© Pierre Antoine

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À Paris, le musée Cernuschi sort de sa réserve

Après une rénovation de neuf mois, le musée des arts de l’Asie de la Ville de Paris a rouvert avec un nouveau parcours chronologique modernisé allant de la préhistoire au XXIe siècle, faisant la part belle à des pièces gardées dans les réserves et proposant une nouvelle scénographie.

Niché dans le cossu 8e arrondissement de Paris, à un vol d’oiseau du parc Monceau, l’hôtel particulier du collectionneur Henri Cernuschi, qui effectua un séjour mythique en Asie entre 1871 et 1873, est l’un des rares lieux japonistes qui subsistent au cœur de la capitale. Ouvert au public en 1898, il est aussi l’un des plus anciens musées de la Ville de Paris et joua à ce titre un rôle essentiel dans la formation du goût et l’inspiration des artistes. Il paraissait donc essentiel à Éric Lefebvre, qui en assure la direction depuis juin 2015, de ne pas sacrifier la dimension poétique et intimiste de ce lieu « proustien » à bien des égards. « L’ancienne muséographie de 2005 était entièrement monochrome. Nous avons décidé de renouer avec l’atmosphère originelle de cette maison-musée en remplaçant le gris préexistant par un rouge mat qui évoque à la fois les origines italiennes d’Henri Cernuschi, mais aussi la couleur des temples et de certains palais chinois. En revanche, nous avons conservé la mezzanine qui se déploie autour du Grand Bouddha du XVIIIe siècle, car elle apporte un indéniable gain de place », explique le directeur.

Vue de la salle Kwok du musée Cernuschi, à la nouvelle palette. © Pierre Antoine

Rendre justice aux collections, dont plus de la moitié n’était pas accessible au public, tout en élargissant le parcours à d’autres aires culturelles asiatiques que la Chine : tels étaient les autres axes de réflexion pour cette nouvelle présentation du musée, qui a rouvert au public le 4 mars. C’est ainsi 430 pièces jusqu’ici cantonnées aux réserves que le public découvre, sur les 650 exposées dans les salles. Enrichi d’importantes acquisitions (dont des éléments de char collectés dans les années 1930 provenant de la collection David-Weill), le parcours offre en outre des respirations inédites, comme cette section consacrée à l’art nomade des steppes, ou cet ensemble de céramiques du Vietnam collectées, là aussi, dans les années 1930…

« L’ancienne présentation était entièrement consacrée aux périodes anciennes et n’allait pas au-delà des Song, au XIIIe siècle de notre ère. Or, s’il est célèbre pour ses collections de bronzes archaïques, le musée Cernuschi possède aussi un fonds très riche de peintures et de céramiques qui ont fait l’objet de restaurations. En outre, nous avons décidé de scander le parcours avec des vitrines « Grand angle » pour aborder des thématiques transversales comme la culture de Dông Son au Vietnam, les « bleus et blancs » connus dans le monde entier pour leur décor, ou bien encore le mouvement Mingei au Japon, qui a influencé les designers », précise Éric Lefebvre.

Le musée Cernuschi, après son lifting. © Pierre Antoine

Avec ses cartels entièrement repensés pour plus de confort visuel, et ses éclairages LED révélant la finesse des décors et des techniques, le discours se veut en outre résolument didactique. La scénographie, qui joue sur la pédagogie, la couleur et le multimédia, a été confiée à l’Atelier Maciej Fiszer. Au fil des salles, des écrans tactiles offrent des informations inédites sur les œuvres ou l’origine des collections. Le visiteur a ainsi le loisir de manipuler virtuellement le couvercle de « La Tigresse » pour pénétrer à l’intérieur de ce vase archaïque en bronze du XIe siècle avant J.-C., ou peut se promener visuellement au cœur d’un majestueux rouleau sur soie décrivant l’arrivée de l’empereur Qianlong à l’Académie Hanlin en 1744…

Le musée Cernuschi, après son lifting. © Pierre Antoine

Ayant bénéficié d’un budget global de 2,3 millions d’euros (grâce aux contributions généreuses de la Ville de Paris et de la Société des Amis du Musée Cernuschi, mais aussi au mécénat du collectionneur hongkongais Peter Kwok, grand propriétaire de vignobles bordelais, et du ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme de la République de Corée), la rénovation du musée Cernuschi va mettre en lumière d’autres pans entiers de ses collections. Intégrée au parcours permanent, la « salle des peintures » offrira l’écrin idéal pour présenter au rythme de quatre rotations par an et dans des conditions optimales d’éclairage les fleurons des collections d’arts graphiques du musée : tableaux, rouleaux de papier ou de soie, éventails, paravents…

De même, l’art des XXe et XXIe siècles fait son entrée en majesté, illustrant les affinités et les échanges réciproques noués entre les artistes. Grâce à une exceptionnelle donation, une petite vitrine montre ainsi les poétiques expérimentations en céramique du peintre Zao Wou-ki au milieu des années 1950. Une révélation…

Musée Cernuschi, Musée des arts de l’Asie de la Ville de Paris, 7 avenue Vélasquez, 75008 Paris.