Le Mensuel
Newsletter
Abonnements
Le Mensuel
Newsletter
L'éditorial de la semaine
L'actualité des galeries
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Patrimoine
L'éditorial de la semaine
L'actualité des galeries
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Patrimoine
L'actualité des galeries
Actualité

Vase de magnolias, Arlequin déconstruit et lampe de « Guernica »

Patrick Javault
12 juin 2026
Partagez
Vue de l’exposition « Michaël Borremans : French Painting » chez David Zwirner, Paris. Courtesy de l’artiste et David Zwirner. Photo Nicolas Brasseur

Vue de l’exposition « Michaël Borremans : French Painting » chez David Zwirner, Paris. Courtesy de l’artiste et David Zwirner. Photo Nicolas Brasseur

L'actualité des galeries

Un choix d'expositions proposées dans les galeries par le critique d'art Patrick Javault

Michaël Borremans : French Painting

Michaël Borremans est reconnu comme l’un des peintres les plus importants et intrigants d’aujourd’hui. Cela tient autant à l’étrangeté de son univers qu’à la manière dont il allie une technique ancienne, à base de fines couches de peinture transparente, et une manière plus moderne. C’est sa première exposition à Paris depuis celle présentée à la maison rouge en 2006. Elle est orchestrée autour d’un grand tableau, French Painting, accroché seul sur le mur du fond de la galerie. On y voit, appuyé contre un mur ocre, un jeune homme assis sur une chaise en bois et métal, le regard tourné vers le bas. Il est vêtu d’un pourpoint cuivré et d’un collant gris. Il tient sur ses jambes une guitare sans cordes. Borremans place Jean Siméon Chardin et Édouard Manet au premier rang de ses admirations, et le titre de cette œuvre se réfère peut-être à eux. Pourtant, par les tons, la lumière et le mystère de l’expression, elle m’évoque davantage le Jeune Homme au crâne de Frans Hals. C’est plus une vanité qu’un portrait de musicien. S’il renoue avec les genres de la peinture, l’artiste brouille souvent les frontières entre eux.

Autour de French Painting sont disposés des natures mortes et des portraits de petits formats. Deux versions d’un vase de magnolias et deux versions du portrait d’une jeune fille se répondent de part et d’autre de l’espace d’exposition. Un tout petit portrait, quasiment de la taille d’une miniature, dépeint un très jeune homme trapu au torse dénudé. Ce pourrait être un sportif ou un chanteur dans sa loge. Sa part de violence ou de rébellion fait comme un contrepoint à l’apparente mélancolie de la figure centrale de l’exposition. Ses bras sont maculés de sang jusqu’au creux des aisselles.

Sur le mur à droite de l’entrée est accroché Phantom, l’image d’un faux missile ou d’une vraie fusée de carton avec sa pleine charge de destruction.

Du 5 juin au 22 juillet 2026, David Zwirner, 108 rue Vieille du Temple, 75003 Paris

« Amy Sillman, Clément Rodzielski, Étienne-Martin, The Harlequin’s Dog », vue d’exposition, Galerie Chantal Crousel, Paris (2026). Courtesy des artistes et de la Galerie Chantal Crousel. Photo : Jiayun Deng – Galerie Chantal Crousel. © Clément Rodzielski, Étienne-Martin / ADAGP, Paris (2026)

Amy Sillman, Étienne-Martin, Clément Rodzielski : The Harlequin’s Dog

Ayant une conception ouverte de l’abstraction, Amy Sillman peut, dans ses tableaux aux constructions souvent complexes, intégrer des traits d’objets ou d’architectures. Également autrice et vidéaste, elle a ces dernières années multiplié les projets curatoriaux dans des institutions ou des galeries. « Harlequin’s dog », qui réunit des œuvres d’Étienne-Martin (1913-1985), de Clément Rodzielski et d’elle, ne porte pas de signature de commissaire, sans doute pour ne pas en trahir la nature joyeusement anarchique. Nonobstant, le fait que Sillman en ait conçu la scénographie et le fanzine d’accompagnement, œuvres en elles-mêmes, ne laisse aucun doute quant à sa responsabilité auctoriale. L’exposition est née d’une réflexion et d’une rêverie autour de la figure d’Arlequin à laquelle sont superposées celles de Pierrot ou de Pulcinella. Arlequin est l’une des figures de l’artiste en saltimbanque dont Jean Starobinski a autrefois retracé l’histoire. Son vêtement à motifs à losanges offre une occasion de l’extraire de son cadre romantique pour l’engager dans une cause abstraite. Le titre renvoie au chien caché sous la table des Trois musiciens de Pablo Picasso au MoMA de New York. Parmi les pièces tardives d’Étienne-Martin qui sont présentées, figure au premier chef une composition verticale réunissant des pièces de bois peintes de différentes couleurs et vissées entre elles. Elle a pour titre Arlequin ou Novalis. Sillman a pu, grâce à un médium (le côté Novalis ?), s’assurer du soutien enthousiaste d’Étienne-Martin qui apporte avec lui un esprit de chahut proche de CoBrA. Clément Rodzielski expose des œuvres de la série UZTITLED, des tableaux-collages d’aplats de couleurs en zentai, sorte d’élasthanne employée pour des combinaisons fétichistes. Collant étroitement à son support, ce matériau apporte une idée du corps. Rodzielski, par le choix des formes et des tons, y ajoute l’esprit de la danse. Pour réunir tableaux et sculptures, Sillman a fait réaliser des estrades basses qu’elle a traitées comme des tableaux, y peignant sur l’une un motif d’Arlequin déconstruit ou sur une autre un libre jeu de formes flottantes. Elle a également tracé en jaune à la bombe une grille en losange sur deux murs à angle droit liant ainsi contestation et commedia dell’arte. Arlequin, c’est la légèreté et le rire comme réponse à la bouffonnerie dominante et meurtrière. Amy Sillman a déclaré un jour : « le peintre abstrait est condamné à œuvrer entre tâtonnement (grope) et espoir (hope). »

