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Analyse

Babel : l’art et le langage au cœur de la scène française

Invité par Art Paris à imaginer un parcours thématique dédié à la scène française, Loïc Le Gall explore les liens indéfectibles entre art et langage. Une traversée qui relie les parois de Lascaux aux écritures binaires, tout en célébrant la vitalité de la création hexagonale.

Zoé Isle de Beauchaine
7 avril 2026
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Juliette Agnel, La main de l’enfant, 2023. Tirage fine art mat, papier Hahnemühle Ultra Smooth. © Courtesy Clémentine de la Féronnière et Juliette Agnel

Juliette Agnel, La main de l’enfant, 2023. Tirage fine art mat, papier Hahnemühle Ultra Smooth. © Courtesy Clémentine de la Féronnière et Juliette Agnel


« Les premières écritures du monde furent des gestes. » Pour Loïc Le Gall, l’art et le langage sont nés d’un même souffle. L’archéologue de formation et actuel directeur de Passerelle, centre d’art contemporain d’intérêt national à Brest, a toujours été fasciné par cette concomitance qui unit les deux disciplines depuis les premières traces humaines. À travers le parcours Babel – Art et langage en France, il relie ces questionnements millénaires à l’art actuel, à l’heure où l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies redéfinissent les règles de circulation du langage.

« C’est une thématique qui est à la fois artistique, transhistorique et sociologique »

Tania Mouraud, DREAM (Russe), 2005. Diasec. © Courtesy Galerie Claire Gastaud et Tania Mouraud


Le commissaire livre ici sa vision de l’art comme vecteur de compréhension du monde : « C’est une thématique qui est à la fois artistique, trans-historique et sociologique. J’ai envisagé ce parcours avec la volonté de montrer qu’une des forces de l’art est sa capacité à transcender la question initiale de la forme pour toucher à des questions sur lesquelles on ne l’attend pas – ou, au contraire, on l’attend – et révéler ainsi l’enjeu sociétal de la création. »

Fabienne Verdier, Le chaos cosmique, 2023. Acrylique et technique mixte sur toile. © Courtesy Galerie Lelong et Fabienne Verdier


Au sein de cette sélection d’une vingtaine d’artistes, plusieurs axes se dessinent. L’oralité, la tradition et la question ancestrale de la transmission habitent les œuvres de Sara Ouhaddou (galerie Polaris) et Juliette Agnel (galerie Clémentine de la Féronnière), tandis que l’incursion historique du texte dans l’image se déploie chez les pionniers du lettrisme, à l’instar d’Isidore Isou (galerie Patrice Trigano). On retrouve cette force du geste pur chez Fabienne Verdier (Galerie Lelong), dont la peinture fait corps avec l’écriture pour rendre visible l’énergie de la pensée. Tania Mouraud (Galerie Claire Gastaud) transmute quant à elle le mot en une calligraphie abstraite monumentale, où le texte devient visible à force d’attention..

Isidore Isou, Composition lettriste, 1986. Huile sur toile.© Courtesy Galerie Patrice Trigano et Isidore Isou


La modernité et le numérique s’emparent aussi du code : Julie Navarro (galerie Wagner) explore le langage du binaire et du pixel comme un nouvel alphabet visuel. À l’opposé de cette dématérialisation, Luca Resta (Yvon Lambert) ou Elias Kurdy (Dilecta) redonnent une tangibilité au signe par le biais d’objets signifiants évoquant des tablettes cunéiformes. Le jeu par ailleurs tient un rôle fondamental tout au long du parcours. Laure Prouvost (Galerie Nathalie Obadia) s’amuse des erreurs de traduction entre l’anglais et le français, transformant le quiproquo en moteur poétique. Cette dimension ludique et spirituelle se décline chez Ben Vautier (galerie Catherine Issert) ou dans les dessins d’Ernest T. (Semiose), dont l’humour rappelle que le langage est aussi un terrain de caricature.

Julie Navarro, Nymphéas (dédicace), 2021. Acrylique sur moustiquaire. © Courtesy Galerie Wagner et Julie Navarro

Elias Kurdy, Untitled (Wall panel n.2), 2021. Céramiques. © Courtesy Dilecta et Elias Kurdy

Le choix de Loïc Le Gall signale la volonté d’Art Paris de décentrer les regards

L’ensemble illustre la richesse d’une scène française entendue au sens large : des artistes actifs sur le territoire, quelle que soit leur origine, dont la diversité est célébrée par le Prix BNP Paribas Banque Privée – Un regard sur la scène française. Cette distinction vient souligner l’engagement de la foire envers la création hexagonale à travers une dotation de 40 000 euros récompensant le parcours d’un artiste vivant de la scène artistique française.

Mais le choix de Loïc Le Gall signale également la volonté d’Art Paris de décentrer les regards. « Il est important, souligne le commissaire, que la foire fasse appel à des voix régionales, particulièrement lorsque l’on parle de la scène française. Les centres d’art sont souvent quelque peu mis de côté au profit de structures plus importantes, et souvent parisiennes, alors qu’ils sont essentiels dans le maillage territorial de l’art en France. » C’est par eux, en effet, que le langage de l’art touche le plus grand nombre.

Ben Vautier, I am a work of art, 1982. Acrylique sur toile. © Courtesy Galerie Catherine Issert et Ben Vautier


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Art Paris, 9-12 avril 2026, Grand Palais, 7, avenue Winston Churchill, 75008 Paris.

Art Paris 2026Loïc Le GallArt ContemporainPrix BNP Paribas Banque PrivéeSara OuhaddouJuliette AgnelTania MouraudArt Paris Art FairGalerie Patrice TriganoGalerie Catherine IssertGalerie WagnerGalerie Claire Gastaud Galerie Lelong & CoFabienne VerdierGalerie Clémentine de la Féronnière
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