Le Mensuel
Newsletter
Abonnements
Le Mensuel
Newsletter
L'actualité des galeries
L'éditorial de la semaine
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Livres
L'actualité des galeries
L'éditorial de la semaine
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Livres
La Biennale de Lyon
Entretien

À la Biennale de Lyon, le chant des sirènes de Bastien David

Né en 1990, ancien pensionnaire à la Villa Médicis à Rome et à la Casa de Velázquez à Madrid, le compositeur formé au conservatoire de musique de Paris propose dans les bâtiments industriels des Grandes Locos, l’un des sites où se tient la 17e Biennale de Lyon, une pièce intitulée « Sensitive », qui entremêle dimension plasticienne et performance musicale.

Propos recueillis par Stéphane Renault
18 septembre 2024
Partagez
Bastien David devant son installation Sensitive à la Biennale de Lyon 2024. Photo : Stéphane Renault

Bastien David devant son installation Sensitive à la Biennale de Lyon 2024. Photo : Stéphane Renault

Comment est née l’idée de cette pièce ?

Il y a douze ans, j’ai imaginé un instrument du nom de métallophone, constitué de 216 lames, joué par six musiciens de ma compagnie Les insectes, dédiée à cet instrument. Il a été en partie conçu lorsque j’étais pensionnaire à la Villa Médicis à Rome. J’ai créé des compositions spécifiquement pour cet instrument.

En découvrant le jeu pluri-instrumentiste, je me suis dit qu’il serait intéressant de faire une proposition à plus grande échelle à la Biennale de Lyon, avec pour projet d’activer l’œuvre en faisant participer le public. J’ai développé cette structure instrumentale, que j’appelle « la rivière de bouteilles » – une sorte de vaste clavier, où chacune des mille bouteilles remplies d’eau est accordée précisément pour permettre de jouer une composition écrite à l’avance. C’est un peu la grande sœur du métallophone, il y a une filiation.

Accorder ces bouteilles a nécessité plus de 1 600 heures de travail, réparties sur une quinzaine de personnes en tout. C’est un travail colossal, afin que chaque bouteille corresponde à une note, avec d’infinies nuances. C’est plus complexe qu’accorder un piano Steinway ! Je cherchais à faire entendre des sensations.

Chacun des intervenants du public, entre vingt et quarante, met en vibration les instruments en suivant une règle du jeu disposée sur chacun des pupitres. On joue avec une baguette sur les bouteilles, on vient lire une mélodie en se déplaçant. C’est comme un chant des sirènes. On entend des glissades. Tout est pensé comme un organisme vivant. Chacun est affilié à un son – il peut s’agir aussi de simples galets mués en instruments de musique. L’idée est de créer un dialogue. Il ne m’était pas possible d’écrire pour cette création une partition aussi précise que ce que je fais habituellement, raison pour laquelle j’ai inscrit la musique dans les instruments, en l’occurrence les bouteilles.

Bastien David avec l'artiste Hélène Delprat et Alexia Fabre, commissaire de la 17e Biennale de Lyon. Photo : Stéphane Renault

Cette pièce musicale est aussi une œuvre plasticienne produite pour une biennale d’arts visuels.

Le son provient du mouvement. Tout mouvement provoque un son. Il existe une dimension inévitablement physique, inhérente au fait d’inventer des sons et des instruments. La forme de l’oreille correspond parfaitement à son usage, comme les ailes d’une libellule. Un instrument réussi doit avoir une forme correspondant au plus près à son usage. La forme d’un violon découle des sons que l’on cherche à produire.

Avec cette installation, les postulats de départ étaient la marche, l’idée de recycler des objets du quotidien, valoriser l’eau – mettre de l’eau dans son vin, pourrait-on dire. Il me semblait aussi intéressant de chercher comment faire société au XXIe siècle, engendrer le mouvement. Le courant de cette rivière de bouteilles est donné par les gens qui se déplacent ensemble, partagent cette expérience.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Ma référence première est la nature. L’eau, le verre… La pièce s’appelle Sensitive, ce qui signifie être à l’écoute du monde. Il s’agit de quitter le monde chromatique et tempéré pour entrer dans un univers sensible. Ici, la problématique était de pouvoir faire jouer plusieurs personnes simultanément. La pièce résulte des problématiques posées et des réponses apportées de la manière la plus cohérente. Chaque chose est pensée. L’inspiration est là, et dans la matière. À l’origine, il y a un idéal : comment faire jouer quarante personnes en mouvement. Je suis en train de constituer mon orchestre d’instruments insolites, c’est une étape.

17e Biennale de Lyon, « Les voix des fleuves Crossing the water », du 21 septembre 2024 au 5 janvier 2025, divers lieux, Lyon.

La Biennale de LyonBastien DavidAcadémie de France à Rome, Villa MédicisArt Contemporain
Partagez
Abonnez-vous à la Newsletter
Informations
À propos du groupe The Art Newspaper
Contacts
Politique de confidentialité
Publications affiliées
Cookies
Publicité
Suivez-nous
Instagram
Bluesky
LinkedIn
Facebook
X
Ce contenu est soumis à droit d'auteurs et copyrights

À lire également

Résidences d'artistesActualité
29 mars 2024

La Villa Médicis annonce sa promotion 2024-2025

Le jury du concours des pensionnaires de l’Académie de France à Rome – Villa Médicis a retenu seize lauréats pour l’année 2024-2025.

Stéphane Renault
Art ContemporainEntretien
22 octobre 2025

Helen Marten : « La magie, le mythe et l’architecture sont tous réunis au même endroit »

Lauréate du Turner Prize en 2016, l’artiste britannique a été invitée par Miu Miu à intervenir dans la salle hypostyle du Palais d’Iéna. Sa création inédite, « 30 Blizzards », mêle installation, performance et vidéo.

Propos recueillis par Stéphane Renault
ExpositionsEntretien
3 septembre 2021

Angelica Mesiti : « Développer de nouvelles façons de communiquer est une idée excitante, pleine de potentiel »

Parisienne d’adoption, la vidéaste d’origine italo-australienne présente dans le nouvel espace de la galerie Allen, dans le Marais, l’un de ses derniers projets, conçu en 2020 pour la Biennale de Busan, en Corée du Sud. Entretien.

Propos recueillis par Stéphane Renault
ExpositionsCritique
24 août 2019

Une machine à écrire musicale et démocratique

Formée à la performance et aux arts vivants, installée entre Sydney et Paris, Angelica Mesiti présente le projet vidéo ASSEMBLY, avec la commissaire Juliana Engberg.

Camille Viéville