La nouvelle exposition du Turner Prize (26 septembre 2026-29 mars 2027), présentée au Middlesbrough Institute of Modern Art (Mima), rattaché à la Teesside University, dans le nord-est de l’Angleterre, offre « un fascinant panorama des arts visuels en Grande-Bretagne aujourd’hui », selon Alex Farquharson, directeur de la Tate Britain.
Les artistes retenus cette année abordent des questions d’actualité telles que « la pensée écologique, la précarité humaine, la géopolitique du pétrole et l’expérience de la désindustrialisation dans le nord de l’Angleterre », ajoute-t-il.
Les quatre artistes en lice sont Tanoa Sasraku, Marguerite Humeau, Simeon Barclay et Kira Freije, chacun nommé pour une exposition personnelle présentée au cours de l’année écoulée.

Détail de Morale Patch de Tanoa Sasraku. Photo : David Levene
Né à Plymouth, Tanoa Sasraku présente Morale Patch, une installation qui explore les instruments et les organisations favorisant l’extractivisme, c’est-à-dire l’exploitation des ressources naturelles à des fins d’exportation et de profit. Dans un environnement volontairement oppressant – impression renforcée par la forte odeur du sol en caoutchouc –, des presse-papiers contenant du pétrole brut sont disposés sur une structure centrale en damier évoquant l’eau et le désert (Watchlist, 2025).
Française installée à Londres, nommée au prix Marcel-Duchamp en 2019, Marguerite Humeau crée des sculptures à partir de matières naturelles aussi diverses que la cire d’abeille, du bois de noyer vieux de 150 ans, une levure vieille de 4 500 ans ou encore une culture issue de champignons cultivés par les termites.
« Je suis frappé par la qualité de la présentation des œuvres. Chacune crée une scène […] ; à chaque fois, on pénètre dans une installation ou un univers, parfois cinématographique ou théâtral, explique Alex Farquharson à The Art Newspaper. Les sujets abordés sont très différents. Il faut toujours y introduire la dimension humaine. L’installation de Marguerite traite du vivant et nous ramène à une échelle plus petite, nous rappelant que nous avons pris beaucoup trop de place dans l’environnement naturel. »

Vue de The Ruin de Simeon Barclay. Photo David Levene
Simeon Barclay a transformé sa performance The Ruin (2025) en une intervention architecturale. Au Mima, celle-ci comprend un échafaudage baigné d’une lumière rouge, accompagné d’une pièce sonore parlée d’une heure consacrée à l’identité masculine, aux classes sociales et à la race. L’œuvre évoque la construction de l’autoroute M62, axe trans-Pennines reliant l’ouest à l’est de l’Angleterre, réalisée entre 1957 et 1976. Pour l’artiste, né à Huddersfield, cette nouvelle route ouvrait la voie vers d’autres horizons et aventures. Des images de son enfance, montrant notamment des objets de la vie quotidienne, complètent l’ensemble.
« C’est l’une des transpositions les plus radicales qu’un artiste ait eu à réaliser entre l’œuvre pour laquelle il a été nommé et celle qu’il présente dans le musée, et ce choix n’a rien de gratuit », souligne Alex Farquharson, également président du jury du Turner Prize.

Vue de Unspeak the Chorus de Kira Freije. Photo David Levene
Originaire de Londres, Kira Freije a réalisé des sculptures à l’apparence fragile à partir de bandes d’acier, dotées de visages, de mains et de pieds moulés en aluminium. Ces figures squelettiques, affalées sur un canapé ou se tenant le ventre, côtoient des formes animales dans une salle dominée par des parois réfléchissantes ponctuées de lumières. Une légère brume enveloppe les pièces, réunies dans un espace spécialement aménagé.
« Je continue de penser que le Turner Prize compte vraiment. J’ai connu une période où sa formule a été sérieusement mise à l’épreuve, avant et après le Covid […]. Du point de vue de son format, il a résisté à l’épreuve du temps et à cette mise sous tension. Le British Art Show [dont la 10e édition ouvrira le mois prochain à Coventry] et le Turner Prize offrent toujours une vision particulièrement juste du monde de l’art », poursuit Alex Farquharson.
Certains médias ont qualifié Middlesbrough de « capitale britannique du crime » après une série de faits divers très médiatisés, parmi lesquels la mort récente de cinq hommes et de deux policiers dans une collision frontale. Dans The Observer, la critique Laura Cumming écrit : « Il serait difficile d’imaginer en 2026 un télescopage plus brutal entre l’art et la vie que celui de Middlesbrough et du Turner Prize […]. Peut-être le Turner Prize aidera-t-il la ville à se relever, murmure quelqu’un [lors de l’ouverture]. » Alex Farquharson insiste de son côté sur le fait que l’événement constitue « quelque chose d’extrêmement positif » et que « Middlesbrough le mérite pleinement ».
Le jury de cette édition est composé de Sarah Allen, responsable de la programmation de la South London Gallery ; Joe Hill, directeur du Yorkshire Sculpture Park ; Sook-Kyung Lee, directrice du Whitworth, à Manchester ; et Alona Pardo, directrice de l’Arts Council Collection. Le lauréat sera annoncé le 10 décembre 2026 lors d’une cérémonie au Mima. Il recevra 25 000 livres (environ 29 000 euros), tandis que les trois autres artistes se verront attribuer chacun 10 000 livres (environ 11 700 euros).
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« Turner Prize 2026 », du 26 septembre 2026 au 29 mars 2027, Middlesbrough Institute of Modern Art (Mima), Centre Square, Middlesbrough, Royaume-Uni.




