L’exposition réunit d’un côté des pièces de design développées dans le cadre des programmes de résidences d’AlUla et de la Villa Hegra, en Arabie saoudite, et de l’autre, une sélection d’œuvres de la Collection Lafayette Anticipations-Fonds de dotation Famille Moulin. Les propositions d’une douzaine de designers sont appelées à « entrer en résonance » avec une sélection d’œuvres d’artistes issues de ladite collection. En regard des pièces fonctionnelles, les œuvres d’art – une table ?, un frigidaire ?, une chaise de jardin ? –, disent évidemment davantage que leur simple esthétique. La table aux formes angulaires et à l’aspect minéral Le Plateau de l’artiste Eve Gabriel Chabanon avec l’artisan-stucateur Abou Dubaev s’avère, en réalité, être un « support de discussions sur les difficultés rencontrées par les créateurs et créatrices en situation d’exil ». Le frigidaire aux portes ouvertes Ego, he goes (Fridge selfspeech and shine love consciousness - Period !) de Gaëlle Choisne fustige, entre autres, capitalisme et société de consommation. Enfin, ce Prototype pour une chaise de jardin de Mathieu Mercier, perforé de contours irréguliers dans le dossier et les accoudoirs façon ready-made revisité, questionne la place de l’objet quotidien dans l’art.
Présentées dans le cadre de la Paris Design Week, les propositions des designers montrent que le paysage désertique saoudien marque à l’envi les esprits, parfois de manière littérale. Ainsi en est-il de ces formations rocheuses typiques de la région d’AlUla. Elles ont inspiré à la Saoudienne Aseel Othman Alamoudi un ensemble de pièces de mobilier urbain, comme un banc – The Curve – ou un siège – The Dot –, réalisées en sable de quartz imprimé en 3D telles des guimauves d’un rouge profond. Ou, au duo amstellodamois ThusThat, la banquette circulaire Harrat installée dans la cour, faite de scories luisantes issues de l’industrie sidérurgique enserrant un volume sculpté en basalte, roche naturelle emblématique de cette région volcanique. Idem, enfin, avec le tandem tunisien Altin, dont la bibliothèque Wadi, qui suggère de monumentales concrétions, est constituée d’une trentaine de pieds épais en bois de palmier soutenant une poignée d’étagères en acier rouillé.
Star des oasis, le palmier est, lui aussi, minutieusement exploré. Le duo Altin a aussi conçu un auvent suspendu, Waha, en tressant les feuilles dudit arbre. Le designer basé à Abidjan Paul Moustapha Ledron, lui, a créé un ensemble mobilier sur le thème de la pause ou du repos, dont la méridienne Dunan Dalan aux revêtements textiles beiges traités façon cyanotypes, arborant des motifs d’ombres portées de palmiers.
À la fois designeuse et chercheuse, Ori Orisun Merhav a usé des gaines foliaires qui entourent le tronc dudit arbre, considérées habituellement comme des résidus agricoles, les a pressées et enduites d’une gomme-laque produite par une cochenille pour créer, par thermo-durcissement, des luminaires translucides aux silhouettes biomorphiques. A contrario, le tandem indien Raw Material, fondé par Dushyant Bansal et Priyanka Sharma, a, lui, choisi la géométrie et le papier de chanvre pour imaginer une série de lampes contenues dans des structures en bambou.
Lumière encore au dernier étage du bâtiment, mais cette fois naturelle et agrémentée de… son, avec ce Sound System actionnable grâce à l’énergie solaire et imaginé par le Français Paul Emilieu Marchesseau, résultat de sa résidence, en 2025, à la Villa Hegra. « J’ai travaillé avec les ressources et les contraintes propres au territoire d’AlUla, explique le designer. L’objet a été entièrement réalisé in situ avec un réseau d’artisans locaux, ainsi que, pour la partie sonorisation, avec l’expertise de la société marseillaise PikiP Solar Speakers, spécialisée en sonorisation innovante ». Ainsi, ce « système son » autonome monté sur roues fonctionne avec quatre panneaux photovoltaïques également montés sur un châssis à roues tout-terrain. « ll suffit d’ouvrir ces panneaux solaires 2 ou 3 heures pour avoir ensuite une autonomie de 24 h », précise Paul Emilieu Marchesseau.
De quoi « sonoriser et alimenter en électricité des ateliers nomades entre l’oasis et le désert ». Et de soleil, le désert saoudien n’en manque point.
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« Vie des formes », du 8 au 13 septembre 2026, Lafayette Anticipations, 9, rue du Plâtre, 75004 Paris




