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Martin Margiela solde ses souvenirs aux enchères

Le 9 juillet 2026, à Paris, Maurice Auction et Kerry Taylor Auctions dispersent 195 lots issus des archives personnelles de Martin Margiela, datant de 1984 à 2008. Croquis de jeunesse et garde-robe du designer résonnent comme un legs, celui de la mode star des années 1990 à 2000.

Nicolas Denis
6 juillet 2026
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Martin Margiela - Maison Martin Margiela, Blouse blanche personnelle de Martin Margiela, 1988-2008. Blouse en coton blanc Signée «Martin» par lui-même. Courtesy Maurice Auction x Kerry James Auctions

Martin Margiela - Maison Martin Margiela, Blouse blanche personnelle de Martin Margiela, 1988-2008. Blouse en coton blanc Signée «Martin» par lui-même. Courtesy Maurice Auction x Kerry James Auctions

Cette semaine aux enchères

Chaque semaine, la rédaction de The Art Newspaper France propose une sélection de ventes aux enchères qui attireront l'attention des collectionneurs.

Les 195 lots de la vente des archives Martin Margiela organisée par Maurice Auction et Kerry Taylor Auctions permettent de lever le voile sur un homme secret qui a toujours refusé de se raconter en dehors de ses créations. Un croquis au Pentel, une paire d’escarpins prototypes en cuir marron, un dossier de presse du Concours de la Canette d’Or présenté à l’Hôtel Métropole de Bruxelles en 1983 : la vente commence avant la légende, quand Martin n’est qu’un jeune créateur anversois photographié par Karel Fonteyne. Pour illustrer la genèse d’une maison de couture sont proposés des dessins de jeunesse estimés entre 300 et 1 500 euros, un dossier de presse (est. 2 000-3 000 euros) et surtout une sorte de manifeste daté de 1987 : Un Œil surréaliste dans les Ateliers Couture (est. 5 000 à 8 000 euros). Ce document de travail réunissant des dessins, des fac-similés et des collages définit, un an avant sa création, l’esthétique de la future Maison Martin Margiela. « J’ai senti qu’il était temps de me séparer d’une partie de mes souvenirs liés à la mode, écrit le designer en préface du catalogue. Après une longue réflexion, c’est l’idée de faire le bonheur de plusieurs collectionneurs et institutions qui m’a finalement décidé à les laisser partir dans le monde. »

Martin Margiela - Maison Martin Margiela, Un Oeil surréaliste dans les Ateliers Couture, premier dossier illustrant la future Maison Martin Margiela, 1987. Courtesy Maurice Auction x Kerry James Auctions

La garde-robe personnelle de Martin Margiela peut être perçue comme un testament, celui d’un créateur atypique dans un univers où la marque signifie beaucoup plus que les artefacts, mais aussi celui d’un âge d’or où la mode rayonnait bien plus intensément que les étoiles de Hollywood. Sa blouse blanche, l’uniforme d’atelier porté de 1988 à 2008 – vingt ans de créations résumés par un vêtement de travail ! – est estimée entre 6 000 et 10 000 euros. Suivent un T-shirt en jersey blanc « No Logo » des années 2000 (est. 200-300 euros), un pantalon de marin en toile blanche (est. 600-1 000 euros), un jean automne-hiver 2007-2008 (est. 600-1 000 euros), une paire de bottines en cuir patiné (est. 300-500 euros), ou, enfin, un T-shirt beige du printemps-été 2008, sa dernière collection (est. 200-300 euros).

Martin Margiela, qui refusait toute interview ou portrait, vend des vêtements qui lui ressemblent, reflétant son image et donnant ainsi à voir son « vrai » visage. Le catalogue réserve d’autres surprises comme la garde-robe de Léa Bouchet, mère du designer, section entière de pièces Hermès venues de l’époque où son fils dessinait pour la maison. Des archives, encore et toujours, qui racontent une œuvre inscrite dans une histoire familiale.

Martin Margiela - Maison Martin Margeila - Palais Galliera, 1991 - Exposition « Le Monde Selon Ses Créateurs ». Paire de bottines Tabi recouvertes de graffitis, 1991. Courtesy Maurice Auction x Kerry James Auctions

Parmi les hightlights dispersés par Maurice Auction, figure une paire de bottines Tabi couvertes de graffitis, portée en 1991 pour l’exposition « Le Monde selon ses créateurs » au Palais Galliera à Paris (est. 30 000-50 000 euros). Suivent un pull, pièce unique en chaussettes de coton gris, refait par Martin Margiela pendant le confinement de 2020, d’après sa collection automne-hiver 1991-1992 (est. 25 000-40 000 euros), et des miniatures exécutées à la même période, dont un gilet en éclats d’assiettes d’après la collection « El Globo » (est. 8 000-12 000 euros).

La vacation, dont l’exposition publique est scénographiée par le designer Bob Verhelst, ami proche de Margiela, se tient dix-huit mois après la vente de la collection Angela et ElenaPicozzi riche en pièces du même créateur, et qui avait connu de très belles envolées sous le marteau de la commissaire-priseur Salomé Pirson (plus de 100 000 euros pour Un costume en laine noire et blanche à pois, Printemps-Été 1990 estimé au départ entre 2 500 et 3 500 euros !). Nul doute que cette provenance « ultime » contribuera un peu plus, ici encore, à la légende Martin Margiela.

--

« Martin Margiela, Personal archives, archives personnelles », jeudi 9 juillet 2026, Maurice Auction x Kerry Taylor Auctions, 71, rue de la Fontaine au roi, 75011 Paris, www.mauriceauction.com

Marché de l'artEnchèresModeKerry Taylor Auctions Maurice AuctionMartin Margiela
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