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« Tout laisse penser » que le meurtre en Pologne d’un artiste dissident russe est un assassinat politique

Le Premier ministre polonais a déclaré que le meurtre de Robert Kuzovkov « constituerait un acte de terrorisme d’État » s’il était établi que la Russie en est à l’origine.

Sophia Kishkovsky
18 juin 2026
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L'artiste russe Robert Kuzovkov assassiné le 15 juin 2026. Photo D.R.

L'artiste russe Robert Kuzovkov assassiné le 15 juin 2026. Photo D.R.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk a déclaré mercredi 17 juin 2026 à Varsovie que « tout laisse penser » que le meurtre, le 15 juin dans l’est de la Pologne, de Robert Kuzovkov, artiste dissident russe, était un assassinat politique.

« Tout laisse penser qu’il s’agissait d’un assassinat politique, mais nous devons attendre des preuves et des éléments plus concrets », a déclaré Donald Tusk à la presse, selon l’Agence de presse polonaise, avertissant que l’affaire « constituerait un acte de terrorisme d’État » s’il s’avérait que la Russie était à l’origine de ce meurtre.

Robert Kuzovkov, qui travaillait sous le pseudonyme de Semyon Skrepetsky, était âgé de 44 ans et était père de cinq enfants. Il a été abattu de trois balles en plein jour, alors qu’il marchait sur un trottoir à Biala Podlaska, la ville où il vivait depuis son installation en Pologne en 2021.

Ses caricatures, souvent grotesques, tournaient en dérision aussi bien des figures historiques que des dirigeants contemporains, parmi lesquels le dictateur soviétique Joseph Staline ; le président russe Vladimir Poutine ; le dirigeant de la République tchétchène Ramzan Kadyrov ; le président biélorusse Alexandre Loukachenko ; Alexeï Navalny, opposant anticorruption et bête noire de Vladimir Poutine, mort en prison en 2024 ; ou encore le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Dans l’une d’entre elles, il avait représenté Vladimir Poutine en nourrisson dans les bras de Staline, dans une image inspirée des icônes orthodoxes russes montrant la Vierge Marie tenant l’enfant Jésus.

En mai, Robert Kuzovkov s’était rendu à Venise pour participer à une manifestation contre la présence de la Russie à la Biennale.

Le Kremlin et Ramzan Kadyrov ont été accusés de cibler et de faire assassiner des dissidents ayant fui le pays. La Russie est également soupçonnée d’avoir organisé des incendies et d’autres attaques, parfois en recrutant des exécutants rémunérés via Telegram, l’application de messagerie et de réseau social fondée par le milliardaire d’origine russe Pavel Durov.

Robert Kuzovkov publiait régulièrement ses caricatures sur sa page Telegram, intitulée « Semyon Skrepetsky’s Picture Gallery ». Le 14 juin, il y avait posté plusieurs images de lui tenant l’icône Staline-Poutine lors d’une manifestation devant l’ambassade de Russie à Berlin, près de la porte de Brandebourg. Le même jour, il avait publié un YouTube Shortsur une chanson de Rammstein, dans lequel on le voyait sortir un drapeau russe de son postérieur avant de le jeter à la poubelle. Son tout dernier message, publié le 15 juin, le jour de sa mort, montrait des captures d’écran de menaces proférées contre lui sur les réseaux sociaux, dont l’une se concluait ainsi : « Il faut six secondes pour te trouver. Alors prépare-toi. »

Deux Biélorusses arrêtés après le meurtre ont été remis en liberté, selon les autorités polonaises. Biala Podlaska se trouve à une trentaine de kilomètres de la frontière biélorusse. L’Agence de presse polonaise a cité d’autres médias nationaux affirmant que Robert Kuzovkov aurait refusé une proposition de protection de l’Agence polonaise de sécurité intérieure.

Les agences de presse officielles russes Tass et Ria Novosti ont publié des dépêches sur le meurtre de Robert Kuzovkov. Ria Novosti, qui n’a pas mentionné ses caricatures de Vladimir Poutine et de Ramzan Kadyrov, a souligné qu’il figurait sur Myrotvorets, le site d’une organisation qui recense des personnalités publiques accusées de s’exprimer ou d’agir contre l’Ukraine. Parmi les griefs présents sur la fiche consacrée à Robert Kuzovkov figurent : « participation à des actes d’agression humanitaire contre l’Ukraine ; diffusion de récits relevant de la propagande russo-fasciste ; atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine ».

Crimea Vox, une agence de presse basée à Kyiv et consacrée à la résistance contre l’occupation illégale de la péninsule de la mer Noire par la Russie, a mis en avant sa défense des peuples autochtones.

« Il est avéré que [Kuzovkov] était d’origine bachkire » – une région de la Fédération de Russie aux relations tendues avec le Kremlin – « et qu’il a gagné en popularité grâce à ses œuvres satiriques, dans lesquelles il tournait en dérision les régimes autoritaires de Russie et de Biélorussie », indique Crimea Vox dans une publication sur Facebook. Et de poursuivre : « On sait également que l’artiste avait critiqué à plusieurs reprises les autorités ukrainiennes et figurait dans la base de données Myrotvorets. Malgré cela, il demeurait l’un des critiques les plus en vue du régime du Kremlin, soutenant ouvertement les droits des peuples autochtones placés sous la domination de Moscou. »

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