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Critique

À Doha, l'architecture à plusieurs voix

Au Qatar, une rétrospective de Ieoh Ming Pei et les recherches de Rem Koolhaas et de son agence OMA sur le thème des campagnes offrent deux approches de l’architecture dans un monde en mutation.

Philippe Régnier
28 janvier 2026
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Vue de l’exposition « I. M. Pei : Life is Architecture », Qatar Museums Gallery – Al Riwaq, Doha, 2025. Photo Philippe Régnier

Vue de l’exposition « I. M. Pei : Life is Architecture », Qatar Museums Gallery – Al Riwaq, Doha, 2025. Photo Philippe Régnier

Le 16 mai 2019 disparaissait à New York, à l’âge de 102 ans, Ieoh Ming Pei, architecte sino-américain ayant marqué la fin du XXe et le début du XXIe siècle. C’est lui qui signa le Museum of Islamic Art (2000-2008), à Doha, situé à proximité immédiate de la Qatar Museums Gallery – Al Riwaq, dont les salles accueillent une partie de l’exposition qui l’honore. Conçue par le M+ Museum, à Hong Kong, celle-ci revient sur toute la carrière de l’homme aux lunettes rondes, lequel passe ses premières années en Chine, où il est né le 26 avril 1917. Il décide toutefois très jeune de poursuivre ses études aux États- Unis, d’abord à Philadelphie, à la Pennsylvania Academy of the Fine Arts, puis au Massachusetts Institute of Technology, à Cambridge, et enfin à Harvard. Il commence sa carrière dans les domaines de la promotion immobilière et de la requalification urbaine, dès les années 1950 et 1960. Il réalise ainsi à New York le Roosevelt Field Shopping Center (1951-1956), influencé par les préceptes de Le Corbusier qu’il a rencontré à la Graduate School of Design, à Harvard, lors de ses tournées de conférences.

C’est dans ce contexte de grands ensembles immobiliers qu’il travaille une première fois en France. La rétrospective présente en effet un projet non exécuté et méconnu, Tête de la Défense (1970-1971), prévu pour s’élever exactement à l’emplacement de la Grande Arche de Johan Otto von Spreckelsen, et s’articulant autour de deux tours de 189 mètres de haut dans le prolongement du musée du Louvre, où il interviendra quelques années plus tard. Au Texas, il construit entre 1966 et 1977 le Dallas City Hall, destiné à abriter les services administratifs de la ville. Sur ce terrain flanqué d’une place paysagère accueillant une grande sculpture de Henry Moore, il introduit le motif de la pyramide, ici inversée. Le bâtiment brutaliste est aujourd’hui menacé en raison du coût nécessaire à sa rénovation, le budget pour ses travaux étant chiffrés à hauteur de 600 millions de dollars par le maire de la ville. Datant de la même époque, l’aile Est qu’il réalise pour la National Gallery of Art (1968-1978), à Washington, inclut déjà une bonne partie du vocabulaire qu’il emploiera dans son projet iconique du Louvre : son utilisation du triangle, du marbre, du béton teinté et du verre dans une écriture minimale ; ses espaces en sous-sol comprenant café et boutiques ; son traitement de la lumière...

Bâtir des musées

La rétrospective à Doha met jus- tement l’accent sur l’aménage- ment du Grand Louvre, à Paris, et la construction de la pyramide, rappelant, documents à l’appui, la violente opposition qui se manifesta en France contre ce projet. Une caricature de Jean Patout dénonce « L’hyper Louvre », tandis qu’un tract de l’Association pour le renouveau du Louvre et S.O.S. Paris appelle à se mobiliser contre une opération qui va « dénaturer le plus beau site de Paris ». La vision des photographies de la cour Napoléon à l’époque, terrain vague transformé en parking envahi de voitures, ne laisse pourtant pas de doute quant au bien-fondé d’un projet porté par une volonté politique. « Il me paraît nécessaire que vous étudiiez, dès maintenant, diverses variantes de cette construction pyramidale, en onction notamment de sa hauteur, de la pente de ses faces, de l’aménagement de sa base et de son insertion dans ce site historique, écrit le président François Mitterrand à Ieoh Ming Pei en 1983. Vous savez en particulier combien je suis soucieux de la perspective du Caroussel [sic] à l’Arc de triomphe et de la perception qu’aura le promeneur de ce nouvel édifice. » Le projet sera finalement sauvé par Jacques Chirac, favorable aux visions de l’architecte, qui fera construire une structure temporaire permettant aux Parisiens de se faire une idée de la future pyramide. Il n’est pas anodin de se replonger dans cette métamorphose du musée au moment où l’institution envisage une nouvelle phase de travaux pour s’adapter à ses besoins actuels.