Du 6 juin au 22 juillet 2026, Galerie Chantal Crousel, 10 rue Charlot, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Stefan Nikolaev : The Innocent Eye », à la Galerie Michel Rein, Paris. Courtesy de l’artiste et Galerie Michel Rein, Paris/Bruxelles. Photo Florian Kleinefenn

Stefan Nikolaev : The Innocent Eye

« The innocent Eye » est un terme emprunté à John Ruskin, que Stefan Nikolaev a choisi pour titre d’une de ses œuvres récentes et pour celui de son exposition. Pour Ruskin, l’œil innocent était celui que devrait avoir le peintre devant la nature. Cet idéal, qui fut aussi celui de Claude Monet, prête aujourd’hui facilement le flanc à l’ironie. Afin que nul n’en doute, la pièce de 2026 est un relief en cuivre martelé, néon et feuille d’or copiant la lampe de Guernica. Elle est présentée seule devant un banc de bronze dans la petite salle en entrant, donnant à celle-ci des allures de chapelle. Les nouvelles pièces sont essentiellement des dessins en néon inspirés de classiques de l’art, enrichis d’aquarelle, le plus souvent enfermés dans des cadres ou dans des caissons en cuivre martelé. Cezanne ou Picasso sont malicieusement cités dans des compositions qui poussent aux limites du goût, tout en célébrant les artisans bulgares pour le travail du cuivre et les verriers de Murano pour celui des néons.

Derrière le récit édifiant de Nikolaev sculpteur osant, à l’âge mûr, se saisir d’un pinceau, l’exposition interroge la religion de l’art que Marcel Duchamp se targuait de ne pas avoir. On croit deviner, chez Nikolaev, des sentiments mêlés à l’égard de celle-ci. Cette grande croix de cuivre tremblée rehaussée de néons et enrichie de clous en bronze, cette peinture qu’on dirait de Boronali écrasée par son cadre (Priceless Copper) ou cette plaque de marbre sur laquelle est gravée « no way » en lettres d’or réécrivent une histoire de l’avant-garde au prisme de la croyance. S’y ajoutent des considérations sur le travail et sur la valeur, ce qui n’étonnera pas chez un artiste grandi sur une terre du socialisme réel.

Du 28 mai au 24 juillet 2026, Galerie Michel Rein, 42 rue de Turenne, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Lefevre Jean Claude : Comme une rétrospective » à la Galerie Satellite. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Satellite

Lefevre Jean Claude : Comme une rétrospective

Lefevre Jean Claude (LJC) a fait du livre son médium privilégié. Depuis bientôt cinquante ans, il construit son œuvre artistique autour de la notation. C’est un genre qui lui est propre qui tient de la notice et de la note, et du journal tel que le concevait Ozu. Les notations ont fait l’objet de recueils et de lectures publiques que LJC a nommées Lectures expositions. Ce travail d’archive est par nature rebelle aux grands événements et célébrations. « Comme une rétrospective » est un titre qui pointe une ressemblance et suggère qu’il existe une alternative à cette forme de consécration. On y trouve des citations de grands auteurs glanées par l’artiste, simplement tapées à la machine, et exposées sous plexiglas, des documents de presse et des invitations alignées et se chevauchant sur des étagères, des listes de noms d’artistes illustres qui recensent l’activité d’exposition d’un musée, d’autres listes où figurent les noms d’artistes amis et de collectionneurs réunis autour de projets spécifiques. On y trouve aussi l’expression de doutes et d’hésitations sous forme de textes raturés ou des photos de documents passés à la broyeuse à papier. Sur une table sont réunis quelques Leporello montrant des images prises à l’occasion de vernissages qui sont aussi une manière d’évoquer deux des amis et complices qui ont le plus compté pour LJC : André Cadere et Claude Rutault. Est exposé également du matériel d’exposition, des plaques de plexiglas de différents formats posées au sol qui protégeaient les œuvres d’une précédente exposition. Le spectateur doit inventer sa lecture de ces archives qui documentent le travail de l’art et conditions d’existence, et racontent en pointillé l’histoire collective d’une certaine scène artistique en France. Lefevre Jean Claude montre une fois encore que la neutralité peut être vecteur d’émotion.

Du 3 juin au 25 juin 2026, Galerie Satellite, 7 rue François de Neufchâteau, 75011 Paris

L'actualité des galeriesDavid ZwirnerGalerie Chantal CrouselLefevre Jean Claude Michaël BorremansStefan NikolaevGalerie Michel ReinÉtienne-MartinAmy SillmanClément RodzielskiGalerie Satellite
Partagez
Abonnez-vous à la Newsletter
Informations
À propos du groupe The Art Newspaper
Contacts
Politique de confidentialité
Publications affiliées
Cookies
Publicité
Suivez-nous
Instagram
Bluesky
LinkedIn
Facebook
X
Ce contenu est soumis à droit d'auteurs et copyrights

À lire également

L'actualité des galeriesActualité
10 avril 2026

Ours menaçant, logo de la Paramount et labyrinthe circulaire

Patrick Javault
L'actualité des galeriesActualité
19 décembre 2025

Oursons, lianes, princesse et chevalier

Patrick Javault
L'actualité des galeriesActualité
5 septembre 2025

Formes ovoïdes, chapeau noir et corps nus

Patrick Javault
L'actualité des galeriesActualité
17 janvier 2025

Voie lactée, tapis de yoga Gucci et peintures d’atmosphères

Patrick Javault