En période de tension sur le marché, les foires apparaissent plus incontournables que jamais. Un galeriste nous indiquait récemment, qu’au vu de ses dernières transactions, pour la plupart réalisées sur des Salons, il s’interrogeait sur la santé financière des enseignes qui font l’impasse sur ces événements. Il faut dire à leur décharge que la location des stands et les frais annexes, même si ces manifestations ne demandent pas de longs transports, constituent de lourds investissements. Aussi, pour mettre toutes les chances de leur côté, les galeries ont pris l’habitude d’envoyer à l’avance à leurs meilleurs clients les images et les caractéristiques des œuvres qu’ils ont choisi de présenter sur leurs stands. Cette pratique s’est même systématisée depuis quelque temps, soulageant des marchands qui savent avant même l’ouverture des portes des foires, qu’une partie des transactions a déjà été sécurisée. Il est courant d’entendre des galeristes énoncer des œuvres vendues en amont, certaines pièces étant même parfois retirées de l’accrochage et remplacées par d’autres disponibles. Pour les collectionneurs, c’est aussi une façon de bénéficier d’une vraie preview, sans avoir besoin de courir les allées les premiers et de devoir se décider très vite face à une féroce concurrence. Si l’amateur peut tranquillement faire ses emplettes installé dans son canapé chez lui devant sa tablette, pourquoi devrait-il encore engager des frais et prendre du temps pour faire le voyage jusqu’aux foires ?
Aussi, Art Basel a-t-elle bien compris le danger qui guette son événement phare, à Bâle, ville dont une partie des collectionneurs n’est plus sous le charme, et c’est peu de le dire. Le groupe suisse qui est l’un des plus novateurs dans le secteur va lancer une contre-attaque en juin avec Basel Exclusive. Cette initiative, conçue en étroite concertation avec les galeries, incitera les exposants participants à proposer une sélection d’œuvres de tout premier plan qui ne seront dévoilées pour la première fois au public qu’au moment de l’ouverture VIP de la foire. Les pièces en question seront identifiées par un cartel spécial. Environ 170 galeries ont déjà confirmé participer à Basel Exclusive, notamment Chantal Crousel, Van de Weghe, Sadie Coles HQ, Lévy Gorvy Dayan, Mennour, Pace Gallery, Gagosian, David Zwirner et Hauser & Wirth. Vincenzo de Bellis, directeur artistique et directeur mondial des foires Art Basel, a déclaré à The Art Newspaper que « l’idée générale est de redonner de la valeur au fait d’être là, et d’être là à ce moment précis, à Bâle, qui est notre vaisseau amiral ». Et de préciser : « Nous devons aussi rappeler aux gens qu’ils doivent venir [à la foire] et voir par eux-mêmes, car ils ne verront pas tout en ligne. » Rien ne remplace en effet la confrontation directe avec une peinture ou une sculpture. On ne peut confondre une œuvre avec son image. Tel est aussi l’enjeu à l’heure du tout-écran.




