Yinka Shonibare : The Wind, the Earth and the Fire
Tout autant que la critique postcoloniale, le concept d’hybridation est au cœur de l’œuvre de Yinka Shonibare. Le wax hollandais, union de l’Afrique, de l’Indonésie et de l’Europe, dont il a multiplié les usages, en est le puissant symbole. « The Wind, The Earth and the Fire » réunit des œuvres appartenant à deux grandes séries récentes de l’artiste, en présence de l’un de ses emblématiques Refugee Astronaut. Les Wind Sculptures sont des œuvres en bronze peint exécutées d’après des photographies de coupons de wax agitées par le vent. L’idée est, selon Shonibare, de « défier la gravité ». Les trois sculptures dispersées dans la galerie y apportent un élan ethno-futuriste, comme des monuments élevés au wax et à l’instant. Manifestations de pure joie, ces abstractions prennent appui sur l’œuvre construite par l’artiste depuis trois décennies.
Les Nature Works sont des quilts comprenant des éléments de broderie. Une part d’entre eux représente des oiseaux et des singes menacés du continent africain, sous le regard de masques ou de sculptures traditionnels. Ces mêmes masques ou sculptures que collectionnait Pablo Picasso auquel les quilts s’adressent aussi par l’emploi du motif d’Arlequin. L’autre part de ces tableaux textiles montre des sites d’exploitation pétrolière avec de larges flammes colorées en patchwork correspondant au torchage du gaz. Le message d’alerte sur l’épuisement des richesses et le désastre écologique en cours s’accompagne d’une somptuosité qui le rend d’autant plus marquant.
Du 13 octobre au 28 novembre 2026, Mennour, 5 rue du Pont de Lodi, 75006 Paris

Vue de l’exposition « Jacques Villeglé : le flâneur » à la Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois. Courtesy Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois. Photo Aurélien Mole
Jacques Villeglé : Le flâneur
« Lacéré anonyme, mythe collectif 1959 » : Jacques Villeglé (1926-2022) a écrit cela sur une de ces ardoises d’écoliers qu’entre 2000 et 2007 il a remplies de citations tracées au correcteur liquide avec son graphisme socio-politique. Paraphrasant Joseph Beuys, grand usager lui aussi de l’ardoise, Jacques Villeglé aurait pu dire que telle était sa contribution à l’histoire de l’art. Cette exposition, inaugurée avant la rétrospective du musée Carnavalet, célèbre le centenaire par un riche choix d’affiches lacérées de Placards de journaux et de quelques jalons marquants de l’œuvre : la sculpture en fil de fer ou Pénélope, le film conçu avec Raymond Hains.
L’année 1959 est également celle d’une pièce à cheval entre surréalisme et abstraction : des formes biomorphiques de teinte claire qui déchirent un ciel constellé (Avenue Colette Villiers, 25 janvier 1959). Cela pourrait être un salut adressé à la peinture de son temps, avant de ne plus s’attacher qu’à suivre les mouvements de son époque et l’évolution de l’expression publique. Parmi tant d’œuvres flamboyantes qui tirent profit des lés de couleur, on trouve une grande pièce avec beaucoup de vide, beaucoup de gris, mais qui conserve au centre et presque intacte la phrase : « Au Nom de quelle liberté ? », et, tout en bas, il y a la photo d’un pianiste de concert en queue-de-pie. L’œuvre de 1970 fait comme une élégie aux grandes journées de révolte dont les échos ne sont pas encore éteints.
Les Placards de journaux, les affiches lacérées des années 1990 à base de promotions de minitel rose et d’appels surtaxés transmettent un sentiment d’une autre nature. D’un côté, les superpositions et les raccourcis qui créent des messages inattendus à partir d’une masse d’informations. De l’autre, le partage d’une fascination pour ces débordements de l’intime dans l’espace public.
Enfin, L’Opération quimpéroise de 2006, hommage rendu à l’artiste par l’affichage et la lacération de son visage au sourire d’enfant sur les murs de la ville, vient clore ce concentré de Villeglé.
Du 11 septembre au 31 octobre 2026, Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, 36 rue de Seine, 75006 Paris

