Il était une figure de la photographie en France. Avant même qu’elle ne suscite l’engouement qu’on lui connaît aujourd’hui, il fut l’un des pionniers de son marché en ouvrant, dès 1974, un an avant celle inaugurée par Agathe Gaillard, la galerie Octant dédiée au médium. Rejoint en 1995 par Françoise Paviot, son épouse, rédactrice en chef de la revue Interphotothèque Actualités, puis de Coursive, le journal interne du Centre Georges Pompidou, ils créent la galerie Françoise Paviot, située au 57 rue Sainte-Anne, dans le 2e arrondissement de Paris.
L’expertise d’Alain Paviot a très tôt été reconnue à l’international, des premiers tirages du XIXe siècle aux maîtres de la modernité, parmi lesquels Man Ray ou Brassaï. Il s’est notamment occupé des archives de Charles Nègre (1820-1880) avec la famille du photographe. Ses découvertes ont rejoint les collections d’institutions de premier plan, du J. Paul Getty Museum à Los Angeles au musée d’Orsay à Paris.
La galerie Françoise Paviot a organisé plus de 180 expositions et publié une cinquantaine d'ouvrages et catalogues, dont beaucoup restent des références, du catalogue en boîte Man Ray / Duchamp (1992) à la collection de livres au format poche Paviotfoto.
« Nous aimons la photographie intelligente, avec une prédilection par exemple pour le mouvement de l’Institute of Design de Chicago et son illustre représentant Laszlo Moholy-Nagy, écrivent les Paviot sur le site de leur galerie. Nous aimons la photographie qui ne se construit pas uniquement sur la notion de spectacle mais celle produite par des artistes qui mènent une recherche dans la durée. »
Défricheur, spécialisé dans les tirages vintage, des débuts de la photographie à des images scientifiques ou peu connues des années 1970, le couple était aussi attaché à montrer ses contemporains – en France : Juliette Agnel (Prix Nicéphore Niepce 2023, désormais défendue par la galerie Clémentine de la Ferronnière), Alain Fleischer, Benjamin Deroche ou encore Raphaël Chipault.
« Il a fait sa carrière tout seul, nous a confié Françoise Paviot. Je pense qu'un de ses grands talents, c'est d'avoir su choisir. Savoir prendre une décision est une qualité. Lorsqu’il allait aux puces, lors d’une vente aux enchères ou, disons, devant beaucoup de photos, il disait : “Je prends celle-là”. Il avait l’œil. Il a commencé en déballant par terre à Montreuil, puis de fil en aiguille, a su saisir des occasions et avancer. C'est construire un regard, un engagement, en cinquante ans de galerie, et autant de catalogues. On n'insiste pas suffisamment sur le fait que les galeristes, qui ne se prennent pas pour des historiens de l'art ou des conservateurs, ont aussi une part dans l'écriture de l'histoire de la photographie. De grands artistes ont été découverts par des marchands avant que les musées ne les reconnaissent. Je viens en ce sens de donner les archives de la galerie à la Bibliothèque Kandinsky du Centre Pompidou. Je reçois beaucoup d'hommages qui soulignent qu'Alain avait une immense culture, qu'il connaissait bien son sujet. Une galerie, ce n'est pas uniquement vendre des œuvres, c'est aussi les aimer, les connaître et approfondir ses connaissances. Il avait deux formules favorites. Quand on lui disait, telle photo coûte tant, il répondait : “Le papier ne refuse pas l'encre”. Il disait aussi souvent : “Une bonne photographie, c'est une photographie vendue”. »




