Le Mensuel
Newsletter
Abonnements
Le Mensuel
Newsletter
L'actualité des galeries
L'éditorial de la semaine
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Livres
L'actualité des galeries
L'éditorial de la semaine
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Livres
Galeries
Actualité

Chez les Tiepolo, le dessin n’est pas un simple prélude

À la Galerie Eric Coatalem, à Paris, « Les Tiepolo dans les collections privées » rappelle avec éclat que, dans cette dynastie de virtuoses, la feuille n’est pas l’antichambre de la peinture, mais une œuvre en soi.

Amandine Rabier
24 mars 2026
Partagez
Giandomenico Tiepolo, Le Cortège nuptial de Polichinelle, pierre noire et lavis d’encre, H. 290 mm ; L. 410 mm. Courtesy Galerie Eric Coatalem, Paris

Giandomenico Tiepolo, Le Cortège nuptial de Polichinelle, pierre noire et lavis d’encre, H. 290 mm ; L. 410 mm. Courtesy Galerie Eric Coatalem, Paris

Au premier étage de la galerie Eric Coatalem, la succession de salles consacrées aux dessins des Tiepolo dégage une impression de liberté. Giambattista en est l’initiateur. Chez lui, l’invention circule avec une aisance presque insolente. Le trait se déploie en mouvements vifs, porté par un lavis fluide qui modèle les figures sans les contraindre par le contour. L’économie de moyens frappe : une ombre déposée par un pinceau rapide, une savante alternance de lavis et de réserves. Dans La Fuite en Égypte, La Déposition du Christ ou encore le Martyre de sainte Théodora, le papier lui-même, en contrepoint des touches d’encre, sculpte les corps, traverse les draperies, irradie les visages – jusqu’à faire croire à des rehauts de blanc. Dans le catalogue de l’exposition, le spécialiste Denis Thon décrit ces trois étapes de création : « d’abord un schéma général dessiné à la pierre noire, puis un croquis à la plume et à l’encre, et enfin le lavis en deux nuances et intensités de tons. » Parmi la cinquantaine de feuilles exposées, plusieurs de Giambattista témoignent de cette virtuosité. Cinq d’entre elles, particulièrement remarquables, proviennent de l’un des albums les plus célèbres du maître, celui qu’avait constitué l’aristocrate russe Alexis Orloff et qui fut dispersé à Paris en 1920. Ces feuilles comptent parmi les plus précieuses survivances de l’imagination graphique de Giambattista Tiepolo.

Face à la liberté du père, Giandomenico Tiepolo, le fils ainé, affirme un dessin en apparence plus construit. Comme le remarque Éric Coatalem, ses figures sont davantage cernées, plus fermement contenues par le trait. Le monde y prend un tour plus narratif. Giandomenico emprunte parfois à l’imagination de son père certains motifs, telle la Fuite en Égypte, mais il les traduit dans une écriture plus définie.

Sa propre invention, Giandomenico l’exprime pleinement dans sa fameuse série des Polichinelles, l’un des ensembles les plus fascinants et les plus étranges de la fin du XVIIIᵉ siècle. Sans commanditaire, mû par sa seule inspiration, il donne naissance à 104 dessins : des scènes envahies de Polichinelles rejouant la comédie humaine. Derrière le burlesque – héros vénitiens qui apprennent à marcher, qui se divertissent, s’affairent dans un marché aux légumes ou se préparent à se marier – se déploie une forme d’inquiétude. Les Polichinelles de Giandomenico vivent, conspirent, se querellent, rêvent dans des silhouettes grotesques et mélancoliques. Dix de ces dessins sont réunis dans la salle octogonale de la galerie, un dispositif qui en accentue l’effet théâtral.

Lorenzo Tiepolo, Tête d’un jeune homme la main devant le visage, pierre noire et sanguine, H. 380 mm ; L. 280 mm. Courtesy Galerie Eric Coatalem, Paris

Le troisième membre de la dynastie, Lorenzo Tiepolo, frère cadet de Giandomenico, montre quant à lui une personnalité plus discrète mais parfaitement distincte. Fidèle à la pierre noire et à la sanguine, il excelle dans le portrait comme en témoigne l’une des rares œuvres de l’exposition mises en vente – et aussitôt acquise : le sublime visage d’un jeune homme, partiellement dissimulé par sa main posée sur le front. Preuve encore que chaque Tiepolo possède sa propre voix.

C’est là l’une des réussites de cette exposition : révéler une famille d’artistes sans jamais réduire leurs œuvres à un simple héritage stylistique. Quelques peintures complètent ce parcours graphique : trois remarquables portraits de philosophes rappellent la puissance picturale de Giandomenico. Jusqu’au 3 avril, ces œuvres lumineuses, prêtées par des propriétaires américains ou européens, composent à la Galerie Coatalem un théâtre graphique, où chaque Tiepolo joue sa propre scène.

--

« Les Tiepolo dans les collections privées », jusqu’au 3 avril 2026, Galerie Eric Coatalem, 93 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris

Galeries ExpositionsGalerie Eric CoatalemGiandomenico TiepoloGiambattista TiepoloLorenzo TiepoloDessinXVIIIe siècle
Partagez
Abonnez-vous à la Newsletter
Informations
À propos du groupe The Art Newspaper
Contacts
Politique de confidentialité
Publications affiliées
Cookies
Publicité
Suivez-nous
Instagram
Bluesky
LinkedIn
Facebook
X
Ce contenu est soumis à droit d'auteurs et copyrights

À lire également

Art on PaperActualité
6 octobre 2023

Bruxelles accueille la 8e édition d’Art on Paper

Art on Paper, salon international du dessin contemporain à Bruxelles, se déroule jusqu’au 8 octobre 2023 à la Gare Maritime de Tour & Taxis.

Louise Menard
ExpositionsActualité
7 mars 2025

Matias Faldbakken en pleine abstraction

L’artiste norvégien expose ses dessins abstraits à la galerie Eva Presenhuber à Zurich. Une pratique faussement calme pour un plasticien qui est aussi un homme de lettres.

Emmanuel Grandjean
Foires et salonsAnalyse
25 mars 2025

Un vent nouveau au Salon du Dessin 2025

La dernière semaine de mars, Paris, transformée en capitale du dessin, reçoit les collectionneurs du monde entier. Le Salon du palais Brongniart offre pour sa 33e édition un plateau fortement renouvelé.

Rose Rio
Salon du dessinActualité
13 janvier 2025

Le Salon du dessin de retour à Paris en mars

Du 26 au 31 mars 2025, le Palais Brongniart accueillera la 33e édition du Salon avec un riche programme, en parallèle de deux autres foires et de nombreux événements dans la capitale pendant la Semaine du dessin.

Louane Lallemant