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Sept questions à Jean-Michel Wilmotte

Imaginé par le cabinet Wilmotte & Associés Architectes et construit par la société GL events, le Grand Palais Éphémère a pris place sur le plateau Joffre du Champ-de Mars, dans le 7e arrondissement de Paris.

L’édifice se substitue temporairement au Grand Palais, actuellement en rénovation. Son coût, 40 millions d’euros, comprend «la conception, la réalisation, l’exploitation technique et la maintenance du bâtiment pendant quatre ans, ainsi que son démontage », prévu à l’automne 2024, après la clôture des Jeux olympiques de Paris. L’architecte explique son projet.

Jean-Michel Wilmotte © Luc Castel

Comment le Grand Palais Éphémère s’inscrit-il dans ce site et quelles en ont été les contraintes principales ?

L’appel d’offres a été lancé par la Réunion des musées nationaux et le Comité des Jeux olympiques de Paris 2024. Le cahier des charges était clair : l’espace disponible au sol était déterminé à la fois par les dimensions du terrain, soit 145 mètres dans l’axe École militaire-tour Eiffel sur 140 mètres environ dans l’autre sens, le long de la place Joffre, et par la disposition des arbres existants. Certains arbres étant plantés dans les angles, la solution d’un plan cruciforme est venue rapidement. En outre, il nous a fallu intégrer à l’intérieur du volume deux grands bassins et fontaines existants, côté Champ-de-Mars, ainsi que, côté École militaire, la statue équestre du maréchal Joffre. Les deux premiers ont été dissimulés, tandis que la statue monumentale, qui, à l’entrée du bâtiment, continue à veiller sur l’École militaire, devient un signal fort du nouveau lieu.

Comment vous est venue l’idée de la forme de cet édifice constitué d’une double ossature cintrée ?

Nous n’avons pas essayé de « singer » le Grand Palais. En réalité, la forme est une pure coïncidence, elle s’est imposée d’elle-même. Le cahier des charges stipulait que le bâtiment ait une surface de 10 000 m2. La seule manière de n’avoir aucun poteau au sol, c’était que sa structure porte son propre poids. D’où l’idée des deux voûtes se croisant à angle droit. L’une, celle parallèle à l’École militaire, est plus large (51 mètres) que l’autre (33 mètres). La première est constituée de deux pignons opaques, qui incluent une large épaisseur de bureaux, d’un côté pour la RMN, de l’autre pour les exposants. À contrario, la seconde voûte, celle située dans l’axe École militaire-tour Eiffel, arbore une transparence intégrale, grâce à d’immenses parois vitrées. Côté tour Eiffel, une mezzanine de 500 m2 bénéficie d’une vue imprenable sur ce monument.

Techniquement, comment s’est effectué le montage de cette gigantesque charpente en épicéa d’un poids de 500 tonnes ?

Tous les éléments ont été préfabriqués en atelier. Sur place, on a commencé par réaliser l’intersection des deux nefs, en l’occurrence les deux immenses poutres en arc de cercle qui la dessinent. Elles mesurent chacune 30 mètres de long, mais se décomposent en quatre éléments.

Grand Palais Éphémère, Paris, 2021. © Patrick Tourneboeuf

Chacun d’eux a ainsi pu être transporté avec un camion « normal » et non par « convoi exceptionnel ». Puis, au fur et à mesure, tel un Meccano, les charpentiers ont positionné le reste, soit quarante-quatre portiques. Le concessionnaire du lieu, GL events, un spécialiste de l’événementiel, a l’habitude de concevoir ce genre d’installations temporaires, si bien que le montage a été réalisé en un temps record : sept mois.

Quelles ont été les contraintes thermiques et acoustiques, d’abord en regard du voisinage, ensuite par rapport à l’intérieur de l’espace lui-même ?

Le bruit était un point crucial, à fortiori pour les riverains. Le fait d’avoir opté pour une construction en bois a permis, d’un point de vue acoustique, de diminuer les nuisances au moment du chantier. Un chantier mettant en œuvre du béton est, de loin, beaucoup plus bruyant. Le Grand Palais Éphémère mesure 20 mètres de haut, et la hauteur à l’intérieur des voûtes est de 16,5 mètres. La différence, soit 3,5 mètres, constitue la couverture. S’y intercalent, outre la charpente, pas moins de sept couches d’isolation, thermique et surtout phonique. Sur le toit se déploie une membrane polyester transparente. À l’intérieur, la dernière couche est constituée d’un textile technique enduit d’un bleu très foncé. Cette couleur facilite les retransmissions télévisées, ce qui sera notamment utile lors des JO.

Y a-t-il des contraintes spécifiques liées à une foire d’art ?

La particularité du Grand Palais Éphémère est qu’il doit se plier à toutes sortes d’événements : du Saut Hermès à la Fiac, des défilés de la Maison Chanel aux Jeux olympiques. L’amplitude des typologies est pour le moins vaste. Pour les JO par exemple [le lieu doit abriter les compétitions dans deux disciplines : la lutte et le judo], il est prévu d’accueillir 9000 spectateurs. Le volume cruciforme permettra d’installer les terrains de sport au centre de la croix et de répartir les gradins dans les quatre côtés alentour.

En ce qui concerne les foires d’art comme la Fiac, la configuration de la voûte fait que, en périphérie de l’ensemble du bâtiment, se déploie une surface verticale standard de 3,8 mètres. Cela correspond à une cimaise de bonne hauteur, sur laquelle il est possible de réaliser un accrochage conséquent. De plus, on nous avait demandé, à l’intérieur, une hauteur de 15 mètres; celle-ci est finalement de 16,5 mètres. Enfin, le sol, en goudron, permet de faire entrer un camion sans rien abîmer, ce qui offre une grande liberté à chaque exposant pour y installer son stand à sa guise.

Grand Palais Éphémère, Paris, 2021. © Patrick Tourneboeuf

Seules deux manifestations, la Fiac (21-24 octobre) et Paris Photo (11-14 novembre), ont obtenu l’autorisation de la mairie de Paris de s’agrandir sur les pelouses du Champ-de-Mars. Comment gérez-vous cette extension ?

Ce n’est pas nous qui avons dessiné ce bâtiment provisoire d’une surface de 8000 m2, nous en avons simplement proposé l’implantation, dans l’axe du Grand Palais Éphémère. Nous avons néanmoins suggéré que cela ne soit pas une banale tente à deux pans, mais une structure avec une voûte, afin de rester dans l’esprit de l’édifice principal.

Qu’adviendra-t-il de cet édifice, « éphémère » par nature, à l’automne 2024 ?

Dès l’origine, ce bâtiment devait être provisoire, donc démontable, d’où le choix du bois. Le Grand Palais Éphémère peut ainsi être divisé en quatre à cinq morceaux distincts. Il a été conçu comme une somme d’éléments modulaires qui pourront renaître sous de multiples nouvelles formes dans d’autres lieux. Nous avons d’ailleurs déjà reçu des appels de municipalités intéressées, ainsi que des appels de maires qui, séduits par le Grand Palais Éphémère, seraient désireux de construire un édifice éphémère.