Art Paris est une foire qui se renouvelle énormément tous les ans. Vous accueillez cette fois presque 30 % de nouveaux exposants…
C’est le chiffre que je me fixe chaque année pour oxygéner la foire. Je mets aussi en place des parcours thématiques pour distinguer chaque édition, qui la rend différente par rapport aux 370 foires qui existent au monde. C’est effectivement mon obsession.
Cependant, la majorité de galeries vient de France.
Oui, nous comptons sur un socle d’exposants venus de France et de l’Union européenne. Mais je trouve intéressant d’accueillir aussi des enseignes qui arrivent avec un véritable projet : nous attendons des propositions formulées dans un esprit curatorial. Je préfère une logique de désir. J’ai envie que les participants soient présents parce qu’ils le souhaitent réellement, et parce qu’ils ont quelque chose à dire.
Sollicitez-vous directement les galeries ou attendez-vous les candidatures ?
Nous faisons les deux. Nous recevons parfois des candidatures d’enseignes qui ne sont pas dans nos radars, et qui sont déclenchées par les thèmes que nous abordons. Par exemple cette année, nous accueillons une galerie belge, Mulier Gallery, qui présente Art and Language, en lien avec le parcours Babel – Art et langage en France. Nous prospectons aussi régulièrement parce que nous sommes toujours à l’affût de nouveautés. Personnellement, je me vois comme un explorateur. J’adore aller découvrir des choses et les faire surgir. Je suis très bien suivi par le comité de sélection. Nous voulons être une foire de découverte, où l’on voit des choses qu’on ne voit pas ailleurs.

Art & Language, 100% Abstract, 1968, acrylique sur toile, 49 x 44 cm. Courtesy Mulier Mulier Gallery
La foire s’appuie sur une importante dimension curatoriale, cette année notamment avec les deux parcours Babel – Art et langage en France et La Réparation Comment avez-vous choisi les deux commissaires, Loïc Le Gall et Alexia Fabre ?
Je détecte des personnalités très en amont. Je suis allé voir Loïc Le Gall à Brest sur les conseils de l’artiste Michele Ciacciofera et j’ai adoré sa façon de travailler. J’ai rencontré Alexia Fabre l’an dernier sur la foire. Les choses ont été à la fois très spontanées et un peu instinctives. Le thème de la réparation en 2026 tombe assez bien par rapport à ce qui se passe autour de nous en ce moment.
Autre aspect très important, celui de la découverte. Est-ce important de se concentrer sur l’émergence, avec Promesses ?
Nous travaillons depuis 2024 avec Marc Donnadieu, qui amène son œil et son expertise. Nous nouons un dialogue constant avec les commissaires. Le secteur Promesses est bien identifié sur le balcon sud du Grand Palais. Nous avons mis en place tout un dispositif pour valoriser ces galeries et ces artistes. Marc Donnadieu écrit un texte sur le programme de chaque galerie. Beaucoup de groupes de collectionneurs et de membres de la presse s’intéressent à Promesses. Marc Donnadieu les oriente.
Autre aspect relativement récent, c’est la présence du design. Pourquoi l’avoir introduit ?
C’est vraiment un projet très spécifique. Nous sommes une foire généraliste qui inclut un mini-secteur orienté vers le design contemporain. Nous montrons le design de création, et non pas le vintage. Nous ne sommes pas dans l’Antiquité contemporaine. Parce que c’est un autre débat aussi important. Nous nous appuyons sur French Design by VIA, association qui a pour objectif de valoriser le design en France. C’est une carte dans la stratégie d’Art Paris d’être une voix française et de mettre en avant la vitrine de notre scène et de ses savoir-faire. C’est une façon aussi de souligner les talents de l’Hexagone, qui sont recherchés aux États-Unis et partout. L’originalité, c’est que nous n’accueillons pas que des galeries, mais aussi des studios d’architectes et de designers.

