Le marchand canadien installé à Londres Stephen Friedman met un terme à l’activité de sa galerie après trente ans d’existence. Il avait fermé son espace new-yorkais à la fin de l’an dernier, évoquant alors une volonté de « consolider ses opérations à Londres », où plusieurs nouveaux directeurs venaient d’être recrutés. L’espace londonien a depuis également fermé.
Dans un communiqué, la Stephen Friedman Gallery indique avoir engagé, le 2 février 2026, une procédure d’administration judiciaire « afin de permettre un examen ordonné de sa situation financière ». Le cabinet FRP Advisory a été désigné comme administrateur. « Toutes les décisions relèvent désormais de son appréciation », précise le texte. L’enseigne est actuellement fermée au public et ne participe pas cette semaine à Art Basel Qatar. Une modification de dernière minute du plan de la foire a permis au stand monographique initialement prévu par Stephen Friedman, consacré à des œuvres de Huguette Caland, d’apparaître comme relevant directement de la Huguette Caland Estate. Des représentants de la Lisson Gallery ont assuré la présence sur le stand, dont les coûts auraient été pris en charge par Lisson.
On ignore à ce stade si les 39 artistes et successions représentés par Stephen Friedman Gallery ont commencé à être repris par d’autres galeries.
Stephen Friedman a ouvert sa galerie d’art contemporain sur Old Burlington Street, à Mayfair, en 1995, à une époque où les Young British Artists dominaient la scène londonienne. Après vingt-cinq ans d’activité, il s’est installé, en octobre 2023, dans des locaux plus vastes sur Cork Street. Selon les comptes déposés cette année-là auprès de Companies House [l’équivalent au Royaume-Uni du Registre du commerce et des sociétés], ce déménagement s’expliquait à la fois par l’arrivée à échéance du bail précédent et par la nécessité de disposer de davantage d’espaces de bureaux et d’exposition pour accompagner le développement de la galerie.
Un mois plus tard, en novembre 2023, Friedman inaugurait un espace à New York, destiné – selon ces mêmes documents – à permettre « aux artistes déjà représentés par la galerie d’exposer à New York sans avoir à recourir à une autre galerie indépendante ».
Si la galerie n’a jamais rendu publics les coûts liés à l’aménagement de ces deux nouveaux espaces, ses comptes font apparaître une perte de 1,7 million de livres sterling en 2023, imputable aux travaux et à l’ouverture simultanée des deux sites. Celle-ci résulte notamment « du paiement de loyers pour les nouveaux espaces avant le déménagement effectif, tout en conservant parallèlement l’ancien site pendant sa rénovation ». À cela se serait ajoutée « une forte dégradation de la conjoncture économique du secteur », contribuant aux difficultés financières de l’entreprise.
Les derniers comptes déposés auprès de Companies House l’ont été hors délai, entraînant la publication, en mars 2025, d’un premier avis de radiation d’office dans la Gazette – une mise en garde publique signalant qu’une société est susceptible d’être dissoute. La procédure a toutefois été suspendue quelques jours plus tard.
À ce stade, les prévisions de trésorerie pour 2025 étaient jugées « positives », selon les comptes. Mais ceux-ci précisent que « la rotation plus lente qu’à l’accoutumée d’une exposition majeure à la fin de 2024, combinée à un démarrage atone de l’année 2025, a entraîné de fortes tensions de trésorerie ». La galerie indiquait alors avoir mis en place « des mesures immédiates de réduction des coûts à tous les niveaux » et engagé des discussions avec sa banque en vue d’un refinancement.
Les auditeurs relevaient en outre que la dépendance structurelle de la galerie aux facilités bancaires pour assurer ses besoins courants de trésorerie constituait une « incertitude significative », suffisante pour faire peser un doute sur la capacité de l’entreprise à poursuivre ses activités et à honorer ses engagements financiers.
Les comptes les plus récents, attendus en décembre, puis au 31 janvier, n’ont à ce jour pas été publiés.




