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Entretien

Jérôme Pantalacci : « Marseille attire de plus en plus »

Entretien avec le fondateur et directeur d’Art-o-rama, qui présente le Salon et son contexte marseillais.

Propos recueillis par Alexandre Crochet
26 août 2026
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Jérôme Pantalacci. © saywho saymika

Jérôme Pantalacci. © saywho saymika

Avec 18 nouvelles participations, la foire se renouvelle pour près de la moitié cette année. Comment cela s’explique-t-il ?

Il est vrai que nous avons toujours eu un fort taux de renouvellement des exposants. Les premières années, car nous avions alors très peu d’exposants, nous renouvelions totalement les galeries d’une année sur l’autre. Nous avons toujours cherché à faire venir à Marseille des galeries qui n’étaient jamais venues en France, voire en Europe. Et nous avons également très vite accueilli des enseignes pour qui nous étions leur première Foire. C’est effectivement une part de notre identité d’être un Salon de découverte. Nous tenons à cet esprit de tête chercheuse, de renouvellement.

Cette fraîcheur, est-ce ce qui attire justement les visiteurs à Art-o-rama ?

Cela y contribue fortement ! S’y ajoute la liberté laissée aux exposants d’organiser à leur guise leur stand pour s’éloigner du modèle classique. Cela permet aux galeries de prendre des risques, de tenter, de tester, de pouvoir être plus radicales et de développer des projets avec leurs artistes. C’est pourquoi nous avons des visiteurs habitués, curieux, qui apprécient des propositions plus curatées que ce qu’ils peuvent voir sur d’autres foires, où ce type de projets reste limité.

Cette liberté semble une composante essentielle d’Art-o-rama, surtout dans un contexte où les galeries souffrent…

Cela fait partie de nos missions d’accompagner et d’encourager les projets curatoriaux, portés par les galeries et développés par leurs artistes et de proposer des stands sur mesure. Nous avons toujours fait en sorte de contrôler les coûts, d’avoir des frais de participations le plus bas possible et des frais annexes à prix coûtant afin d’encourager ces projets. Limiter les coûts permet finalement aux galeries de contrôler le prix des œuvres, de faire en sorte qu’ils restent cohérents. Donc, les collectionneurs, privés comme publics, s’y retrouvent car les prix n’ont pas besoin d’être délirants juste pour couvrir les frais de participation à la Foire. Et ainsi l’ensemble du salon est probablement ainsi moins ennuyeux que d’autres.

Vue d’Art-o-rama 2025. Photo Margot Montigny. Courtesy Art-o-rama

Quelles nouvelles régions du globe sont-elles représentées cette année ?

Nous accueillons pour la première des galeries de Sydney, Tokyo ou encore Lima. L’année dernière, nous avions reçu une galerie de Shanghai. Nous avons souvent accueilli des enseignes des États-Unis, nous en avons encore cette année, et depuis trois ans, Keijiban, basé à Kanazawa, au Japon, dans la section Édition. Mais, c’est vrai qu’en couvrant un spectre allant de Lima à Sydney, c’est la première fois que nous sommes aussi étendus géographiquement. Cela signifie que nous sommes identifiés au niveau global.

La part des galeries locales et françaises reste-t-elle substantielle ?

Les galeries françaises représentent cette année 22,5 %. Nous avons toujours eu, selon les années, entre 20 et 30 % de galeries hexagonales. L’articulation de l’international et du local demeure aussi une part de notre identité. Cette année, 18 pays sont représentés.

Parmi les Françaises, un tiers est marseillais, ce qui me semble symptomatique du développement de la ville. Finalement, cela montre qu’il est tout à fait possible d’exister depuis Marseille. D’ailleurs, une nouvelle galerie ouvrira à l’occasion d’Art-o-rama, Mad Max. Elle aurait pu ouvrir à Paris. Elle a fait le choix de Marseille, où l’immobilier reste abordable, ce qui permet d’avoir un programme ambitieux, jeune, sans être déconnecté d’une scène internationale et tout en ayant une vraie audience locale.

Vue d’Art-o-rama 2025. Photo Margot Montigny. Courtesy Art-o-rama

Que représente Art-o-rama pour les jeunes galeries ? Un tremplin ?

