Avant l’ouverture du secteur Art Unlimited d’Art Basel aujourd’hui, 15 juin 2026, à Bâle, la capitale économique de la Suisse a organisé du 12 au 14 juin son Zurich Art Weekend 2026. La particularité de la manifestation est de ne pas se restreindre à ses galeries, comme dans de nombreuses villes, mais d’englober l’ensemble de ses institutions, dont ses plus grands musées. La programmation est particulièrement de haut niveau cette année, à commencer par « Pour Noubia » de Mohamed Bourouissa au Migros Museum für Gegenwartskunst, sa première exposition en Suisse. Sur deux niveaux, l’artiste, désormais représenté par la galerie Continua à côté de Mennour, propose un parcours immersif qui débute avec l’installation Blida, du nom de sa ville natale en Algérie, mais aussi lieu où Frantz Fanon a dirigé une clinique psychiatrique. Une structure de bois reproduit le plan de l’établissement, dans laquelle est présentée l’installation vidéo Le Murmure des fantômes. Après l’espace consacré à Paris, avec la série de photographie Périphérique et le film essentiel Généalogie de la violence, l’étage se présente comme une évocation sensible de la tante de l’artiste qui a été travailleuse du sexe à Osnabrück, ville du nord de l’Allemagne. L’histoire de cette femme chère à l’artiste est retracée, depuis son mariage forcé à 14 ans, en passant par ses années dans les maisons closes de l’Algérie française. Sa voix accompagne les visiteurs alors qu’elle prend vie dans la vidéo Noubia grâce à ses photographies qu’elle a léguées à Mohamed Bourouissa. L’artiste a utilisé l’intelligence artificielle pour animer ces images, sans gommer les imperfections techniques, pour parachever cet hommage.
Autre temps fort du bâtiment du Löwenbräukunst, la grande exposition de Rosa Barba est construite selon un plan circulaire. L’artiste a reçu cette année le Zurich Art Prize, décerné par le Museum Haus Konstruktiv, où elle déploie ses œuvres, en coopération avec Zurich Insurance Company ltd. L’ensemble comprend une quinzaine de pièces de 2009 à 2026, dont de nombreuses projections témoignant de son travail autour du cinéma, à la fois en tant que dispositif et comme langage. De son côté, la Kunsthalle Zürich met à l’affiche le travail du Danois Henrik Olesen, une présentation intitulée « Copies of real-life objects, tools and food ». L’artiste expose une botte d’asperges, un citron, un poulet sous plastique ou une boîte d’œufs par lui réalisés, comme des ready-mades à l’envers. Nombre d’objets, comme ces ordinateurs portables, affirment sans complexe leur nature d’artefacts. Dans l’autre espace, l’artiste a accroché aux murs une série de vitrines volontairement laissées vides et brutes.

Vue de l’exposition « Xie Nanxing, Fugitive Figuration. Paintings 1994 – 2026 », à la Galerie Urs Meile, Ankerstrasse, Zurich. Photo Oliver Kümmerli
Dans les galeries sur le même site, Hauser & Wirth présente « James Jarvaise & Henry Taylor », parcours dans lequel le deuxième rend hommage à son professeur au Oxnard College, qui lui fit connaître « des gens comme Dubuffet, de Kooning, Guston, Beckmann ». L’exposition comprend nombre de portraits et de paysages, notamment ceux de James Jarvaise datant des années 1960. À l’étage, la même enseigne accueille, dans une mise en scène évoquant un casino, une série de peintures d’Avery Singer réalisées à partir d’images de conflits. Dans l’espace de l’enseigne de Bahnhofstrasse, « Alina Szapocznikow. Autobiography in Fragments » réunit un copieux ensemble de pièces de l’artiste polonaise, en écho aux accrochages actuels de la Galerie Loevenbruck à Paris.
Parmi les expositions remarquables de galeries présentées à Zurich, figurent notamment celles présentées par Eva Presenhuber, à la fois le grand dispositif mis en place par Valentin Carron, et les peintures de Karen Kilimnik, en particulier une série de petits tableaux aux motifs floraux. Peter Kilchmann présente, Zahnradstrasse, les dessins queers du Suisse Marc Bauer, tandis que l’enseigne se focalise sur Francis Alÿs Rämistrasse, avec des dessins et des vidéos se concentrant sur des jeux de mains. Karma International propose un hommage à Valie Export, avec un ensemble de pièces historiques, dont de nombreuses photographies, un choix effectué avec l’Autrichienne ces derniers mois, juste avant sa disparition récente. Dans son espace d’Ankerstrasse, la Galerie Urs Meile montre une sélection de peintures de Xie Nanxing sous le commissariat de Clémentine Deliss. Le parcours débute avec des compositions de 1994, cinq ans avant sa participation à l’invitation d’Harald Szeemann à l’exposition internationale « dAPERTuttO » de la 48e Biennale de Venise (1999). Ses peintures très récentes, datées de 2026, sont construites parfois selon différents plans qui se superposent, abordant tout en finesse la question de la liberté d’expression. Dans un tout autre style, Mai 36 Galerie se met à l’honneur les écritures silencieuses d’Irma Blank.

Vue de l’exposition « Marisol » au Kunsthaus Zurich. Photo © Franca Candrian
Le Kunsthaus de Zurich accueille également de la peinture, avec un ensemble de compositions de Kerry James Marshall. Mais la grande exposition actuelle du musée est celle consacrée à Marisol (1930-2016), la première rétrospective en Europe de cette artiste américaine d’origine vénézuélienne née à Paris. Dans un style unique qui n’est pas sans rappeler l’art brut, ses sculptures déclinent des thèmes populaires : décapotable avec ses quatre passagers, John Wayne chevauchant son cheval, groupe de jazz, ou encore famille royale britannique… Des moniteurs présentent aussi ses contributions au spectacle vivant, notamment avec la Martha Graham Dance Company. L’artiste s’attache également à la question du féminisme, notamment au travers de ses pastels. Dans d’autres salles, le Kunsthaus de Zurich a invité Wolfgang Laib à intervenir en écho à ses collections, d’Alberto Giacometti à Mondrian et Monet. Un dialogue subtil, avant de terminer la visite par une chambre de cire, dans un recueillement parfumé !





