Pavillon de l’Autriche
Florentina Holzinger : Seaworld Venice
Giardini
Le pavillon autrichien est celui qui fait le plus parler de lui cette année. Il fait sensation avec sa multitude de participants nus, dans une confrontation directe avec le public, immergés dans des bassins, des cuves aquatiques et des conteneurs humides, ou évoluant à leurs abords. L’exposition fonctionne à la fois comme un parc d’attractions sous-marin, une station d’épuration et un édifice sacré, imaginant Venise en métropole engloutie. « Seaworld Venice complexifie les oppositions entre pureté et pollution, péché et expiation, en rendant visibles les déchets que l’on maintient hors du regard, mais qui demeurent constamment présents », indique le texte de salle.
Dans le pavillon, les visiteurs se trouvent face à un ensemble de femmes nues qui montent et descendent le long d’une vaste structure métallique, leurs corps s’enroulant autour des rebords et des poignées. Non loin de là, une performeuse nue monte par moments sur un jet-ski, tandis que des agents du pavillon, affairés, avertissent les visiteurs de reculer pour éviter les éclaboussures d’eaux usées autour d’une station d’épuration reconstituée – un conseil : utilisez les toilettes sur place à vos risques et périls. L’ensemble compose la vision d’un univers dystopique, englouti et promis à sombrer dans l’oubli.

Des performeurs participant à IT NEVER SSST de Miet Warlop. © Reinout Hiel
Pavillon de la Belgique
Miet Warlop : IT NEVER SSST
Giardini
Dans le moment que nous traversons, beaucoup pourraient avoir envie de taper du pied, de crier, de pleurer ou de frapper quelque chose avec un bâton. Au pavillon belge, ce besoin de défoulement surgit dès l’entrée – à condition de s’y rendre pendant l’une des performances régulièrement programmées. Les danseurs interagissent avec un vaste ensemble de plaques de plâtre, chacune portant des mots simples, dans différentes langues : « hey », « dai », « sans », « salut », etc. Miet Warlop a notamment choisi ces mots pour leur double sens lorsqu’ils sont prononcés à voix haute : un clin d’œil à notre rapport fragile à la vérité. L’artiste explique que l’autre enjeu essentiel est d’offrir aux participants la possibilité d’exprimer des émotions réelles, brutes. « Nous pensons qu’il est important pour [les participants] de montrer une part d’humanité, presque comme une déclaration », dit-elle. Une déclaration qui mérite d’être criée haut et fort.

Vue de l’installation Abbas Akhavan Entre chien et loup. © Abbas Akhavan. Photo Francesco Barasciutti
Pavillon du Canada
Abbas Akhavan : Entre chien et loup
Giardini
Le pavillon du Canada se distingue cette année par sa sérénité discrète et par la manière réfléchie dont il aborde à la fois un moment très précis de l’histoire et un temps beaucoup plus profond. L’artiste Abbas Akhavan a transformé l’espace en serre : de la vapeur embue les fenêtres, tandis qu’un vaste bassin réfléchissant occupe l’un des angles. Dans ce dernier poussent de gigantesques nénuphars Victoria, nommés d’après la grande reine britannique et présentés à la Great Exhibition de 1851, à Londres, mais dont le genre remonte à quelque 200 millions d’années. « Quel rapport à l’avenir peut-on entretenir lorsque l’on a un passé aussi profond ?, demande Abbas Akhavan. Que signifie regarder ces plantes dans le cadre d’une autre exposition universelle ? » Au milieu de l’effervescence de la Biennale, c’est une invitation poignante à ralentir et à réfléchir, dans l’esprit de « In Minor Keys » de Koyo Kouoh.

