Figure majeure du dessin contemporain, Glen Baxter maniait l’absurde avec maestria, en digne héritier du fameux nonsense prisé dans la perfide Albion. Ses créations s’inscrivent dans une longue tradition de flegme mêlé d’excentricité, de Lewis Carroll aux Monty Python. Salman Rushdie a préfacé son roman graphique Meurtres à la table de billard. Une enquête de l'inspecteur Trubcock (Éditions Hoëbeke, 2000) et le futur roi Charles III lui a commandé un dessin pour son 40e anniversaire. Grand admirateur des surréalistes, l’artiste est décédé le 29 mars dans la capitale britannique, entouré de sa famille, des suites d’une longue maladie.
Né en 1944 à Leeds (Yorkshire), ancien élève du Leeds College of Art and Design, Glen Baxter s’est installé à Londres après plusieurs séjours à New York dans les années 1970 où il découvre la poésie dans les cercles de la St. Mark’s Church. Enseignant à Londres au Victoria & Albert Museum (1967-1974), chargé de cours au Goldsmiths College (1974-1986), il a d’abord été représenté par Nigel Greenwood, puis par la Richard Dennis Gallery et enfin la Flowers Gallery à Londres. À Paris, après les galeries Samia Saouma, Martine et Thibault de la Châtre et Isabelle Gounod, Semiose représente aujourd’hui l’artiste.

Glen Baxter, Old red had an almost infallible knack for sniffing out an authentic Rothko Canvas, 2022. Encre et crayon sur papier. Courtesy Semiose
« L’œuvre de Glen Baxter est reconnaissable entre toutes, lui rend hommage la galerie Semiose. Le procédé est simple, efficace et constant depuis presque 50 ans : une saynète dessinée à l’encre et au crayon est mise en tension par une courte légende dissonante, voire disjonctive. Glen Baxter échafaude un monde parallèle à partir du détournement burlesque d’une iconographie-source des années 1930 et 1940 qui lui livre son lot de cow-boys, boy-scouts et golfeurs en tweed. La prose recherchée le dispute au caractère suranné des images, le tout se mariant avec élégance dans une recherche du frisson cher aux surréalistes comme [Giorgio] de Chirico ou Max Ernst. Déroutants de nonsense, vifs comme des traits d’esprit, tragicomiques comme la vie, ces dessins bavards célèbrent les vertiges des accidents de langage. »
« J’adore ce mot en français : le frisson, a ainsi déclaré l’artiste. Quand vous voyez quelque chose qui vous fait dresser les cheveux sur la tête. Parce que vous n’arrivez pas à comprendre. Votre cerveau essaie de rationaliser ce qu’il voit et lit. Comme un moment de ravissement… »
Les œuvres de Glen Baxter ont été régulièrement exposées à New York, Londres, San Francisco, Munich, Tokyo, Sydney, Paris et sont présentes dans les collections de la Tate Gallery et du Victoria & Albert Museum à Londres, de la New York Public Library et du MoMA à New York, ainsi que dans de nombreux musées et collections privées à travers le monde. En France, ses dessins figurent dans une quinzaine de collections publiques (MNAM – Centre Pompidou, CNAP, FRAC Poitou-Charentes, etc.). Tombé amoureux de la région Poitou-Charentes, il avait été fait citoyen d’honneur à Poitiers en 2010.
Le Britannique a produit d’innombrables dessins pour la presse, parus notamment dans Le Monde, Vanity Fair ou le New Yorker. Il a publié une trentaine d’ouvrages, parmi lesquels The Impending Gleam (Jonathan Cape, Londres, 1981), The Wonder Book of Sex (Little, Brown and Company, Londres, 1995, trad. Wundersame Welt der Erotik, Goldmann Verlag, Munich, 1996), Le Livre de l’amour (Éditions Hoëbeke, Paris, 1997), La Vie d’artiste (La Pierre d’Alun, Bruxelles, 2022).
Semiose consacrera à l’artiste une exposition du 23 mai au 20 juin. Glen Baxter avait pu préparer cette dernière, marquant le début d’une nouvelle collaboration, précise la galerie parisienne. « Elle sera l’occasion, pour tous ceux qui l’ont connu ou ceux qui le découvriront, de rendre hommage à son œuvre, ajoute-t-elle. Déroutants de nonsense et vifs comme des traits d’esprit, ses dessins bavards célèbrent les vertiges des accidents de langage et marient avec élégance sa prose recherchée au caractère suranné des images. »
À cette occasion paraîtra un livre d’entretien avec Bernard Blistène, dans la collection « Face à face ». « Jusqu’au bout, Glen Baxter a gardé sa verve et son esprit facétieux, salue Semiose. Cette conversation permet d’entendre Glen Baxter raconter avec enthousiasme et humour ses débuts dans les cercles de la St. Mark’s Church à New York, ses disjonctions joyeuses entre texte et image, ses admirations pour le cinéma de genre et le théâtre de l’absurde. So long Colonel Baxter… »




