Quelles sont vos motivations pour candidater à la présidence de l’association Suivez la flèche ?
La motivation, c’est de rendre service à la collectivité. Je sais qu’il existe des tiraillements au sein du conseil d’administration, et des inquiétudes se font jour sur la suite des opérations, car il faut encore trouver 4,5 millions d’euros. Un certain nombre d’intervenants – État, région, département, métropole, les financeurs, notamment le Centre des monuments nationaux (CMN) et la Fondation du patrimoine – m’ont sollicité pour sortir d’une impasse politique ou politicienne, c’est selon. J’ai parlé avec les différents élus, à commencer par le maire de Saint-Denis, Monsieur Bally Bagayoko. Mon objectif est de rassembler, donner la parole à tout le monde, mettre ma notoriété au service de cette cause. J’essaye d’être un facilitateur, un réconciliateur. Je ne fais pas de politique. Mon seul parti est le patrimoine. C’est en cela que je peux jouer un rôle. Je n’ai rien à y gagner, à part peut-être prendre des coups. Le but est que l’élan qui a été initié ces dernières années ne soit pas arrêté.
Vous êtes de longue date un ardent défenseur du patrimoine. Pourquoi vouloir vous engager dans ce chantier plus particulièrement ?
Depuis 2017, je préside la mission « Patrimoine en péril », confiée par le président de la République Emmanuel Macron. Or, en 2014, son prédécesseur, le président François Hollande, m’avait déjà demandé de parrainer la flèche de la basilique de Saint-Denis. Je veux être fidèle à la parole que j’ai donnée en m’engageant pour la flèche. J’ai été présent pour les différentes étapes, y compris la pose de la première pierre en 2025. Ce n’est donc pas ex nihilo. Je continue un combat que j’ai mené depuis le début. Ce combat pour le patrimoine réunit les gens, quelles que soient nos convictions, nos appartenances, nos origines. C’est un chantier que j’ai visité plusieurs fois, et je me suis rendu compte à quel point ce patrimoine pouvait fédérer les énergies et donner de l’espoir aux jeunes Dionysiennes et Dionisyens. Beaucoup ont visité le chantier et ont décidé de s’engager dans les métiers du patrimoine. Des jeunes de tous horizons. Et ça, c’est une chance incroyable pour l’avenir de la France.
La nécropole des reines et des rois de France, la basilique qui a lancé l’art gothique, se dresse au cœur d’une des villes les plus jeunes et multiculturelles du pays. Ce chantier-école représente-t-il à vos yeux une opportunité de changer le regard sur les quartiers populaires ?
Oui, absolument. Le mot de « banlieue », qui veut dire des lieux bannis, en quelque sorte, qu’on met au ban, tout cela doit cesser. Le patrimoine n’est pas réservé à certains – j’allais dire, à une « ancienne France ». Au contraire, il se partage et appartient à tout le monde, en premier lieu aux habitants de Saint-Denis, qui doivent se l’approprier. Certes, à l’origine, c’est une basilique royale, mais je trouve formidable que des jeunes que j’ai rencontrés sur ce chantier-école aient envie d’y participer et ne se posent pas la question d’une appartenance religieuse ou culturelle. En ce sens, ce chantier est tout à fait exemplaire. Il montre combien le patrimoine peut réconcilier les mémoires, créer du lien, refaire nation.
Suivez la flèche a développé, en partenariat avec la Fondation du patrimoine, une méthode de parrainage numérique des pierres de la flèche, permettant aux entreprises et particuliers de contribuer à leur financement. En tant que président du comité de parrainage, vous mobilisez mécènes et grand public autour de ce projet emblématique. Parmi les engagements avancés dans le document de profession de foi pour votre candidature à la présidence de l’association, vous évoquez aussi l’intensification du mécénat international engagé aux États-Unis.
Je pense que mon nom donne confiance. L’exemple de la mission Bern avec la Fondation du patrimoine illustre que l’argent est bien employé ; beaucoup de mécènes et d’entreprises sont mobilisés. C’est ce modèle un peu exemplaire que j’ai envie d’incarner pour Suivez la flèche, c’est-à-dire apporter le carnet d’adresses et montrer aux financeurs que l’on va réussir ce pari. J’ajoute qu’il faut avoir la confiance de l’État, à qui appartient la basilique. Ce dernier engage de l’argent, comme le département (Seine-Saint-Denis) et la région Île-de-France. Valérie Pécresse, sa présidente, soutient ma candidature, de même que le préfet, qui siège au conseil d’administration. J’ai une lourde responsabilité. Mon engagement est de rassurer les mécènes et les financeurs.
« La tradition n’est pas le culte des cendres mais la préservation du feu », pour reprendre Jean Jaurès. Votre engagement pour le patrimoine s’inscrit-il dans cette vision contemporaine plus que passéiste ?
Certains aimeraient considérer que c’est un combat clivant. J’aime beaucoup Amine Kassid, qui sous le nom « Amine le Conquérant » fait découvrir sur les réseaux sociaux l’histoire et le patrimoine à des centaines de milliers de jeunes. Je lui ai apporté publiquement mon soutien lorsqu’il a été la cible de gens qui considèrent que la France des châteaux est une France d’un autre temps. D’abord, je ne supporte pas les propos racistes, ensuite, c’est un contresens. Au contraire, le patrimoine doit être offert à tous en partage. On m’a demandé lors d’une visite si je ne croyais pas qu’il s’agissait d’un chantier catholique et royal. J’ai répondu qu’il fallait interroger les jeunes qui y travaillent. Évidemment, la diversité des origines, des confessions de tous, montre bien que le patrimoine n’est pas un combat d’arrière-garde.
Au XIXe siècle, la cause du patrimoine a été défendue par Victor Hugo, Prosper Mérimée et Eugène Viollet-le-Duc. Ils avaient alors tous les trois moins de 30 ans. Depuis leurs combats, on arrête de détruire le passé. Cette basilique avec un chantier-école permet à des jeunes de Saint-Denis de trouver un emploi, et une sorte d’attachement à cette ville qui les a vus naître sans leur offrir beaucoup de promesses. Là, tout d’un coup, cela leur donne vraiment un engagement pour l’avenir. Cela vaut pour toute la France. Avec la mission Bern, nous avons réalisé 1 090 chantiers de sites patrimoniaux ; cela donne du travail à des dizaines de milliers de personnes. C’est un partage de savoir-faire, d’excellence à la française, de métiers d’art, mais aussi de connaissances et de valeurs, qui appartiennent à la France d’aujourd’hui. J’ai beau aimer l’histoire, je ne vis pas dans le passé.