Vue de l’exposition « David Medalla : Le Désir Cinétique » à la Baró Galleria, Paris. Courtesy Baró Galeria. Photo Hafid Lhachmi
David Medalla : Le Désir Cinétique
David Medalla (1942-2020) fut une figure pionnière dans l’élargissement des frontières conceptuelles et territoriales de l’art. L’invention des Bubble Machines qu’il expose dès 1964, et auxquelles Marcel Duchamp rendit hommage, tend à éclipser une œuvre hors norme de sculpteur, performeur et activiste. Pour expliquer l’origine de ses pièces, Medalla avait coutume de mêler théorie, épiphanies et récits intimes. « Le Désir Cinétique » expose une Bubble Machine à trois cylindres de verre acrylique, un Stitch in Time, en même temps qu’un tableau peint à 18 ans, et de nombreux documents relatifs à la revue et à la galerie Signals dont Medalla fut le principal animateur dans le Londres au milieu des années 1960.
Les Bubbles Machines ont marqué un dépassement du minimalisme et un premier pas vers le bio-cinétisme que l’artiste poursuivra avec le sable et avec la boue. Il disait avoir cherché pour la sculpture l’équivalent de ce qu’était la cellule pour l’organisme : une matière capable de se multiplier. Mais, il pensait aussi au Nuage en pantalon de Maïakovski et, dans un poème, il évoque les bulles qui se forment dans ses larmes de tristesse ou de joie.
Medalla se sentait proche des néo-concrétistes brésiliens, comme en attestent les lettres qu’il a adressées à Lygia Clark. Comme eux, il voulait poursuivre dans la voie inaugurée par Mondrian, que ce soit par la performance titrée Mondrian in Excelsis ou par des projets d’action, comme celui qui aurait consisté à faire peindre par des avions une œuvre du maître du néoplasticisme dans le ciel des Philippines.
Les Stitch in Time sont des morceaux de toile, de taille modeste, ou démesurée, comme à la Documenta 5 de 1972, sur laquelle chacun pouvait venir coudre ou broder quelque chose. Ce type d’œuvres a pu prendre une coloration très ouvertement politique dans les années 1970.
Rasheed Araeen avait déclaré un jour qu’écrire sur Medalla était comme vouloir enfermer un éléphant dans une cage à oiseau. Lui consacrer une exposition présente une difficulté comparable. Celle-ci en forme de portrait relève élégamment le défi.
Du 11 septembre au 24 octobre 2026, Baró, 12 Galerie Véro-Dodat, 75001 Paris

Vue de l’exposition « Bill Brand : Through Lines » à la Galerie Arnaud Lefebvre. Courtesy de l’artiste et Galerie Arnaud Lefebvre. Photo Galerie Arnaud Lefebvre
Bill Brand : Through Lines
Bill Brand est, comme il se qualifie lui-même, anonymement célèbre. En 1980, il a créé pour le métro new-yorkais une installation lumino-cinétique visible quotidiennement par les usagers des lignes B et Q. Masstransiscope est l’un des très rares exemples de cinéma expérimental à s’adresser à un public large. L’œuvre se présente comme une peinture murale de près d’une centaine de mètres dans une station abandonnée qui fait se succéder des formes géométriques et biomorphiques entrecoupées de bandes verticales éclairées. La vitesse de passage des rames produit, par un effet comparable à celui du zootrope, une brève séquence de métamorphoses de figures géométriques et biomorphiques. Combinant un intérêt poussé pour les mathématiques, la musique répétitive et le cinéma des origines, Brand s’est également illustré dans le cinéma élargi, notamment avec Pong Ping Pong, projection-performance créée en 1971 dans laquelle le projecteur diffuse en tournant l’image fragmentée d’une partie de tennis de table sur vingt-quatre écrans verticaux disposés en cercle autour du public. Outre des maquettes et photos des deux œuvres précitées, l’exposition propose une anthologie de larges extraits de quelques-uns des joyaux du cinéma structurel qu’il a réalisés. L’un d’eux est Angular Momentum (1973) : des transformations chromatiques allant du presque blanc au presque noir d’un côté de l’écran, et du presque blanc au noir de l’autre, les vitesses de rotation et les degrés d’intensité variant. L’artiste, dans certains de ses films, emploie une trame de points qui préfigure la pixélisation de l’image numérique.
Parallèlement à son travail de cinéaste, Bill Brand dessine les portraits de ses amis ou peint les lieux qu’il habite ou visite, à la façon d’un diariste. L’exposition rend compte de ce foisonnement d’activités et de recherches.
Du 17 septembre au 31 octobre 2026, Galerie Arnaud Lefebvre, 10 rue des Beaux-Arts, 75006 Paris




