Dmitry Lebedev à la galerie James Butterwick
Parmi les différentes propositions monographiques, l’accrochage de James Butterwick consacré à Dmitry Lebedev attire l’œil tant par ses compositions symbolistes, par l’usage très singulier et théâtral de la couleur que l’aspect charbonneux de ses dessins d’observations. Il s’agit pour le galeriste de faire entrer dans l’histoire de l’art cet artiste ukrainien mort du typhus à l’âge de 23 ans en 1922, dont les premières œuvres annoncent tout de l’étoile filante. Touche à tout, il semble s’inspirer tant d’Aubrey Beardsley que de l’iconographie orthodoxe dans laquelle il a baigné. Ses dessins, tour à tour destinés à l’édition et à la scène, évoquent des épisodes wagnériens ou une mystique renouvelée par l’égyptomanie.

Guillaume Apollinaire, Marchand d’oranges en Algérie, galerie Dina Vierny. Photo : D.R.
Guillaume Apollinaire à la Galerie Dina Vierny
Parmi les trésors d’art moderne de la galerie Dina Vierny, la petite aquarelle de Guillaume Apollinaire, Marchand d’oranges en Algérie, attire l’attention. Si cette œuvre est connue des spécialistes et intégrée au livre sur les dessins du poète de Claude Debon et Peter Read, son arrivée sur le marché est d’autant plus un événement que les dessins qui nous sont parvenus d’Apollinaire sont rares. Comme directement sortie d’un carnet, cette feuille confirme le regard du critique d’art sur l’art extra-occidental ou les « naïfs » comme Henri Rousseau, qu’il a défendu. Prix en conséquence : 150 000 euros.

La Pipe de Gustave Courbet, galerie de Bayser. Photo D.R.
La pipe de Monsieur Courbet à la Galerie de Bayser
Si plusieurs portraits et autoportraits de Gustave Courbet figurent une pipe, l’objet semble la plupart du temps relever de l’anecdote. Pourtant, un tableau de 1858 révèle un intérêt particulier du peintre réaliste pour cette forme qui n’est pas sans faire penser à une ponctuation, une virgule, isolée sur un fond de couleur ou à même sur la feuille, comme dans ce dessin autographe daté de 1871. Le contexte particulier de cette composition réalisée après la Commune de Paris, alors que le peintre est fait prisonnier à Versailles, en fait un témoignage particulièrement émouvant.

Antoine Berjon, Etude de figure drapée, Galerie Eric Coatalem. Photo : D.R.
« Etude de Figure drapée » par Antoine Berjon, Galerie Eric Coatalem
Davantage connu pour ses natures mortes et ses compositions aux fleurs, Antoine Berjon, contemporain de Pierre-Joseph Redouté, s’illustre ici par son travail du drapé. Alors qu’il trouve après la Révolution française un emploi à Lyon, où il forme les dessinateurs d’une nouvelle fabrique de tissage, il fait preuve de toute sa maîtrise par le travail des encres brunes et grises qui illumine cette figure d’orant. L’ébauche d’une tête qui semble poindre du capuchon, ainsi que le dynamisme induit par la position de la chaise sur laquelle elle repose, suffisent à singulariser la feuille et à en faire une pièce marquante.

Le Guerchin, Femme avec un vase de fleurs, galerie Stephen Ongpin Fine Art. Photo : D.R.
« Femme avec un vase de fleurs » du Guerchin, Stephen Ongpin Fine Art
Si Le Guerchin est bien représenté sur le Salon, notamment avec deux portraits à l’encre brune de belles provenances et aux riches détails chez Sabrier & Paunet, ce dessin d’une Femme avec un vase de fleurs chez Stephen Ongpin a quelque chose de saisissant par sa modernité rétrospective. Tout aussi bien capable de modeler un corps ou un visage par l’insistance du trait, l’artiste sait aussi, d’un seul geste, suggérer un dynamisme. Cette grande souplesse dans la modulation du dessin confère au regard de cette possible Flora une qualité presque magnétique.

Le Parmesan, Portrait de Sebastiano Corradi en profil à gauche, galerie W. M. Brady & Co. Photo : D.R.
« Portrait de Sebastiano Corradi en profil à gauche » du Parmesan, W. M. Brady & Co.
Vendu à Drouot en 2025 et passé par la collection d’Emmanuel Le Roy Ladurie, ce dessin du Parmesan figurant le profil de Sebastiano Corradi à l’antique traduit le goût à la Renaissance pour les médailles gréco-romaines. Le portrait de ce philologue italien, qui a notamment commenté Platon, évoque la gravure. La modulation des ombres par le trait accentue le hiératisme de la figure, dont la chevelure et la barbe, fondues en une seule masse, dessinent comme une couronne.
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Salon du dessin, 25-30 mars 2026, Palais Brongniart, 16 place de la Bourse, 75002 Paris.