Vue de l’exposition « Countryside : a Place to Live, not to Leave », Qatar Preparatory School, Doha, 2025.

Photo Marco Cappelletti Studio

Le Sino-Américain mènera par la suite d’autres chantiers majeurs dans le domaine muséal. Ce sera d’abord le Miho Museum (1991-1997), érigé en pleine nature, dans une région montagneuse du Japon, à une heure de route à l’est de Kyoto, nécessitant de construire pont et tunnel pour en permettre l’accès. Ce sera ensuite le musée d’Art contemporain – Mudam, à Luxembourg, dont l’édification s’étirera sur plus de dix-sept ans, entre 1989 et 2006. Ce sera finalement le Museum of Islamic Art, que l’architecte voudra élever sur un terrain gagné sur la mer. Pour l’occasion, cette institution majeure présente pour sa part un ensemble de documents et de maquettes, témoignant des études menées par Ieoh Ming Pei dans le domaine de l’architecture islamique, qui nourrirent sa réflexion pour ce projet.

Réfléchir la campagne

Ce sont d’autres recherches que présentent Rem Koolhaas et son agence OMA au National Museum of Qatar, mais surtout dans une ancienne école, la Qatar Preparatory School, à Doha. Cette exposition, initialement organisée au Guggenheim New York, se focalise sur la campagne au détriment de l’urbain. La réflexion porte notamment sur une partie du globe située sur un arc de cercle partant de l’Afrique du Sud pour atteindre le nord de la Chine, en passant par le Qatar – Doha est d’ailleurs localisé en son centre. Cet espace concentre actuellement, selon les architectes, 77 % de la population mondiale.

Dans cette ancienne école, chaque salle de classe accueille une présentation thématique dans une démarche à la fois sociale, écono- mique et prospective. Les commissaires insistent en particulier sur une volonté de s’installer à la campagne qu’ils croient discerner chez la Génération Z, laquelle peut continuer d’être connectée au monde loin des centres urbains grâce au développement des réseaux numériques. Si le champ d’exploration se concentre sur un vaste territoire au fort potentiel, il ignore de fait tout une partie du monde qui ne reste pas inactive, des Amériques à l’Eu- rope. Rem Koolhaas lance donc des pistes pour une réflexion sur une urbanisation prenant en compte la campagne, dans une ville, Doha, où il a déjà beaucoup construit. La Qatar National Library est un morceau de bravoure situé au cœur d’Education City, l’immense quartier universitaire et culturel de la capitale. Il a aussi aménagé Al Riwaq pour en faire un espace d’expositions temporaires de haut niveau, ce lieu même où se déploie actuellement la rétrospective d’Ieoh Ming Pei.

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« I. M. Pei : Life is Architecture », du 30 octobre 2025 au 14 février 2026, Qatar Museums Gallery – Al Riwaq, Doha, Qatar.

« I. M. Pei and the Making of the Museum of Islamic Art. From Square to Octagon and Octagon to Circle », du 30 octobre 2025 au 14 février 2026, Museum of Islamic Art, Off Al Corniche St, Doha, Qatar.

« Countryside : A Place to Live, not to Leave », du 29 octobre 2025 au 29 avril 2026, Qatar Preparatory School, Rawdat Al-Khail Street, et National Museum of Qatar (NMoQ), Museum Park Street, Doha, Qatar.

Musées et institutionsDohaArchitectureIeoh Ming PeiExpositionsQatar Museums Gallery – Al RiwaqMusée d'art islamique de Doha
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