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L'actualité des galeries
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Couvre-lit à damier, télégrammes et horloge

Patrick Javault
18 septembre 2026
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Vue de l’exposition « Santiago de Paoli : Riding Hot » à la Galerie Jocelyn Wolff, Paris. Photo Chloé Philipp. Courtesy de l’artiste et Galerie Jocelyn Wolff, Paris

Vue de l’exposition « Santiago de Paoli : Riding Hot » à la Galerie Jocelyn Wolff, Paris. Photo Chloé Philipp. Courtesy de l’artiste et Galerie Jocelyn Wolff, Paris

L'actualité des galeries

Un choix d'expositions proposées dans les galeries par le critique d'art Patrick Javault

Santiago de Paoli : Riding Hot

« Riding Hot », double exposition dans deux galeries, est une impressionnante plongée dans l’univers de Santiago de Paoli. Chez Jocelyn Wolff, les espaces sont littéralement envahis par des tableaux de grand format. Certains sont surmontés d’un toit de cuivre qui les tire vers l’architecture, d’autres sont posés au sol et appuyés l’un sur l’autre comme on le ferait pour une visite d’atelier. On voit même l’un d’eux à cheval entre deux murs d’angle.

Ces œuvres dépeignent des intérieurs ou des paysages avec un caractère onirique plus ou moins marqué. Les figures sont sans visages, des mélanges de robot et d’humain. Phallus et volants de voiture, parfois associés, s’y montrent de manière récurrente, comme pour aller au-devant des décrypteurs d’inconscient. Si cette vision d’un monde mécanisé évoque Futurisme, peinture métaphysique ou Bauhaus (Oskar Schlemmer particulièrement), Santiago de Paoli peut aussi peindre plus simplement le monde vu de sa fenêtre. Tel paysage, en effet, semble visiblement inspiré des environs de Stamford, dans l’État de New York, où il réside.

Un diptyque nous paraît résumer assez bien la façon dont l’artiste peut associer dans son œuvre le quotidien et les rêves. Sur le panneau de gauche, couvert d’un toit, un croissant de lune sur fond noir prend toute la place et fait comme une parenthèse ouverte. Sur le panneau de droite, c’est un couvre-lit à damier, vu dans une perspective déformée, qui occupe la plus grande part d’une représentation de chambre à coucher. Une figure allongée, paraissant entre deux mondes, se cramponne à un volant dont la barre de direction disparaît dans le couvre-lit. Un autre diptyque, adossé au mur adjacent, montre d’un côté une famille à table, et de l’autre une figure sous la douche. Les deux pièces sont entièrement carrelées de manière à accentuer le caractère futuriste, voire dystopique de ce quotidien d’humanoïdes. Par jeu, Santiago de Paoli a fait disposer près d’un des tableaux un vase avec des fleurs sur un guéridon.

La porosité entre les espaces est particulièrement mise en évidence dans l’un des deux tableaux exposés à la galerie Abraham & Wolff, et conçu pour le lieu. Il représente une longue ligne d’individus ramenés à la plus simple expression qui se tiennent appuyés sur une rampe entre deux portes. Ces dernières sont inspirées de celle de l’atelier de l’artiste, la rampe de celle que l’on voit dans la galerie. Le quotidien et les rêves, la réalité du travail et le contexte de sa diffusion, la peinture de Santiago de Paoli peut tout embrasser.

Du 10 septembre au 7 novembre 2026, Galerie Jocelyn Wolff, 1 rue de Penthièvre, 75008 Paris

Du 11 septembre au 10 octobre, Abraham & Wolff, 12 rue des Saints-Pères, 75007 Paris

Vue de l’exposition « Robert Filliou : Une histoire chuchotée de l’art » chez la Peter Freeman, Inc, Paris. Courtesy Peter Freeman, Inc

Robert Filliou : Une histoire chuchotée de l’art

Le centenaire de la naissance de Robert Filliou est l’occasion d’un hommage à la Biennale de Lyon et d’une riche réunion d’œuvres à la galerie Peter Freeman. Plutôt qu’influent, Robert Filliou fut et demeure inspirant pour les artistes comme pour ceux qui réfléchissent sur l’art. L’un des jalons les plus célèbres de son enseignement est l’invention du principe d’équivalence décliné de trois façons : bien fait, mal fait, pas fait. Principe d’équivalence(1969) en donne l’illustration avec des chaussettes rouges. Dans la catégorie du « pas fait », on découvre un portrait de Joseph Beuys, et dans celle du « mal fait », un miroir marqué du nom de Dieue, le « e » final restant visible bien qu’effacé. Ce dernier exemple révèle que le principe inventé par Filliou peut déborder l’histoire de l’art et s’élever à un doute de nature métaphysique. Qui est le créateur et qui a mal fait quoi dans cette affaire d’image ?

