Henrike Naumann, l’une des artistes sélectionnées pour représenter l’Allemagne à la Biennale de Venise cette année, est décédée. L’Institut für Auslandsbeziehungen (Institut pour les relations culturelles internationales, Ifa), l’organisme chargé du pavillon allemand, a annoncé dans un communiqué qu’il « pleure la disparition de Henrike Naumann, artiste et personnalité hors du commun, décédée le 14 février à la suite d’une courte et grave maladie ». Un message publié sur le site de l’artiste précise qu’« Henrike s’est éteinte […] à Berlin, entourée de sa famille et de ses amis, après un diagnostic de cancer intervenu trop tard ».
« Henrike Naumann représente, aux côtés de Sung Tieu, l’Allemagne à la 61e Biennale de Venise (9 mai-22 novembre), précise l’Ifa. Le pavillon est placé sous le commissariat de Kathleen Reinhardt. Cette exposition constitue l’un des jalons les plus importants de la carrière de Naumann. Il lui tenait particulièrement à cœur d’achever l’œuvre sur le plan conceptuel afin qu’elle puisse être réalisée à Venise conformément à sa vision artistique. »
La pièce qu’elle préparait pour la Biennale sera présentée à titre posthume aux côtés de celle de Sung Tieu, a confirmé l’Ifa. « Exposer dans le pavillon était un rêve de longue date, et elle débordait d’idées pour ce projet. Ces derniers mois, elle en a développé le concept et l’a finalisé ces dernières semaines. L’équipe du pavillon allemand et celle de son atelier travailleront ensemble à la réalisation de sa vision artistique », affirme encore l’Ifa.
Née en 1984, Henrike Naumann a centré sa pratique artistique sur la réunification allemande de 1990, après la chute du mur de Berlin, et sur les fractures politiques, sociales et culturelles qui en ont découlé. « Sa capacité à répondre à des dynamiques géopolitiques spécifiques par un langage visuel d’une grande force esthétique, et à envisager l’art comme un pont entre les cultures, s’est manifestée à maintes reprises », souligne l’Ifa. Son travail s’est ensuite élargi à une réflexion sur les répercussions mondiales de la guerre froide.
Dans un entretien accordé en 2023 à Bomb Magazine, l’artiste décrivait ainsi son approche : « Lorsque je mène des recherches et lis des textes sur des questions politiques, je parcours les marchés aux puces et les ventes de succession à la recherche d’objets capables de matérialiser les liens que j’établis et les idées qui émergent lorsque je me plonge à la fois dans l’actualité et dans des analyses académiques plus approfondies. Ma pratique consiste à interpréter la politique à travers des objets de design. »
Bomb précisait que « Naumann est connue pour ses installations composées de meubles et d’objets produits en série ; leurs formes singulières sont conçues pour faire résonner une méditation politique ». L’artiste s’approvisionnait fréquemment en mobilier via Kleinanzeigen, plateforme allemande de petites annonces comparable au Bon Coin.
Henrike Naumann avait étudié le costume et la scénographie à l’Académie des beaux-arts de Dresde, avant de se spécialiser en scénographie à Potsdam. Sa première exposition personnelle aux États-Unis s’est tenue en 2022 au SculptureCenter, à New York. Elle avait bénéficié de l’exposition personnelle « Westalgie » au Centre d’art contemporain – La synagogue de Delme, en Moselle, du 30 juin au 2 octobre 2022. Elle venait par ailleurs d’être nommée professeure à la Hochschule für bildende Künste de Hambourg.



