Analyse
Patrimoine

Année anniversaire pour le Domaine de Chaumont-sur-Loire

Le domaine fête cette année les 30 ans du Festival international des jardins et les 15 ans de la Saison d’art qui offrira un riche programme.

Ce n’est plus un anniversaire, mais un véritable feu d’artifice ! En présentant le 2 février à Paris, le programme de la future Saison d’art du Domaine de Chaumont-sur-Loire, Chantal Colleu-Dumond a souligné l’activité de ce site qu’elle dirige depuis 2007 : « Cette année 2022, nous fêterons les 30 ans du Festival international des jardins, les 15 ans de la Saison d’art et, même, les 5 ans de la Saison photographique ». Son enthousiasme, en regard plus précisément de la nouvelle Saison d’art, s’est même teinté de lyrisme. « Chaque printemps, c’est une histoire différente qui s’écrit, souligne la directrice. Nous avons la chance d’avoir des publics extrêmement divers, des initiés, certes, mais aussi des gens qui ne sont pas forcément habitués aux expositions d’art contemporain. Atteindre le cœur de ceux pour qui l’art est un monde lointain, cela m’intéresse aussi ».

« ATTEINDRE LE CŒUR DE CEUX POUR QUI L’ART EST UN MONDE LOINTAIN, CELA M’INTÉRESSE AUSS I»

Alison Stigora, Seme. © Arte Sella / Giacomo Bianchi

Au menu de cette édition 2022 qui aura lieu du 2 avril au 30 octobre 2022, une vingtaine de créateurs, « à la fois des artistes de renommée internationale (Jaume Plensa, Carole Benzaken, Bob Verschueren…) et des artistes qui sont moins dans la lumière (Christiane Löhr, Katarzyna Kot-Bach, John Grade…) », précise Chantal Colleu-Dumond. Tous, en revanche, exhibent des œuvres ayant trait avec la nature, condition sine qua non à Chaumont.

Trois temps forts devraient rythmer cette nouvelle fournée, qui ont pour noms : Miquel Barceló, Davide Quayola et Jean Le Gac. Promise l’an passé, mais reportée pour cause de pandémie, la pièce de Miquel Barceló, une « grotte » en céramique bariolée, sera installée dans un bosquet du parc historique. Avec une œuvre numérique baptisée Effets de soir – « une création mondiale » – projetée sur quatre écrans monumentaux, Davide Quayola, lui, inaugurera la flambant neuve Galerie digitale, un espace de 300 m2 nouvellement aménagé dans les étages supérieurs de l’aile Est du château, qui sera exclusivement consacré à la création numérique. Enfin, Jean Le Gac, âgé de 85 ans, aura lui droit à « presque une rétrospective » (selon Chantal Colleu-Dumond), soit pas moins de neuf salles, pour une vaste présentation de son travail sous le titre, pour l’heure, de : « En plein air ».

Stéphane Guiran, Le chant des Ormes. © Stéphane Guiran

Outre ces trois expositions personnelles, 14 artistes, dont un duo, se déploieront un peu partout à l’extérieur ou en les murs des différents bâtiments du Domaine. Hormis quelques œuvres « invitées », comme les trois grandes sculptures en bronze de Jaume Plensa, qui accueilleront les visiteurs dans la cour de la ferme, la majorité des pièces ont fait l’objet d’une commande. « Le coût de production des œuvres oscille, chaque année, entre 400 000 et 450 000 euros », indique Chantal Colleu-Dumond. D’aucunes, comme celles de Miquel Barceló ou Davide Quayola, ont été entièrement financées par la Région Centre-Val de Loire. Certains artistes récupèrent leurs œuvres sitôt la Saison d’art achevée; d’autres, a contrario, proposent de les laisser in situ, selon des durées variables.

JEAN LE GAC, ÂGÉ DE 85 ANS, AURA DROIT À « PRESQUE UNE RÉTROSPECTIVE »

Pour Chantal Colleu-Dumond, cette présentation de la programmation artistique 2022 a aussi été l’occasion de livrer quelques chiffres, à commencer par le taux de fréquentation de la précédente saison. « À cause des fermetures dues aux confinements successifs, nous avons eu une baisse de visiteurs de l’ordre de 30% par rapport à une année ’’normale’’ », précise-t-elle. Un chiffre conséquent, certes, mais moindre comparé à de grandes institutions comme les musées du Louvre et d’Orsay ou le château de Versailles, lesquels accusent une baisse de 70% (ou plus) par rapport à 2019. Le budget annuel de fonctionnement, lui, s’élève à 10 millions d’euros, dont 75% d’autofinancement, détaille la directrice. Les 25% restants proviennent des subventions octroyées par la Région, puis le département du Loir-et-Cher, enfin, dans une mesure moindre, le ministère de la Culture. À elle seule, la billetterie rapporte 4 millions d’euros par an.

« IL MANQUAIT, À CHAUMONT, UN LIEU DE DÉBAT. »

Katarzyna Kot-Bach, Mouvement perpétuel NID. © Katarzyna Kot-Bach

Cerise sur le « château », histoire de « prolonger l’expérience du Domaine », comme le dit Chantal Colleu-Dumond, est prévue, d’ici à l’été – sauf retard –, l’ouverture d’un hôtel de 39 chambres. « C’était quelque chose que les visiteurs nous demandaient depuis longtemps », assure-t-elle. Le projet comprend à la fois la restauration d’une ancienne ferme qui menaçait ruine, ainsi qu’une extension confiée à l’architecte Patrick Bouchain. « Ce sera aussi un endroit pour y développer un programme de rencontres, avance la directrice. Il manquait, à Chaumont, un lieu de débat. » Ce « Centre de réflexion » devrait accueillir des rencontres mensuelles sous un intitulé qui déjà fleure bon la nature : « Les Conversations sous l’arbre ».

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Domaine régional de Chaumont-sur-Loire, 41150 Chaumont-sur-Loire.