Si la question des restitutions a connu de spectaculaires évolutions ces dernières années, au bénéfice notamment des pays africains, l’un des principaux dossiers reste cependant en suspens depuis des décennies : celui des marbres du Parthénon. C’est au début du XIXe siècle que Lord Elgin, ambassadeur britannique à Constantinople, obtint des autorités ottomanes, qui occupaient à cette époque la Grèce, une autorisation dont la portée reste aujourd’hui contestée. Sur l’Acropole, qui dominait alors une petite ville de l’Empire ottoman, les agents au service de l’Écossais travaillèrent de 1801 à 1805 à détacher des éléments de la frise, des métopes et des sculptures des frontons pour les envoyer en Grande-Bretagne. Après avoir été ruiné, Lord Elgin décida finalement de vendre en 1816 sa collection à l’État britannique, qui la confia au British Museum. C’est là tout le nœud du problème : le British Museum considère cette acquisition comme légale, tandis que la Grèce conteste la légitimité du prélèvement des sculptures et revendique leur restitution. Athènes s’est même dotée en 2009 d’un nouveau musée de l’Acropole, conçu par l’architecte Bernard Tschumi avec le Grec Michael Photiadis, pour accueillir ces sculptures.
La presse britannique a encore fait part récemment du blocage des négociations entre Londres et Athènes, notamment parce que la loi britannique empêche le musée de se défaire définitivement des sculptures. Pour en garantir la légalité, il faudrait que soit modifié le British Museum Act de 1963. Le gouvernement britannique, par la voix d’Ian Murray, a réaffirmé le 10 septembre, dans une réponse écrite à la Chambre des communes, qu’il n’avait « aucun projet de modifier la loi » afin de permettre le transfert définitif des sculptures du Parthénon.
Rebondissant sur le prêt par la France de la Tapisserie de Bayeux, le directeur du British Museum, Nicholas Cullinan, a récemment déclaré au Financial Times que l’accord franco-britannique concernant le chef-d’œuvre médiéval pourrait servir de modèle à un accord de prêt portant sur les marbres. Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a catégoriquement rejeté cette proposition, comme il l’a affirmé dans une tribune publiée par The Guardian le 24 septembre : « Personne n’envisagerait sérieusement de couper en deux ce qui subsiste de la Tapisserie, d’en exposer une moitié à Londres et l’autre à Bayeux, puis de prétendre que cela permet de la comprendre convenablement. C’est pourtant exactement ce qui est arrivé aux sculptures du Parthénon. Un chef-d’œuvre unique a été divisé, et les éléments qui en subsistent sont aujourd’hui principalement répartis entre Londres et Athènes. » Et de poursuivre : « la Grèce ne peut accepter aucun accord qui l’obligerait à reconnaître la propriété du British Museum sur les sculptures, ni aucun dispositif qui nous conduirait à "emprunter" des éléments de notre propre monument ».
L’actuel Premier ministre britannique Andy Burnham s’était par le passé déclaré favorable à la restitution à la Grèce des marbres du Parthénon. Récemment, il a confié au Financial Times : « En définitive, [la restitution des marbres] relève du British Museum, n’est-ce pas ? » Avant d’ajouter : « Juridiquement, c’est à ce niveau que la question se pose, mais je suis tout à fait favorable au recours à la diplomatie culturelle britannique. C’est une approche que je soutiens pleinement. » La porte n’est peut-être pas définitivement fermée sur l’un des plus importants enjeux patrimoniaux européens.





