En 1990, l’art aborigène franchissait une étape majeure dans sa reconnaissance internationale avec les deux artistes Rover Thomas et Trevor Nickolls invités à exposer dans le pavillon australien à la 44e Biennale de Venise. Il faudra attendre 2002 et la 11e édition orchestrée par Okwui Enwezor pour qu’une représente de cette culture, Destiny Deacon, participe à la Documenta de Cassel et soit confrontée à la crème de l’art contemporain international. Il faut dire que ce n’est qu’au tout début des années 1970 que ces motifs, employés jusque-là dans des contextes cérémoniels et des peintures au sol notamment, ont été transposés sur des panneaux et des toiles. Cette révolution, impulsée en particulier par un enseignant, Geoffrey Bardon, donna naissance au mouvement de Papunya Tula, associé à des artistes comme Clifford Possum Tjapaltjarri ou Johnny Warangkula Tjupurrula.
Ces deux artistes, mais aussi Rover Thomas, sont présents dans la collection de la Fondation Opale fondée en 2018 à Lens, en Suisse, par Bérengère Primat, qui a réuni depuis vingt ans près de 1 900 œuvres aborigènes de près de 440 artistes. Ce lieu est l’un des rares au monde à être consacré exclusivement à ces artistes, avec la Kluge-Ruhe Aboriginal Art Collection, de Charlottesville, en Virginie (États-Unis). C’est justement en partenariat avec cette dernière structure que la Fondation Opale présentera du 13 décembre 2026 au 11 avril 2027 l’exposition « Anangu Putinguru. Peuple Spinifex du désert » consacrée à l’art de cette communauté isolée implantée dans le Grand Désert de Victoria. Cette présentation entendra notamment rendre hommage à ce peuple dont le territoire fut le théâtre d’essais nucléaires britanniques dans les années 1950 et 1960. Parmi ces artistes figurera Timo Hogan, qui expose actuellement une toile monumentale sur laquelle apparaît Wananpi, le serpent d’eau, au macLYON dans le cadre de la 18e Biennale d’art contemporain de Lyon. La Fondation Opale a en effet noué un partenariat avec la grande manifestation de la capitale des Gaules dont le commissariat est cette année assuré par l’Australienne Catherine Nichols. Avec raison, la curatrice a décidé, au sein de « Passer d’un rêve à l’autre », de proposer un focus sur la scène océanienne, conviant des artistes aborigènes mais aussi de Nouvelle-Zélande. Une cérémonie māorie d’accueil a d’ailleurs marqué l’ouverture des journées professionnelles de la biennale au musée d’art contemporain. De son côté, Timo Hogan viendra présenter son travail aux Grandes Locos le 10 décembre 2026.
D’autres occasions permettront bientôt de se familiariser davantage avec ces artistes aborigènes, notamment à la Foire Art Paris, au printemps 2027, qui a fait de l’Australie son invité d’honneur. À cette occasion, la Fondation Opale proposera une exposition inédite au sein du Salon et a passé une commande à l’artiste Archie Moore, lauréat du Lion d’or à la Biennale de Venise en 2024, pour le parvis du Grand Palais. Pour placer l’art aborigène au cœur de Paris !