Fabrice Hyber, Ted Hyber, 2025. Exposition « ...de la Vallée », Power Station de Shanghai. Courtesy de l’artiste et de la galerie Nathalie Obadia (Paris / Bruxelles)
Deux prix sont décernés sur la foire. Quel est leur impact ?
Nous en avons même trois, avec le prix Le French Design 100. C’est un événement qui a lieu une fois tous les deux ans et qui est très important pour le milieu du design. Le jury est très international et présidé par Lionel Sauvage. Le prix BNP Paribas Banque Privée s’adosse, lui, à la sélection de Loïc Le Gall et est axé sur la scène française. Il s’adresse aux artistes vivants, soit 16 plasticiens cette année. La dotation est importante, de 40 000 euros Nous avons aussi le prix Her Art pour les artistes femmes qui a été initié par Marie-Claire en partenariat avec Boucheron et qui est également accompagné d’une dotation importante, de 30 000 euros Marie-Claire fait avec nous un travail de valorisation des 12 finalistes, qui disposent d’un article dédié dans le magazine et dans ses déclinaisons internationales
Quelles sont les autres expositions proposées sur la foire ?
Nous accueillons le Fonds d’art contemporain – Paris Collections qui s’adosse à nos thématiques. Cette année, en lien avec La Réparation, ils ont choisi la question postcoloniale en sortant de leurs fonds des œuvres orientalistes, qui sont mises en dialogue avec celles d’artistes contemporains qui viennent de ces pays – Afrique, Amérique du Sud, etc. Il s’agit d’un vrai travail de fond.
Fabrice Hyber est aussi très présent cette année sur la foire…
Effectivement. D’abord, il fait partie du focus sur la scène française. Il est présenté par la Galerie Nathalie Obadia. Il montre aussi sur un espace dédié son projet très original pour Villebrequin, la marque des maillots de bain de luxe. Nous lui avons enfin confié le parvis du Grand Palais. Dès l’entrée de la foire, il a installé deux Ted Hyber gonflables de 10 mètres de haut.
Ce choix s’inscrit-il dans votre volonté de soutenir la scène française ?
Oui, et c’est un message fort. J’ai développé ce thème de la scène française depuis 2018, et il a pris beaucoup d’ampleur. Il s’inscrit dans un mouvement actuel, porté par des institutions comme le Centre Pompidou. Je pense qu’Art Paris est en train de devenir vraiment le lieu emblématique pour ce soutien, qui rassemble toutes les énergies aussi bien individuelles, privées que publiques.
Comment dialoguez-vous avec les institutions pour « À Paris pendant Art Paris » ?
Cette mobilisation de toutes les énergies entend faire de Paris un lieu vraiment central de l’art contemporain. Pendant longtemps, Londres était « the place to be » ; maintenant, c’est Paris. C’est une chance historique pour nous. Nous avons noué plus de 38 collaborations avec des institutions. Nous avons conçu un parcours spécial pour les collectionneurs et les professionnels de l’art qui viennent pendant la foire, et nous leur ouvrons toutes les portes. Tous les acteurs se mobilisent aujourd’hui pour faire de notre printemps un moment important. Et c’est la même chose au mois d’octobre avec Art Basel Paris. Paris est la seule ville qui dispose de deux événements annuels majeurs pour l’art contemporain, à l’automne et au printemps.

Art Paris 2025 : façade du Grand Palais. Sculptures monumentales de Sophie Ryder: Girl with Knees Up, 2019, et Sitting Minotaur, 2020. Courtesy galerie GOWEN, Genève. © Art Paris. Photo Marc Domage
Quels sont les profils de vos VIP ?
À côté des Franciliens, beaucoup sont implantés dans les régions. Nous avons aussi un grand nombre de collectionneurs internationaux, qui sont curieux de ce que fait Art Paris. Mais ce qui est important, et qui fait notre différence, c’est d’être justement ancré dans la culture française, dans ce qui se passe en France, sur la scène française, etc. Mais toujours en relation avec le monde.
Art Paris 2026, du 9 au 12 avril 2026, Grand Palais, 7 avenue Winston Churchill, 75008 Paris




