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À Jimei, les Rencontres d'Arles s'acclimatent à la Chine

Le festival chinois de photographie conçu en partenariat et sur le modèle des Rencontres d’Arles présente jusqu’au 5 janvier 2020 sa cinquième édition. La manifestation diffère à maints égards de son modèle français, ce qui lui confère sa réelle identité.

Ceux qui iraient à Jimei, district de la ville chinoise de Xiamen, en pensant découvrir un succédané d’Arles en seront pour leurs frais. La ville d’abord, grande métropole portuaire et industrielle d’environ cinq millions d’habitants, n’a rien en commun avec la petite cite arlésienne. L’emprise du festival sur Xiamen se trouve dès lors limitée à un périmètre réduit du district de Jimei, dans un quartier truffé de tours qui font songer à La Défense à Paris. Et pourtant, sur la dalle de l’esplanade, le visiteur se retrouve immédiatement plongé dans l’ambiance d’Arles, celle de la grande époque du Parc des Ateliers de la SNCF. Rien d’étonnant à cela, puisque c’est le même scénographe, Olivier Etcheverry, qui signe ici la mise en espace des expositions.

Li Qiang, Why Is our Memory Allways Black & White ?, 2019, installation. Courtesy de l’artiste. Photo : B.M. D.R.

Fondé en 2015 par le photographe chinois RongRong et Sam Stourdzé, le directeur des Rencontres d’Arles, le festival est dirigé depuis 2017 par un duo de Françaises établi à Pékin, Bérénice Angremy et Victoria Jonathan. Non thématique, il mêle photographie chinoise et occidentale. À chaque édition, huit expositions sont reprises des Rencontres d’Arles, notamment cette année les monographies de Philippe Chancel, Evangelia Kranioti, Tom Wood, Maté Bartha ainsi que l’exceptionnel dialogue conçu autour des tirages vintage d’Edward Weston et Lucien Clergue en provenance du Musée Réattu. Leurs configurations sont évidemment assez différentes de ce que l’on a pu voir cet été en Provence. Dans ce contexte, mention particulière doit être faite à la série de Guy Le Querrec qui a photographié la Chine au cours de plusieurs voyages dans les années 1980. Ces tirages et noir et blanc, jamais exposés et datant d’à peine plus de trente ans, donnent l’image d’une Chine rurale et urbaine à dimension humaine qui semble bien révolue. La photographie chinoise est doublement présente dans le festival : quelques artistes figurent dans le parcours général, comme Liu Ke et ses splendides images de lacs à la surface calme et laiteuse que viennent contredire les activités industrielles et touristiques, qui se déroulent sur ses berges, ou la jeune Luo Yang et ses portraits d’adolescents. Cette dernière est par ailleurs la lauréate du Prix des Femmes, décerné à l’une des participantes, quelle que soit la section où elle expose. Xue Ruozhe a quant à lui résolu le toujours latent conflit entre peinture et photographie en pratiquant les deux disciplines, travaillant sur les mêmes sujets, essentiellement des portraits, et quasiment les mêmes formats, ce qui entraîne une singulière ambiguïté.

Luo Yang, Youth. Jimei x Arles International Photo Festival 2019. Courtesy de l’artiste. Photo : B.M. D.R.

Comme à Arles, il existe un Prix Découverte – le Jimei x Arles Discovery Award – qui permet de mettre en valeur la jeune création nationale. Peu de points communs figurent entre les dix nominés, si ce n’est une multiplicité des pratiques, des matières et des supports, dont les projections vidéo et les installations. Ainsi, les sensibles vues d’intérieurs de la jeune Tang Jing paraissent presque classiques dans cet ensemble. Outre l’interpellant travail de la Taïwanaise Liu Yu sur les sans-abri qui squattent les couloirs et les parkings de la gare centrale de Taïpei, il faut souligner le travail de Yi Lian, par ailleurs lauréat du prix Discovery (doté d’environ 25 000 euros, soit une somme plus que conséquente pour la Chine) et ses hallucinants rêves qu’il met en scène dans de courtes vidéos. Ce travail de longue haleine sera exposé à Arles l’été prochain. La programmation du festival ne se limite pas à un dialogue entre photographie chinoise et européenne, elle s’ouvre également plus largement à l’Asie. En témoigne l’invitation faite au musée de la Photographie de Séoul qui, sous le titre « Romantic Melancholy », expose pour la première fois en Chine des tirages originaux de Brassaï, Giacomelli et Koudelka. Cette année, un focus est par ailleurs porté à Jimei sur une scène indienne toute en contraste et où le poids du passé colonial semble toujours très présent.

« Jimei x Arles International Photo Festival 2019 », jusqu’au 5 janvier 2020, Xiamen Three Shadows Photography Art Centre et Jimei Citizen Square Main Exhibition Hall, Xinglinwan Business Center, Jimei District, Xiamen, Chine.

Un important catalogue documente toute la manifestation.