d’amitié durable. En 1968, Warhol annonce à Bruno Bischofberger qu’il abandonne la peinture pour le cinéma. Il lui propose alors d’acheter 11 œuvres – dont Batman, Superman et une Coca-Cola – parmi les 20 qu’il n’a pas vendues. En échange, il promet au Zurichois d’être le premier à acquérir tout ce qui sortira, dans le futur, de sa Factory. Retourné finalement à l’art, l’artiste va être encouragé par son galeriste à multiplier les portraits mondains d’une clientèle glamour et très chic qui lui assurent revenu et renommée.

Bruno Bischofberger entouré d'Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat et Francesco Clemente. Courtesy de la Galerie Bruno Bischofberger

À partir des années 1980, Bruno Bischofberger agrandit son écurie d’artistes en exposant les jeunes loups de cette nouvelle figuration néoexpressionniste qui succède aux rigueurs de l’art minimal et conceptuel. Julian Schnabel, Francesco Clemente, David Salle, Enzo Cucchi et surtout Jean-Michel Basquiat, petit génie découvert par Andy Warhol, et qui vient de lâcher Annina Nosei, sa galeriste new-yorkaise. Bruno Bischofberger le prend sous son aile. Dans cette famille où il tient le rôle du patriarche, le Zurichois organise des collaborations entre ses membres en demandant à Basquiat, Warhol et Clemente d’œuvrer à quatre et six mains. L’affiche de Basquiat et Warhol, les mains prises dans des gants de boxe, est restée célèbre [une partie de cet ensemble exceptionnel a été présentée à la Fondation Louis-Vuitton, à Paris, dans l’exposition « Basquiat × Warhol, à quatre mains », organisée du 5 avril au 28 août 2023].

Les morts brutales et prématurées de Warhol, en 1987, et de Basquiat, en 1988, sont un choc. Un coup dur que Bruno Bischofberger surmonte en contribuant à maintenir largement le marché autour de ses deux artistes phares bien après leur mort. Au point d’en faire les icônes indétrônables de l’art du XXe siècle. Tout comme lui-même goûtera à une forme de sacralisation en apparaissant sous les traits de Dennis Hopper dans le film Basquiat réalisé en 1996 par le peintre Julian Schnabel.

Le galeriste va poursuivre sa carrière en exposant les artistes qu’il représente depuis toujours. En 2013, il déménage son espace du centre de Zurich dans un complexe contemporain de la commune de Männedorf, situé dans le même canton, que Bruno Bischofberger a fait construire par l’architecte Nina Bischofberger, sa fille, et son beau-fils, Florian Baier. Pour dire aussi l’importance du concept de cercle familial, aussi bien personnel que professionnel, dans la vie du galeriste. Marié à Christina depuis 1971, père de quatre enfants, vivant dans une maison dessinée par le designer Ettore Sottsass avec vue sur le lac de Zurich et allergique aux mondanités, Bruno Bischofberger n’a ainsi jamais créé de fondation à son nom pour y exposer ses innombrables collections. Et ce malgré les rumeurs persistantes à ce sujet.

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