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Photographie
Entretien

Lucille Reyboz : « KYOTOGRAPHIE propose une expérience physique et sensorielle de la photographie »

La cofondatrice et codirectrice, avec Yusuke Nakanishi, du festival international de photographie KYOTOGRAPHIE, évoque cette 14e édition, qui se tient du 18 avril au 17 mai à Kyoto, au Japon. De grands noms – Daido Moriyama, Linder Sterling, Anton Corbijn – y côtoient de jeunes talents, avec cette année un focus sur la création sud-africaine.

Propos recueillis par Stéphane Renault
6 mai 2026
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Lucille Reyboz et Yusuke Nakanishi, cofondateurs du festival KYOTOGRAPHIE. © Pieter Hugo 2026

Lucille Reyboz et Yusuke Nakanishi, cofondateurs du festival KYOTOGRAPHIE. © Pieter Hugo 2026

L’édition 2026 de KYOTOGRAPHIE s’intitule « Edge ». Pourquoi ce titre ?

Le thème s’impose quasiment à nous chaque année. Le point de départ est une réflexion par rapport à la situation géopolitique. Nous avons aussi à cœur de choisir un terme accessible au public japonais comme étranger. C’est un thème générique pour cadrer la programmation. Au Japon, on peut tout montrer, mais il faut le faire avec une certaine élégance ; l’approche est aussi importante que l’idée elle-même. C’est notre philosophie. N’étant pas japonaise, et Yusuke pas originaire de Kyoto, c’est un peu notre rôle de bousculer les idées reçues, d’amener du nouveau. Nous avons créé KYOTOGRAPHIE après la catastrophe de Fukushima, choqués par le manque de communication du gouvernement japonais autour de cette tragédie humaine et écologique. Dès la première édition, nous avons fait nôtres des sujets sensibles. Le public japonais sait qu’il trouvera ici matière à débattre, dans un pays où dominent le consensus et le non-dit. Le ministère japonais de la Culture nous en est reconnaissant, et n’a jamais cherché à exercer un contrôle sur la programmation. Kyoto reste la capitale culturelle, où subsiste une contre-culture, avec des collectifs d’artistes comme Dumb Type. Cette idée de « Edge » est aussi une façon de jouer avec les enjeux du médium photographique, notamment en relation avec la rétrospective Daido Moriyama présentée par Sigma au Kyoto City KYOCERA Museum of Art, en collaboration avec l’Instituto Moreira Salles de São Paulo, au Brésil. Il y a une double interprétation.

Le festival présente un focus sur l’Afrique du Sud à travers une sélection de différentes générations de photographes. Comment s’est fait ce choix ?

Nous avons développé à Kyoto une résidence de photographes africains, en tissant jusqu’ici plutôt des liens avec l’Afrique de l’Ouest. Nous trouvions intéressant de mettre en lumière l’histoire sud-africaine qui résonne aujourd’hui de façon universelle. En voyageant en Afrique du Sud, nous avions bien sûr quelques artistes en tête, mais très vite s’est imposée l’idée de faire dialoguer dans cette programmation plusieurs générations, de Ernest Cole, grand témoin de l’apartheid, en passant par Lebohang Kganye, Pieter Hugo et la présentation de la collection de livres de photographie de Sean O'Toole en collaboration avec la Fondation A4. Nous avons été fascinés par cette scène. D’où l’idée aussi d’inviter des musiciens, ou encore le petit-fils de Nelson Mandela que nous avons rencontré là-bas. À travers l’histoire singulière de ce pays, nous souhaitions faire passer un message universel.

Comment a évolué KYOTOGRAPHIE depuis sa création ?

Le festival n’a pas véritablement grandi en nombre d’expositions. Compte tenu des moyens qui sont les nôtres, de la taille de notre équipe et de notre fonctionnement presque artisanal, pourrait-on dire, le maximum d’expositions que nous parvenons à contrôler en termes de qualité se situe entre douze et quinze. Nous disposons de très peu de temps pour les installations, or nous avons à cœur de faire en sorte que cela soit très bien produit lorsque nous présentons un artiste. Nous sommes très impliqués pendant toute l’année sur le développement, mais aussi ensuite sur la mise en espace. Les deux semaines avant l’ouverture du festival, Yusuke finalise toutes les lumières. Nous produisons tout nous-mêmes, avec le soutien de mécènes. Le montant de la production globale du festival oscille aujourd’hui entre 1,5 et 2, 2 millions d’euros. À l’origine, nous nous sommes inspirés des Rencontres d’Arles pour la déambulation dans la ville, la dimension humaine. KYOTOGRAPHIE propose une expérience physique de la photographie. On est confronté aux espaces, les sens sont stimulés avec les matières, les odeurs des lieux.

Dès le début, nous avons voulu montrer des « maîtres » de la photographie – Martin Parr l’année dernière, Daido Moriyama cette année. C'est une façon de toucher un public plus large, de l’amener ensuite à découvrir des artistes émergents et à se confronter à des problématiques plus sensibles. L’idée est que tout le monde doit trouver son entrée dans la programmation pour ensuite découvrir autre chose. Pour avoir vécu ici en tant que photographe avant de créer KYOTOGRAPHIE, j’ai pu constater combien c’est difficile. Il n’y a pas de collectionneurs, très peu de médias. Personne ne vit vraiment de la photo. Il manquait une plateforme pour valoriser tous ces talents. Avec KG+ Select, nous avons créé une vitrine satellite pour inclure les créateurs émergents. Chaque année, il faut trouver un équilibre entre grands noms et découvertes. Ce qui nous intéresse le plus, c’est travailler avec les artistes, créer des rencontres. Lancer aussi des commandes, en lien direct avec Kyoto, ses habitants, comme dans le cas de Martin Parr ou de JR.

KYOTOGRAPHIE est-il devenu, au fil des éditions, prescripteur auprès d’une nouvelle génération de photographes japonais ?

Le festival a inspiré d’autres festivals au Japon mais a aussi eu une influence sur la scène photographique locale. Cela a valorisé cette nouvelle génération. Ils sont en train de recréer une communauté. C’était notre rêve ! Ils sont très isolés, ils travaillent chez eux, aucune opportunité n’existait réellement de se rencontrer, d’échanger, de montrer son travail. Les lieux institutionnels ne sont pas très ouverts à la nouvelle génération. Avec KYOTOGRAPHIE, ils ont un festival qui leur ressemble beaucoup plus. Il y a les foires aux livres, où ils peuvent montrer leurs publications, et une dimension plus festive. C’est un catalyseur.

PhotographieKyotographieLucille ReybozKyocera Museum of Art de KyotoJaponLes Rencontres de la photographie d'Arles
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