Lors du Nouveau Sommet Afrique-France, le 8 octobre 2021, le président de la République Emmanuel Macron s’était prononcé en faveur de la restitution du tambour parleur dit « Djidji Ayokwê », répondant ainsi à la demande formulée le 1er août 2019 par Alassane Ouattara, président de la République de Côte d’Ivoire. À l’occasion de la cérémonie de remise matérielle ce 20 février 2026, Rachida Dati, la ministre de la Culture, et Françoise Remarck, son homologue ivoirienne, ont concrétisé cet engagement diplomatique en signant conjointement l’acte de transfert de propriété qui achève la procédure de restitution par Paris à Abidjan de ce bien culturel, confisqué de manière illicite en 1916 par l’administration coloniale française. Cette pièce avait été emportée lors d’une opération militaire à Adjamé.
Le tambour parleur « Djidji Ayokwê » jouait un rôle central dans la transmission des messages entre villages et l’organisation de la résistance locale. Sa confiscation a mis fin à sa fonction politique et rituelle au sein de la communauté. Cet objet de 3,20 mètres de long et de 65 à 70 cm de diamètre, pour un poids estimé à près de 430 kg, resta en Côte d’Ivoire jusqu’à son transfert en France en 1929.
La loi n° 2025-644 du 16 juillet 2025 relative à la restitution d’un bien culturel à la République de Côte d’Ivoire a autorisé la sortie du tambour des collections publiques françaises en dérogeant à leur inaliénabilité et a prévu que son transfert matériel intervienne dans un délai d’un an à compter de la date de la publication de la loi susvisée, à savoir avant le 17 juillet 2026.
Le Sénat a adopté à l’unanimité, le 28 janvier, la loi relative à la restitution des biens culturels provenant d’États qui, du fait d’une appropriation illicite, en ont été privés. Cette loi, qui devrait prochainement être examinée par l’Assemblée nationale, répond à un objectif de réappropriation par les peuples de leur patrimoine et s’inscrit dans une démarche de réparation, matérielle et symbolique, du lien qui unit ces peuples à leur patrimoine et à leur mémoire.
Dès 2017, l’Élysée « a fait des restitutions l’un des piliers d’un partenariat refondé entre la France et les pays africains, avec pour perspectives la circulation des œuvres, le partage des savoirs, et la co-construction de projets muséaux et patrimoniaux », a souligné la ministre française, ajoutant que « cette restitution incarnait l’objectif partagé par la France et la Côte d’Ivoire de renforcer leurs liens autour de projets culturels, qui s’est notamment traduit par la signature d’un programme de travail commun signé le 18 novembre 2024 à Paris ». La Côte d’Ivoire demande toujours la restitution de près de 150 œuvres à la France et à d’autres pays. Depuis 2020, la France a restitué 26 trésors d’Abomey au Bénin et le sabre d’El Hadj Omar au Sénégal. Les demandes de restitutions affluent désormais de nombreux pays.
Le Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire, à Abidjan, sera le prochain écrin du tambour parleur « Djidji Ayokwê ». La France accompagne l’institution dans sa rénovation et son programme de modernisation : numérisation du tambour et d’une partie des collections ivoiriennes, aménagement et installation de nouvelles scénographies dans différentes ailes du musée, ainsi que dans l’espace central, qui accueillera le tambour. Des actions de formation ont également été conduites en partenariat avec l’Institut national du Patrimoine et l’École du Louvre ainsi que la création d’une « Micro-Folie » dédiée à la Côte d’Ivoire en partenariat avec l’Établissement public du Parc et de la Grande Halle de la Villette. Cette coopération muséale a pour objectif de rendre le patrimoine ivoirien plus accessible en France comme en Côte d’Ivoire, où les communautés Atchans, qui attachent à cette œuvre une forte dimension culturelle, historique et sociale, appelaient plus particulièrement de leurs vœux le retour du tambour parleur « Djidji Ayokwê » sur son sol natal.
« Je me réjouis de l’aboutissement de cette restitution d’un bien culturel emblématique ; c’est un événement historique qui incarne à la fois notre capacité commune à regarder le passé colonial avec lucidité et de façon apaisée, et la volonté partagée de la France et de la Côte d’Ivoire de faire de cette restitution l’occasion d’un partenariat bilatéral renouvelé, en particulier dans le domaine des musées et du patrimoine : c’est l’enjeu du projet de rénovation du Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire, à Abidjan, qui va accueillir le tambour parleur “Djidji Ayokwê” à son retour. Ce succès est une source d’inspiration en faveur de l’adoption prochaine de la loi-cadre pour la restitution des biens culturels et pour la politique de coopération patrimoniale et muséale qui doit l’accompagner », a déclaré Rachida Dati.
« Le tambour parleur “Djidji Ayokwê” n’est pas un simple objet, il est une voix, il est une mémoire et, avant tout, il était protecteur d’une communauté pour laquelle il était un repère, un symbole de cohésion sociale, a salué quant à elle Françoise Remarck, ministre ivoirienne de la Culture et de la Francophonie. Pendant plus d’un siècle, cette voix a été éloignée de sa terre, mais elle n’a jamais cessé d’habiter les cœurs. Restituer n’est pas seulement rendre un bien culturel, c’est aussi transmettre, structurer et préparer l’avenir. Ce retour n’est pas une revanche sur l’histoire, il est une victoire du dialogue sur le silence. »


