De toutes les collectivités territoriales, les communes sont celles qui consacrent la plus importante part de leur budget à la culture. En moyenne, chaque ville accorde de 7 à 8 % de ses finances au domaine, soit, à l’échelle du territoire national, autour de 8,7 milliards d’euros, sur les 10,7 milliards d’euros dépensés globalement par les collectivités territoriales. De fortes disparités existent entre les municipalités en fonction de la couleur politique de leurs maires, de leur patrimoine et de leur maillage culturel. Paris est la ville la plus généreuse du point de vue du montant total, autour de 500 millions d’euros par an, même si la ville reste dans la moyenne au niveau du pourcentage. Strasbourg est depuis longtemps la ville qui soutient le plus le domaine (autour de 16 % de son budget), devant Avignon (10 %), Nantes (9-10 %), Montpellier (9 %) et Rennes (8-9 %).
À quelques jours du premier tour des élections municipales, le 14 mars 2026, la culture est loin d’être un enjeu central dans la campagne. Elle l’est un peu plus à Paris, l’une des rares villes où les musées sont regroupés au sein d’un établissement public local à caractère administratif (Paris Musées), et où une ancienne ministre de la Culture, Rachida Dati, brigue la mairie. Parmi les priorités de la candidate Les Républicains, MoDem et UDI, figurent notamment l’ouverture des bibliothèques et médiathèques le dimanche, un plan d’urgence pour le patrimoine et notamment pour les églises, une « villa Médicis du design » dans l’ex-mairie du 1er arrondissement, davantage de nocturnes dans les grands musées, l’installation d’œuvres d’art contemporain temporairement dans les squares et un programme annuel mettant à l’honneur les Parisiens d’outre-mer au Centquatre. S’inscrivant dans la continuité de la maire sortante Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire entend de son côté augmenter de 10 % le budget de la culture et accroître lui aussi les horaires des bibliothèques et musées municipaux. Le candidat de l’Union de la gauche veut lancer la plateforme Paris Culture – un portail et une application permettant d’accéder facilement à toute l’offre de la ville –, accorder un soutien aux artistes en résidence, aux pratiques amateurs, mais également créer un grand rendez-vous consacré à l’image, aux arts numériques et aux jeux vidéo. Le candidat Horizons et Renaissance Pierre-Yves Bournazel entend quant à lui soutenir les entreprises créatives, ouvrir les bibliothèques jusqu’à 22 heures et le dimanche, lancer un plan de restauration du petit patrimoine et un plan décennal de rénovation des 96 églises communales et des cimetières. De son côté, Sophia Chikirou (La France Insoumise) défend un programme plus politique, avec la fin de la « mainmise du privé » sur certains lieux culturels, un fonds municipal pour sauver des espaces culturels menacés par la spéculation, l’extension du 1 % artistique, l’aménagement d’ateliers-logements pour les artistes, la mise en place d’un fonds de garantie pour leurs loyers, la mise à disposition de lieux vacants, la gratuité ou une tarification sociale des équipements culturels, et la mise en place d’une politique culturelle pensée également depuis les quartiers populaires. De l’autre côté de l’échiquier politique, Sarah Knafo (Reconquête) veut privilégier le « beau », le patrimoine et l’artisanat. Elle entend lancer un plan de protection du patrimoine religieux doté de 300 millions d’euros sur la mandature pour les églises. Elle prévoit elle aussi la prolongation des horaires d’ouverture de certains musées et bibliothèques, et entend engager une révision générale des subventions culturelles actuelles. Enfin, le candidat RN Thierry Mariani, à la lueur des événements récents, souhaite sécuriser les musées. Son programme prévoit également la restauration du patrimoine historique, une « préférence municipale » pour l’accès aux offres culturelles de la Ville de Paris, mais aussi un soutien aux associations, artistes et festivals qui promeuvent « notre culture et l’histoire de Paris et des Parisiens ».
Cependant, dans une campagne déjà largement éclipsée par l’actualité internationale, la culture apparaît malheureusement loin de figurer parmi les enjeux majeurs du scrutin des 14 et 22 mars.