Certainement. Je pourrais citer entre autres des galeries comme Eli Kerr, de Montréal, qui est venue en 2023, puis que l’on a pu voir à Liste, puis à Art Basel. Ou Romance, de Pittsburgh, présente en 2025, qui était cette année à Liste. Pour les deux, Art-o-rama a été leur première foire européenne. Art-o-rama est aussi parfois la toute première foire, comme pour la galerie Madragoa, de Lisbonne, devenue cette année Consonni Radziszewski, avec une première participation en 2016. Elle est présente maintenant sur toutes les plus importantes foires internationales. Ou encore, en 2021, des galeries comme Nicoletti, de Londres, ou sissi club, de Marseille, qui participaient alors pour la première fois à un Salon, et que l’on retrouve dans de nombreux événements internationaux depuis. Sans parler de galeries qui ont été importantes pour Art-o-rama et qui ont été longtemps au comité, comme Ciaccia Levi, Crèvecœur ou, plus tard, sans titre et Sophie Tappeiner.

Art-o-rama est ancré à Marseille. Quelle est la part d’artistes français ou non installés à Marseille qui seront représentés à la Foire ?

Sur la cinquantaine d’artistes présent(é)s par les galeries, cette année, peu vivent à Marseille : Amandine Guruceaga, présentée par Clara Darrason ; Thomas Mailaender, avec Double V ; et Ken Sortais, avec Galeria Alegria. On pourrait ajouter Nicolas Daubanes sur le stand de Maubert, qui a longtemps été basé à Marseille. Il y a aussi des artistes qui vont présenter un projet réalisé dans la ville, comme Lukas Städler chez Dittrich & Schlechtriem. Il y en a aussi quelques-uns dans le secteur édition, comme Pascal Navarro sur le stand d’Atelier Vis-à-Vis. Ensuite, nous avons bien sûr, sur la section Prix Région Sud, beaucoup d’artistes et de designers basé(e)s dans la ville. Marseille attire de plus en plus, et nous sommes heureux de donner une présence à la scène locale, même en dehors du Salon. Dans nos Parcours, nous planifions aussi des visites d’ateliers et d’espaces d’exposition, et nous annonçons beaucoup d’initiatives qui ouvrent à l’occasion. C’est important que les personnes qui viennent à Marseille pour Art-o-rama puissent rencontrer les artistes et autres acteurs et actrices de l’art de la ville.

Vous avez choisi de faire du réemploi textile un axe fort de cette édition. Comment cette démarche se traduira-t-elle concrètement à Art-o-rama 2026 ?

Nous allons effectivement proposer un focus sur le recyclage de textile. Marseille est pionnière dans la slow fashion. Nos tote bags seront issus du réemploi, plutôt que d’en produire de nouveaux. Nous allons aussi proposer une collection de t-shirts, eux aussi venant de circuits de recyclage, en collaboration avec la marque marseillaise Baixe. Un atelier de sérigraphie, pensé avec Tchikebe, proposera aux visiteurs et visiteuses de venir avec un ancien tote bag pour le faire sérigraphier avec l’identité d’Art-o-rama 2026. C’est une façon de se poser des questions sur notre système de production et de consommation.

Enfin, le contexte marseillais est particulièrement riche cette année autour d’Art-o-rama…

L’événement important pour nous, à Marseille, même s’il est d’abord national, est la Saison Méditerranée 2026. Beaucoup de propositions de toutes sortes se déroulent dans la ville et plus particulièrement à la Friche la Belle de Mai. Trois expositions sont visibles pendant Art-o-rama. Les monographies de Zineb Sedira, portée par la Friche, de Mona Benyamin, organisée par Triangle-Astérides, et celle d’Abdessamad El Montassir, que nous produisons. Car FRÆME, [organisatrice] d’Art-o-rama, produit également des expositions. La Saison Méditerranée 2026 sera aussi présente sur le Salon, avec des projections de films suivies de discussions qui seront liées à la Méditerranée. Karima Célestin proposera une projection d’un film de Younès Ben Slimane, suivie d’une discussion avec SOS Méditerranée. Les curatrices Mathilde Walker-Billaud et Samia Labidi s’entretiendront avec l’artiste Ohan Breiding autour de son film Belly of a Glacier in Constellations, qui suit le fil du Rhône jusqu’à ce qu’il rejoigne la mer. Sonia D’Alto, critique d’art et chercheuse, reviendra sur le groupe d’artistes pacifistes et féministes Le Nemesiache, qui a été actif dans les années 1970-1980 à Naples et sur la côte amalfitaine, dont la pratique était fortement ancrée en Méditerranée.

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« Art-o-rama », du 28 au 30 août 2026, Friche la Belle de Mai, 41 rue Jobin, 13003 Marseille.

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