Le pape du pop s’invite dans le Finistère… juste en face de New York. Avant de devenir l’artiste iconique que l’on connaît, identifiable à sa perruque peroxydée et à ses couleurs flashy, Andy Warhol fut d’abord Andrew Warhola, fils d’immigrés de l’actuelle Slovaquie, natif de l’industrielle Pittsburgh, en Pennsylvanie. C’est dans la « ville de l’acier » qu’a ouvert en 1994 la principale institution dédiée à son œuvre, The Andy Warhol Museum, avec laquelle le Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture a conçu cette exposition bretonne qui devrait combler les néophytes autant que les fins connaisseurs.
Un art populaire
Quelque 200 œuvres originales, sélectionnées par Amber Morgan, la commissaire, ont été prêtées par le musée américain : peintures et sérigraphies, objets, photographies, films et archives… certaines emblématiques, d’autres dévoilant des aspects moins connus de la carrière de l’artiste – à l’image des dessins de souliers ou de cartes de vœux, alors qu’il n’est encore qu’illustrateur publicitaire, dans les années 1950 à Manhattan. Après ces travaux de jeunesse, il s’empare des produits de consommation courante, brouillant les frontières entre art commercial et Beaux-Arts. Le pop art reprend à son compte l’efficacité visuelle des logos et du design industriel. Glorification ou critique de la consommation ostentatoire ? Bouteilles de Coca-Cola, boîtes de soupe Campbell’s et caisses de lessive Brillo côtoient Marilyn Monroe et Jackie Kennedy ; des Polaroids de Jean-Michel Basquiat, Joseph Beuys ou Grace Jones ; une série de portraits mondains qui firent sa fortune – Truman Capote, Yves Saint Laurent… « À l’avenir, chacun aura droit à son quart d’heure de célébrité mondiale », avait-il prédit. Autre classique, une lithographie de la licencieuse banane sur la pochette de l’album The Velvet Underground & Nico (1967).
Parmi les 500 courts métrages produits entre 1964 et 1966 à la Factory, où les visiteurs étaient invités à s’asseoir devant une caméra fixe, trois screen tests sont projetés dans un espace à part. Entre Edie Sedgwick et Marisol, Marcel Duchamp fume un cigare, l’œil facétieux. Une autre salle déploie, sur le thème du mythe américain, une immense toile au motif camouflage, une peinture de dollar, Donald Duck et Ronald Reagan, Hollywood… Le parcours s’achève avec deux tableaux de la Trump Tower (1981) et Statue of Liberty (1986), peinture acrylique réalisée pour son centenaire, un an avant la mort de l’artiste. La mention d’une boîte de biscuits Fabis y rappelle les origines françaises du monument – conclusion symbolique fort à propos de ce partenariat transatlantique.
« Inspirées des images et des objets du quotidien qu’il introduit dans le champ de l’art, [ses œuvres] bousculent les codes, s’enthousiasme Michel-Édouard Leclerc. L’art devient populaire. De là à penser que c’est dans les rayons d’un supermarché que cet artiste génial a eu l’inspiration qui l’a conduit à transformer et influencer durablement notre culture… Il n’en fallait pas moins pour nous lancer dans ce projet et nous attaquer au mythe ! » Et le collectionneur de planches de bandes dessinées, qui se qualifie volontiers de « fils d’épicier de Landerneau », de rappeler qu’ici même est né, après-guerre, l’empire de la grande distribution qu’il dirige aujourd’hui. Andy Warhol, précurseur, l’affirmait : « Quand on y pense, les grands magasins sont des sortes de musées. »
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« Warhol, un mythe américain », 6 juin 2026-24 janvier 2027, Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture, Aux Capucins, 29800 Landerneau.




