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Critique

Kevin Germanier, le « golden voyager » de la planète fashion

Entre humour et glamour, l’esthétique inspirante du modéliste suisse se dévoile au mudac, à Lausanne. Portrait d’un défenseur acharné de l’upcycling, de l’écoresponsabilité et de la durabilité dans la mode.

Marc Donnadieu
27 janvier 2026
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Germanier, robe de prêt-à-porter, collection « Les Épineuses », automne-hiver 2024-2025. © Germanier

Germanier, robe de prêt-à-porter, collection « Les Épineuses », automne-hiver 2024-2025. © Germanier

Le tout jeune créateur helvétique Kevin Germanier – il est né en 1992 à Granges – a fait irruption dans le milieu feutré du prêt-à-porter puis de la haute couture parisienne comme une comète flamboyante de mille cristaux fluorescents. En 2015, alors qu’il vient tout juste de recevoir l’EcoChic Design Award, à Hong Kong, la maison Louis Vuitton lui ouvre ses portes pour un stage de six mois, ce qui lui permet de financer ses études au très réputé Central Saint Martins College of Art and Design, à Londres. Son diplôme obtenu en 2017, il s’installe à Paris, puis lance, l’année suivante, la marque Germanier. « Si vous voulez faire de la mode, ça se passe à Paris. C’est ici son berceau. Il y a un héritage, une authenticité », soutient-il.

Aussi a-t-il dédié sa collection 2020 à l’une de ses muses : le personnage de fiction Sailor Moon, forme guerrière de Princess Serenity, la princesse de la Lune, il y a 10 000 ans, réincarnée sous les traits d’Usagi Tsukino, une adolescente du XXe siècle maladroite et naïve. Il y a là plus qu’une simple mélancolie vis-à-vis de son enfance perdue – sa mère, le trouvant trop timide, l’a inscrit à l’âge de 9 ans au théâtre, afin qu’il découvre le monde –, mais également un symbole du lien vital entre le présent du monde et les racines ancestrales des êtres, des choses et des lieux. « Ma marque, ce n’est pas Kevin Germanier mais Germanier, parce que c’est une histoire de famille ! », défend le styliste.

Une alchimie créative

« De mes origines suisses, j’ai gardé une éthique, un côté bon élève, le respect de l’autre », admet-il encore. Un voyage en Chine lui fait entrevoir les travers de la fast fashion. L’économie circulaire, l’upcycling et l’écoresponsabilité deviennent alors le motto (la devise) et le mantra de son studio. À l’amont de chaque projet, il traque les magasins de seconde main, inspecte les dépôts de modèles ou tissus invendus – y compris ceux du groupe LVMH – et perquisitionne les stocks délaissés de matériaux de confection en tout genre. « Germanier est la poubelle de la Fashion Week, lance-t-il, nous faisons des choses magnifiques avec tout ce que nous pouvons recycler », de la bande de cassettes à des corps de stylos transparents aux bouteilles plastique.

À partir de là, Kevin Germanier déconstruit et reconstruit, déforme et reforme, fait tricoter, crocheter et surtout broder de strass, perles ou plumes tout ce qui glisse entre ses doigts. Ceci avec le soutien inconditionnel de trois bonnes fées : sa grand-mère, sa mère et sa sœur, sans oublier un groupe de tricoteuses du canton du Valais, ainsi que la collaboration d’artisans et d’artisanes du Brésil aux Philippines en passant par l’Inde. Cette alchimie créative transmute l’usuel en exceptionnel, l’impayable en incroyable, le vulgaire en spectaculaire. Son attitude ironique et espiègle se retrouve dans les titres de chacune des collections : « Les Venimeuses » (printemps- été 2024), « Les Épineuses » (automne-hiver 2024-2025), « Les Désastreuses » (printemps-été 2025), « Les Globuleuses » (automne-hiver 2025-2026)...

Vue de l’exposition « Les Monstrueuses – carte blanche à Kevin Germanier », mudac, Lausanne, 2025.

Courtesy de Kevin Germanier et du mudac. Photo Guillaume Python

Le succès est, dès le départ, fulgurant. Une de ses robes est sélectionnée par Björk pour la couverture de son album Utopia (2017), puis une deuxième pour sa prestation au Festival We Love Green en 2018. Beyoncé, Lady Gaga, Kristen Stewart et Taylor Swift lui emboîtent le pas ; tout comme l’actrice Lily Collins, laquelle porte dans un épisode de la série télévisée Emily in Paris un ensemble en maille jaune fluo et bleu roi bordé de plumes blanches disponible à l’époque sur le site Internet de la marque pour 490 euros ! En 2019, Kevin Germanier est finaliste du prix LVMH. En 2023, il reçoit le prix de la Fondation divisionnaire F. K. Rünzi « pour son travail alliant tradition et innovation, son engagement durable et éthique, et la visibilité qu’il offre au canton du Valais sur la scène internationale ». En 2024, il conçoit les costumes des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques de Paris, dont celui de l’iconique Golden Voyager, aujourd’hui dans les collections du Musée olympique, à Lausanne. En 2025, il est nommé chef costumier de la 69e édition du Concours Eurovision de la chanson, lequel se déroule à Bâle (Suisse).

« Le vêtement est une affirmation »

Si les créations Germanier bousculent tous les codes établis, elles sont surtout pensées, étudiées et réalisées avec une précision millimétrique fondée tout à la fois sur une parfaite connaissance de l’anatomie – il se définit comme un « Frankenstein du XXIe siècle » – et sur une impeccable habileté technique, à l’instar de celle de son maître tutélaire, le Vaudois Robert Piguet, lequel avait ouvert en 1933 sa maison de couture à Paris. « J’aime que mes clientes osent briller, mais l’essence de mon travail est de faire des vêtements et de les faire bien, explique le jeune homme. Je crée des robes pour qu’elles durent, qu’elles soient encore portées en 2050. » Chaque détail y joue donc un double rôle de structuration et d’expressivité. « La personne qui s’habille en Germanier vole clairement la vedette, apporte de la lumière. C’est ma fascination pour les “Sailor Moon” qui explosent. Le vêtement est une affirmation. »

On peut le vérifier à Lausanne, où le mudac, le musée cantonal de Design et d’Arts appliqués contemporains, lui donne carte blanche. L’exposition immersive intitulée « Les Monstrueuses » conjugue une rétrospective avec l’atelier de création in situ. La proposition est, bien entendu, écoconçue à 90 % – une gageure pour le co-commissaire d’exposition Rafaël Santianez et les équipes du musée. Y sont à découvrir plusieurs réalisations inédites, en particulier celles issues d’une collaboration avec la célèbre marque genevoise de crayons et de stylos Caran d’Ache, ainsi que, en exclusivité, les prototypes d’une toute nouvelle collection de meubles et de luminaires, dont la sortie est prévue lors de la Fashion Week, à Paris, en mars 2026. Tout y est magique, désinvolte, vif et coloré. « En fait, ce qui m’intéresse par-dessus tout, c’est de créer des histoires ! » conclut Kevin Germanier.

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« Les Monstrueuses – carte blanche à Kevin Germanier », du 7 novembre 2025 au 22 mars 2026, mudac – musée cantonal de Design et d’Arts appliqués contemporains, place de la Gare, 17, 1003 Lausanne, Suisse.

ExpositionsMusée cantonal de design et d’arts appliqués contemporains (MUDAC)Kevin GermanierArt et ModeLausanneSuisse
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