Le président de la République a promulgué, juste avant le sommet Afrique-France de Nairobi, au Kenya, la loi-cadre destinée à faciliter la restitution des œuvres pillées durant la colonisation. Réclamé depuis des années par de nombreux États africains, ce texte a été adopté à l’unanimité par les deux chambres du Parlement. Cette avancée intervient après plusieurs années d’atermoiements, depuis la promesse formulée par Emmanuel Macron dans son discours de Ouagadougou, en 2017, avec l’ambition d’améliorer les relations entre la France et les pays anciennement colonisés. « Je crois qu’on a construit quelque chose d’irréversible et d’inarrêtable », a déclaré le chef de l’État au premier jour du sommet.
Cette loi permet désormais au gouvernement français de décider, par décret, de la sortie d’une œuvre du domaine public, comme le précise le texte publié au Journal officiel dans la nuit du 9 au 10 mai 2026. Il ne sera donc plus nécessaire d’adopter une loi spécifique pour chaque restitution. Le texte prévoit toutefois que, lorsque le bien culturel appartient à une personne morale de droit public autre que l’État, son déclassement doit recueillir l’accord préalable de cette dernière. La loi ne s’applique qu’aux biens acquis entre le 20 novembre 1815 et le 23 avril 1972, soit entre la fin du Premier Empire et la veille de l’entrée en vigueur de la convention de l’Unesco sur les transferts de biens culturels.
Jusqu’ici, les restitutions effectivement menées à terme étaient restées peu nombreuses. En 2020, un premier retour hautement symbolique avait concerné 26 trésors royaux d’Abomey, restitués au Bénin, ainsi que le sabre d’El Hadj Omar Tall, remis au Sénégal. Le Djidji Ayokwe, tambour parleur confisqué à la Côte d’Ivoire depuis 1916, a quant à lui été restitué début 2026, après cinq ans d’attente. Pour Emmanuel Macron, « c’est le début d’un échange […]. Beaucoup d’autres restitutions vont continuer sur la base de cette loi-cadre ». « Quand bien même arriverait en France quelqu’un qui voudrait revenir sur les restitutions, je crois qu’il n’y arriverait pas […], même tous les gens qui font souffler les vents mauvais et qui veulent aller vers le repli », a-t-il également ajouté, évoquant à demi-mot l’élection présidentielle de 2027.