Bien des facettes de Robert Filliou sont ici réunies : le goût pour les œuvres mobiles, les sculptures télépathiques, l’engagement dans la vidéo et l’importance donnée aux multiples, deux moyens de diffusion de la pensée.

Marins et capitaines du temps jadis (1980) rassemble sur un mur des briques, des morceaux de brique, des bouts de carton avec trois trous pour en faire des visages, et des bateaux en papier. Ce tableau-relief délimité par un simple fil de laine coloré dénote un attachement à des formes d’art populaire. À l’opposé de cette beauté mélancolique, il y a la fulgurance de cette série de six télégrammes adressés six jours d’affilée depuis Vancouver à Marianne Filliou en France (Five or Six Telegrams on Violence, 1973). Collés sur un panneau de caisse de livraison en bois, ils énoncent trois jours de suite des affirmations sur la violence, et l’avant-dernier jour apparaît simplement le mot « love ». Le dernier télégramme est un post-scriptum : « love is violence ».

Du 10 septembre au 7 novembre 2026, Peter Freeman, Inc., 7 rue de Montpensier, 75001 Paris

Vue de l’exposition « Christian Marclay » chez White Cube, Paris. © Christian Marclay. Photo © White Cube (Nicolas Brasseur).

Christian Marclay

Aussi bien dans sa riche carrière de « turntablist » avant-gardiste que dans ses expositions, les disques vinyles et leurs pochettes n’ont cessé d’accompagner Christian Marclay. Cette exposition constituée exclusivement de monotypes et de collages est une nouvelle exploration offerte par les pochettes en carton des disques et les chemises de protection en papier avec leur œilleton central.

Les œuvres de la série Sleeves and Covers sont des compositions en damiers de monotypes exécutées à partir de pochettes et de chemises intérieures de 45 tours ou de 78 tours encrées et passées sous presse. Combinaisons de rectangles dans différents tons de gris, du pâle à l’anthracite, avec des trouées de lumière correspondant au cercle central lorsqu’il existe, elles portent de fines craquelures, témoignages visibles d’un attachement voire d’une passion pour l’écoute musicale. Des logotypes, noms de labels, ou motifs psychédéliques fournissent quelques repères en même temps qu’une distraction dans ces œuvres à l’austérité revendiquée.

Les Oculi sont également des compositions en damier, à une exception près qui trace, elle, une ligne. Cette fois, des chemises en papier et leurs fenêtres circulaires sont placées comme des caches sur des pochettes de disque. Leur réunion est dictée par un thème : musiciens qui sourient, artistes aux yeux fermés et même un coucher de soleil en sept étapes présentées en ligne. Christian Marclay use de chemises papier de différentes couleurs pour former des camaïeux ou des jeux de complémentaires. Vanitas réunit seize 33 tours sur fond de pochette blanche avec, en guise de macaron central, des détails de pochettes : cigarette, cierges, bougies, fleurs et même, ce qui n’étonnera personne, une horloge.

Du 9 septembre au 10 octobre 2026, White Cube Paris, 10 avenue Matignon, 75008 Paris

Vue de l’exposition « Morgan Courtois : Essence » chez Balice Hertling. Courtesy de l’artiste et Balice Hertling

Morgan Courtois : Essence

Un film visible en vitrine depuis la rue, Sketch for a smell, Gabriel, sert d’introduction à « Essence », la nouvelle exposition de Morgan Courtois. C’est un clip tourbillonnant et scintillant autour d’un visage d’éphèbe. À l’intérieur de la galerie sont présentées des compositions en porcelaine blanche sur d’imposants socles noirs avec, aux murs, des photographies. Les sculptures en porcelaine ont été faites à partir de moulages de différents récipients : vases élégants, jarres, bouteilles d’alcool, coupes, flacons en plastique, et ceux-ci ont été empilés et inondés de résine pour créer des modèles de fontaines. À la vision d’une violence dirigée contre les objets se superposent des images de trophées architecturaux ou d’ossuaires. Ces compositions fixent le souvenir de parfums et d’instants d’ivresse, d’odeurs de produits d’entretien ou d’hygiène corporelle. Leur succession crée une atmosphère de décadentisme.

Aux murs leur répondent des photos encadrées d’amaryllis, de vigoureuses jambes de marbres ou le buste d’une Vénus du même matériau. Sur un sac en papier brillant de couleur fuchsia est scotchée une image d’une sensualité provocante : une gorge masculine ceinte d’une épaisse chaîne dorée.

On trouve au sous-sol de la galerie un ultime arrangement sculptural où deux empilements de vasques, et l’une solitaire, portent des roses fraîches. Les photos fixées sur des sacs en papier capturent sur des colonnes, chandeliers ou fauteuils, des figures d’angelots, comme des éclairs de mémoire. Objets et images délivrent une poétique de l’excès et de la perte.

Du 10 septembre au 10 octobre 2026, Balice Hertling, 84 rue des Gravilliers, 75003 Paris

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