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Opinion

Migrations et territoires

Voici deux occasions d’arpenter les aspérités des zones frontalières aux côtés de documentaristes cet hiver à Paris : Zoe Leonard au musée d’Art moderne et Marie Voignier à la galerie Marcelle Alix.

Béatrice Gross
23 janvier 2023
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Zoe Leonard, Al río/To the River (série), 2016–2022, photographie. 

© Zoe Leonard. Courtesy de la Galerie Gisela Capitain, Cologne, et de Hauser & Wirth, NewYork

Zoe Leonard, Al río/To the River (série), 2016–2022, photographie.

© Zoe Leonard. Courtesy de la Galerie Gisela Capitain, Cologne, et de Hauser & Wirth, NewYork

Rio Grande pour les uns, Río Bravo pour les autres, le cours d’eau, qui prend sa source dans le Colorado, sert de frontière sur plus de 2 000 kilomètres entre les États-Unis et le Mexique. De 2016 à 2021, l’artiste nord américaine Zoe Leonard a exploré les rives de ce fleuve qui sépare les deux pays. Suivant sa trajectoire, d’El Paso-Juárez jusqu’à son embouchure du golfe du Mexique, Zoe Leonard a observé avec rigueur et obstination comment les forces publiques font jouer un rôle figé et autoritaire à un élément naturel toujours mouvant : « La nature changeante du fleuve – qui déborde périodiquement, change de cours et creuse de nouveaux sillons – va à l’encontre de la fonction politique qu’il est censé remplir », affirme-t-elle.

« La nature changeante du fleuve – qui déborde périodiquement, change de cours et creuse de nouveaux sillons – va à l’encontre de la fonction politique qu’il est censé remplir. »

La succession de paysages de montagne et de désert, de villes et de villages, d’infrastructures de circulation et de commerce, mais aussi – et peut-être surtout – de contrôle et de surveillance se traduit par une enquête d’une ampleur presque épique. Parmi les 500 images formant le vaste projet Al río/ To the River (2021), le musée d’Art moderne de la Ville de Paris retient plus de 300 tirages, pour la plupart en noir et blanc. Photographe autodidacte attachée à la technique argentique, Zoe Leonard poursuit son entreprise de résistance face à la domination et l’obsolescence. Son regard, toujours mouvant lui aussi, se situe de part et d’autre du fleuve, refuse l’univocité et la déshumanisation, faisant apercevoir – quoi que le plus souvent à distance – les communautés d’habitants, de travailleurs et de migrants qui occupent l’immense zone frontalière conçue comme un territoire liminaire, un troisième lieu.

ZONES DE PASSAGE

C’est à la vallée de La Roya, dans l’arrière-pays niçois, et à sa tradition d’accueil que s’intéresse l’artiste et cinéaste documentariste Marie Voignier. Issu du protocole des Nouveaux Commanditaires (proposé par la Fondation de France), le film intitulé Moi aussi j’aime la politique (2022) rassemble les témoignages de bénévoles locaux et d’exilés pour qui les frontières semblent se refermer plus que jamais. Les entretiens se font presque toujours en mouvement à l’instar des passages furtifs qu’ils décrivent. Quelques jours, quelques années peuvent s’écouler avant qu’une destination, souvent temporaire, soit atteinte. Certains réfugiés, bien qu’ils n’en aient pas encore le statut officiel, décident de rester et de se faire acteurs à leur tour de ce réseau d’entraide. Les périls sont certes nombreux, la vulnérabilité immense face aux risques d’arrestation, aux violences policières ou même à l’extraordinaire lenteur administrative, mais ce que l’on retient de ce portrait choral c’est l’hospitalité essentielle d’une terre de rencontre et de partage, par delà les frontières et les nationalités.

«Zoe Leonard. Al río/To the River», 15 octobre 2022-29 janvier 2023, musée d’Art moderne de la Ville de Paris, 11, avenue du Président-Wilson, 75016 Paris.

«Marie Voignier. Moi aussi j’aime la politique», 4 novembre 2022- 7 janvier 2023, Marcelle Alix, 4, rue Jouye Rouve, 75020 Paris.

ExpositionsDocumentaires & ReportagesZoe LeonardMarie VoignierMusée d'art moderne de Paris (MAM)Galerie Marcelle Alix
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