La galeriste Claire Burrus s’est éteinte ce 25 octobre, à l’âge de 86 ans, un an après la disparition de son compagnon Daniel Soutif. Née le 8 février 1940 à Marcilly-en-Villette, près d’Orléans, Claire Burrus, née Deschamps, a étudié le droit et l’histoire avant de travailler chez le commissaire-priseur Étienne Ader.
En 1974, elle ouvre la galerie Le Dessin au 43, rue de Verneuil, dans le 7e arrondissement, consacrée exclusivement à ce médium à l’époque sous-représenté sur le marché de l’art parisien. Quatre ans plus tard, la galerie s’installe au 27, rue Guénégaud, dans le 6e arrondissement. Claire Burrus y expose Jacques Villeglé, Erró, mais aussi Marcel Broodthaers, Jean Degottex et de jeunes artistes. En 1982, elle présente une exposition de dessins réalisés par Bob Wilson autour de deux de ses spectacles, la mise en scène de l’opéra Medea de Gavin Bryars et Great Days in The Morning, conçu avec la cantatrice soprano Jessye Norman. En 1984, lorsque son associée Marie-Hélène Montenay part créer sa propre galerie non loin, rue Mazarine, Claire Burrus ferme la galerie Le Dessin.
L’année suivante, elle inaugure la galerie Claire Burrus au 30-32, rue de Lappe, dans le 11e arrondissement, derrière la place de la Bastille, avec pour ambition de montrer une nouvelle génération d’artistes français. Prenant le contre-pied de la tendance néofigurative dominante sur la scène parisienne, elle privilégie le post-conceptuel et le post-minimalisme. Elle défend notamment Philippe Thomas, Michel Verjux, Felice Varini ou Paul-Armand Gette.
À partir de la fin des années 1980, la programmation de la galerie s’ouvre à l’international. L’artiste multimédia anglaise d’origine canadienne Angela Bulloch, associée aux très en vogue Young British Artists (YBA), y fait sa première exposition française. En quête d’un plus grand espace, la galerie déménage en 1990 au 16, rue de Lappe. En 1991, elle accueille les sculptures de Charles Ray, puis Rudolf Stingel. Rachel Whiteread y présente, elle aussi, sa première exposition en France en 1993. L’enseigne a consacré des expositions personnelles à Michael Snow, Ettore Spalletti, Hirsch Perlman, Nils Udo, Paul Graham…
Après la fermeture de la galerie en 1997, Claire Burrus se consacre à l’œuvre de Philippe Thomas. Suivant le vœu de l’artiste, disparu en 1995, quelque 70 œuvres seront données à des musées. Une donation de ses archives a été effectuée en 2015 à la Bibliothèque Kandinsky du Centre Pompidou.
Entre 2003 et 2006, Claire Burrus assure la programmation de la galerie du Centre culturel français de Milan. Elle y présente, parmi d’autres plasticiens hexagonaux, Laurent Grasso, Loris Gréaud, Mathieu Mercier ou Valérie Mréjen. Elle organise aussi Flirt, un festival de films autour des productions d’Anna Sanders Films, rassemblant des artistes tels que Dominique Gonzalez-Foerster, Charles de Meaux, Philippe Parreno, Pierre Huyghe, Apichatpong Weerasethakul ou Ange Leccia.
« Claire reste surtout pour moi un regard lumineux sous un casque de cheveux gris quel que soit son âge – je lui ai toujours trouvé un faux air de Paula Cooper, lui rend hommage la critique d’art et journaliste Élisabeth Lebovici sur Instagram. Elle a été aussi une personne qui m’a fait piquer un nombre considérable de fous rires, tant elle était facétieuse. »




