Les contours du futur Musée d’Art contemporain d’AlUla, abrité dans un futur bâtiment conçu par Lina Ghotmeh, qui doit ouvrir sur le site culturel et patrimonial d’AlUla, dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, se dévoilent peu à peu. Le nom de l’institution ainsi que sa ligne artistique ont été révélés à l’occasion du vernissage de l’exposition « Arduna » [Notre terre], un parcours conçu avec le Centre Pompidou et réunissant 80 œuvres dans un espace temporaire construit au sein de l’oasis d’AlUla, à l’emplacement même du futur musée d’art contemporain. « Arduna » (jusqu’au 15 avril 2026) explore la relation entre l’humanité et la nature, à travers des œuvres de Wassily Kandinsky, Dana Awartani, Etel Adnan, Laurent Grasso, Joan Mitchell, Eva Jospin, Kader Attia, Renaud Auguste-Dormeuil ou Tarek Atoui. L’exposition a été organisée conjointement par les équipes du Musée d’Art contemporain d’AlUla et celles du Centre Pompidou, avec le soutien de l’AFALULA (Agence française pour le développement d’AlUla). Elle préfigure les orientations futures du lieu. Son thème reflète l’un des principaux axes curatoriaux du futur musée.
« Les trois piliers de cette institution, et d’AlUla, sont le patrimoine ; l’environnement et le paysage ; et la communauté, a déclaré Candida Pestana, directrice du Musée d’Art contemporain d’AlUla, à The Art Newspaper. Nous voulons que les artistes travaillent avec la communauté, en prenant en compte le territoire et le lieu dans lequel nous nous trouvons, AlUla. »
La région a été un important carrefour de civilisations, en raison de sa situation sur la péninsule Arabique et de la présence de son oasis. Le site d’Hegra, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, réunit un ensemble de tombeaux édifiés par les Nabatéens entre le Ier siècle avant J.-C. et le Ier siècle après J.-C.
Candida Pestana insiste sur l’approche spécifique que le musée entend adopter en matière de constitution de ses collections. Il souhaite acquérir et exposer des œuvres couvrant l’ensemble de la carrière de certains artistes, y compris leurs archives, qui seront numérisées pour être présentatées au public et mises à disposition des chercheurs. « Je ne veux pas que les archives soient reléguées dans les réserves du musée, précise-t-elle. La stratégie de la collection est fondée et centrée sur l’artiste lui-même. Nous construisons des relations à long terme avec eux. Ils intègrent la collection et y sont représentés à tous les niveaux, qu’il s’agisse d’œuvres achevées, de projets non réalisés ou des archives tels que des études, de la documentation, etc. »
Le musée d’art contemporain viendra s’inscrire aux côtés des autres pans de la programmation artistique d’AlUla, parmi lesquels Wadi AlFann, dédié à des œuvres permanentes de grande échelle dans le désert ; Desert X AlUla ; ainsi que les pratiques d’arts appliquées soutenues par le AlJadidah Arts District. Les artistes annoncés à ce jour pour Wadi AlFann sont Ahmed Mater, Manal Al Dowayan, James Turrell, Agnes Denes et Michael Heizer. La production de ces œuvres est en cours, même si le calendrier initial prévoyait une ouverture en 2024. Les archives liées à ce projet seront conservées au sein du musée.
« Nous acquérons les premières œuvres de Manal Al Dowayan, ainsi que des pièces sans lien avec Wadi AlFann, précise Candida Pestana. Pour appréhender ce qu’elle va réaliser à Wadi AlFann, il est nécessaire d’avoir une vision complète de sa pratique. Nous conservons les dessins qu’elle réalise avec la communauté dans le cadre de ses ateliers ; nous possédons des publications réalisées avec elle ; nous avons des œuvres liées à l’histoire du développement du Royaume, ainsi qu’à l’histoire et à l’identité des femmes. »
La collection du musée comprendra environ 30 % d’œuvres d’artistes internationaux, et de 60 à 70 % de pièces de créateurs issus d’Arabie saoudite et du monde arabe.

Vue de l’exposition « Arduna ». Courtesy AFALULA/ RCU
La date de l’ouverture n’a encore été communiquée, pas davantage que la surface du musée, même si le bâtiment devrait être achevé d’ici la fin de Vision 2030. En 2023, le Centre Pompidou avait été annoncé comme partenaire de l’institution, dans le cadre d’un accord intergouvernemental plus large entre la France et l’Arabie saoudite, signé cinq ans plus tôt. Selon Candida Pestana, chaque partenaire interviendra selon des modalités distinctes. Le Centre Pompidou collaborera avec le musée sur les publications, ainsi que sur les volets curatoriaux et de recherche académique. L’exposition « Arduna » en constitue une préfiguration : elle a été co-commissariée par Candida Pestana et Ftoon AlThaedi pour AlUla, et par Anna Hiddleston et Noémie Fillon pour le Centre Pompidou.
Candida Pestana souligne que la constitution des collections du musée se prolongera sur « des décennies ». « Nous voulons nous positionner comme une institution qui explore en profondeur l’œuvre des artistes, explique-t-elle. C’est un travail qui se construit très lentement. Dans quarante ans, nous aurons, je l’espère, une compréhension pleine et entière de ce qu’est cette institution. Dans cinq ans, nous n’en serons qu’aux prémices. »




