Vendredi 30 janvier, la justice américaine a publié plusieurs millions de pages liées au pédocriminel Jeffrey Epstein, au grand dam de ses victimes qui auraient volontiers préféré l’anonymat. De nombreuses personnalités ayant été en contact de près ou de loin avec l’homme d’affaires américain, pourvoyeur de prostituées mineures qui a mis fin à ses jours en 2019 en prison, auraient, elles aussi, préféré rester dans l’ombre. Comme le souligne Le Monde, « aucun mail consulté par [le journal] ne révèle une implication dans les trafics commis par le pédocriminel, mais beaucoup conduisent à s’interroger sur ce que savaient, ou non, les personnes concernées ».
En France aussi, l’affaire Epstein fait des vagues. Les récentes publications révèlent l’ampleur « d’un réseau tentaculaire de relations sociales que le milliardaire avait tissé à travers le monde », résume Le Figaro. Très mondain, Jeffrey Epstein a tissé de nombreux liens avec des personnes de premier plan – pour mieux se protéger ? Aujourd’hui éclaboussées, certaines doivent regretter de n’avoir pas su identifier qui il était vraiment, ni d’avoir pris leurs distances avec lui… Ainsi, il avait noué une relation plutôt cordiale avec Jack Lang, longtemps ministre de la Culture de François Mitterrand. Son nom est cité à 673 reprises dans les documents publiés par la justice américaine. Jack Lang a affirmé cette semaine que l’homme était « charmant », un « passionné d’art, de culture et de cinéma », avant d’assurer n’avoir eu aucune connaissance de ses agissements et de plaider sa propre « naïveté ».
Un exemple de ces liens : selon Mediapart, le milliardaire et mécène aurait apporté 50 000 euros à une association proche de l’ancien ministre (Les Amis de Jack Lang) pour participer au financement d’un documentaire « sur les années Lang-Mitterrand », qui devait être réalisé par Serge Moati, à la demande expresse de Jack Lang. Le documentaire aurait été tourné mais pas diffusé. Bien que l’ancien ministre ne soit en rien poursuivi, et que ses liens avec Epstein semblent de nature amicale et financière, la pression monte à gauche et à droite pour que l’intéressé – dont le mandat se termine en décembre cette année – démissionne de ses fonctions de président de l’Institut du monde arabe (IMA). Ne serait-ce que pour l’image de l’institution. Cette éventualité a été catégoriquement exclue par Jack Lang, reconduit en 2023 à la tête de l’institution (qu’il préside depuis 2013) pour un mandat de trois ans. Contacté, l’Institut du monde arabe nous assure « qu’à ce stade, il n’y a pas de nouvelle déclaration, Jack Lang étant en déplacement au Maroc dans le cadre d’une biennale d’art. Aucune infraction, crime ou délit ni manquement dans ses fonctions de président de l’IMA, qui justifieraient une démission, n’ont été constatés », nous explique un représentant de la direction.
Sa fille, Caroline Lang, elle, a démissionné de son poste de déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants. Son nom apparaît lui aussi dans les échanges avec Epstein. Après leur rencontre en 2012, l’homme d’affaires lui aurait proposé de créer un fonds offshore aux îles Vierges américaines « destiné à favoriser l’acquisition d’œuvres d’art ». Ce fonds a vu le jour en 2016. Selon un courriel de l’avocat d’Epstein, Darren Indyke, « STC (la société d’Epstein, ndlr) fournit les fonds et Mme Lang apporte son expertise », précise Médiapart. Caroline Lang affirme n’avoir perçu « aucune rémunération, ni aucun bénéfice de ce fonds », et assure avoir démissionné de toute fonction liée à celui-ci « dès que les agissements de Monsieur Epstein » ont été révélés, en 2019.
Caroline Lang aurait-elle, elle aussi, péché par excès de confiance ? Elle a indiqué le 2 février à Médiapart avoir été au courant de la condamnation d’Epstein. Expliquant : « Un jour, il y a longtemps, [Epstein] m’avait dit : "Si tu fais des recherches sur moi sur Google, peut-être que tu ne voudras plus jamais me parler", a indiqué la fille de l’ex-ministre. Alors je suis allée chercher et j’ai trouvé dans la presse de Floride qu’il avait été condamné pour prostitution de mineures et qu’il avait été condamné pour cela en 2008. Il m’a dit qu’il avait payé sa dette et indemnisé les victimes, et je l’ai cru. »