Vue de l’installation A Pause (2025-2026) d’Amanda Heng. Courtesy of Singapore Art Museum
Pavillon de Singapour
Amanda Heng : A Pause
Arsenale
Au cœur de la frénésie vénitienne, Amanda Heng propose « A Pause » dans le pavillon de Singapour. L’espace a été transformé en se dotant d’une plateforme qui descend en pente douce vers la baie vitrée donnant sur l’Arsenale, tandis qu’une nouvelle vidéo sur deux écrans de l’artiste documente la manière dont cinq habitants de Venise occupent leur temps libre. Placé sous le commissariat de Selene Yap, le pavillon présente également de grands tirages de ses photographies de 1990 Parts of My Body – réimprimées en 2026 –, des autoportraits nus en gros plan qui évoquent le passage du temps et ses transformations physiques.
Amanda Heng, aujourd’hui âgée de 75 ans, est surtout connue pour ses projets de performance interactive, qui interrogent notamment le genre. Elle fut l’une des premières à défendre le féminisme et l’art de la performance dans le Singapour conservateur des années 1990. En 1988, elle a fondé The Artists’Village, le premier espace singapourien géré par des artistes, puis Women in the Arts (WITA) en 1999.

Vue de l’installation de Dana Awartani May your tears never dry, you who weep over stones dans le pavillon saoudien. © Alvise Busetto
Pavillon de l’Arabie saoudite
Dana Awartani, Que tes larmes ne tarissent jamais, toi qui pleures sur les pierres
Arsenale
L’artiste saoudo-palestinienne Dana Awartani a recréé 23 sols en mosaïques détruits au cours des quinze dernières années en Palestine, en Syrie et au Liban, provenant notamment de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, de la synagogue d’Apamée à Hama et des mosaïques du complexe ecclésiastique d’al-Burayj, à Gaza, découverte seulement en 2022.
Avec le concours d’artisans, elle a recréé ces mosaïques à partir de quatre types d’argile trouvés en Arabie saoudite, choisissant ce matériau pour ses variations chromatiques. Contrairement à l’architecture traditionnelle en brique crue, elle n’a pas ajouté de paille à la terre, qu’elle a fait sécher sous le soleil brûlant de Riyad avant de l’assembler – « comme un puzzle » – pour le pavillon de Venise. Dépourvues de tout joint, les mosaïques ont déjà commencé à se fissurer, en une évocation discrète de la vulnérabilité des sites dont elles sont issues.
Dana Awartani a commencé à travailler selon ce procédé en 2022, lorsqu’elle a recréé la mosaïque de la Grande Mosquée d’Alep, détruite par l’État islamique, une œuvre présentée à la Biennale de Lyon de 2022. Plus tard, elle a reconstitué le sol d’un ancien bain public à Gaza. Mais l’exposition proposée ici, placée sous le commissariat d’Antonia Carver avec Hafsa Alkhudairi, marque un tournant pour l’artiste par la création d’une atmosphère presque sépulcrale, le gravier crissant sous les pas, évoquant un site archéologique. L’installation suggère à la fois la continuité de la création, à travers les correspondances entre des mosaïques parfois séparées par des millénaires, et l’inexorabilité de la destruction, particulièrement dans le contexte actuel. Ces derniers jours encore, le palais de Beiteddine, au Liban, que Dana Awartani avait recréé après les dommages subis en 2024, a de nouveau été touché par une frappe israélienne.

Vue de l’installation Dreamshook d’Isabel Nolan. Photo Mark Blower. Courtesy de l’artiste et Kerlin Gallery, Dublin
Pavillon de l’Irlande
Isabel Nolan : Dreamshook
Arsenale
Le pavillon conçu par Isabel Nolan pour l’Irlande, intitulé « Dreamshook », se tourne vers le Moyen Âge – une période de bouleversements sociaux et religieux qui a laissé son empreinte sur l’art et la culture de la Renaissance. À travers un ensemble de tapisseries et d’installations, Isabel Nolan interroge l’héritage de cet âge d’or de la culture européenne, en célébrant ses accomplissements tout en affrontant les réalités de classe et de privilège auxquelles il était lié. Les œuvres sont traversées par un sentiment d’ambivalence : on y trouve une structure fragile posée au sol, des paysages oniriques contradictoires et un rideau qui s’ouvre et se referme, comme s’il refusait de choisir.




