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Critique

Deux modernités géniales à la cinémathèque française

Outre le musée Méliès ouvert depuis 2021, à découvrir absolument, la Cinémathèque française, à Paris, propose une exposition consacrée à Romy Schneider quarante ans après sa disparition.

Béatrice Gross
23 juin 2022
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Romy Schneider dans Max et les ferrailleurs, de Claude Sautet, 1971. © Studio Canal et Fida Cinematografica

Romy Schneider dans Max et les ferrailleurs, de Claude Sautet, 1971. © Studio Canal et Fida Cinematografica

Dans une relative discrétion – pandémie oblige –, la Cinémathèque française, à Paris, inaugurait le musée Méliès il y a bientôt un an, à l’occasion du 160e anniversaire de la naissance de l’illusionniste et cinéaste désormais légendaire – le film de Martin Scorsese, Hugo Cabret (2011), aura largement participé à diffuser cette légende auprès d’un vaste et jeune public. Située aux 2e et 3e étages du bâtiment de Frank Gehry dans le 12e arrondissement de Paris, la nouvelle institution présente sur 800 m2 près de trois cents machines et instruments optiques, dessins, maquettes ou encore costumes et accessoires, cent cinquante photographies et, surtout, de nombreux extraits de films – bien connus pour certains, plus rares pour d’autres –, ainsi qu’une expérience de réalité virtuelle inédite usant des technologies les plus récentes, toutes au service de l’univers merveilleux de Georges Méliès (1861-1938).

Sauvetage d’un patrimoine

Esquissant une histoire des premiers pas du cinéma de fiction et de l’invention des effets spéciaux, ainsi que de celle du studio comme lieu de production, le musée Méliès donne corps à l’une des premières missions que les fondateurs de la Cinémathèque, Henri Langlois et Georges Franju, s’étaient fixées dès 1936 : préserver et redonner vie aux cinq cent vingt films tournés par Méliès entre 1898 et 1913. Leur auteur, ruiné, en avait été dépossédé et, au début des années 1920, une vente aux enchères, après saisie, avait vu ses bobines partir à bas prix, récupérées par des chiffonniers pour le celluloïd.

Dans un geste de désespoir – ou d’orgueil, dirent certains –, Méliès brûla le peu des féeries qu’il lui restait. Pendant longtemps, on crut l’œuvre perdue. À la faveur de grands et petits miracles – des négatifs retrouvés (pour la plupart auprès de forains qui présentaient ces courts-métrages accompagnés de boniments), d’efforts de recherche colossaux, ainsi que d’un travail de numérisation et de conservation exceptionnel, deux collections sont aujourd’hui réunies : celles de la Cinémathèque et celle issue d’une acquisition importante réalisée en 2004 par le Centre national du cinéma et de l’image animée. Cette combinaison permet d’offrir un parcours riche et ludique, à l’instar des réalisations de Méliès, dont la majorité de la production repose sur deux types de constructions cinématographiques : les sujets dits « composés » et les vues à transformations.

À travers une autre exposition et une rétrospective jusqu’à fin juillet, c’est à une autre transformation que se consacre également la Cinémathèque, celle d’une actrice catapultée au rang de vedette alors qu’elle avait à peine 17 ans et qui, très tôt, décida de quitter le rôle de jeune ingénue pour se réinventer constamment : Romy Schneider, dont la resplendissante carrière, écourtée par une disparition prématurée, fut faite de risques et de ruptures, de conquêtes et d’expérimentations, toujours éprise de liberté, entre doute et adulation.

ExpositionsChroniqueMusée MélièsCinémaLa Cinémathèque françaiseRomy Schneider
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